À quatre jours du départ de la Route du Rhum, dimanche 1er novembre 2026 de Saint-Malo, les skippers de la reine des transatlantiques vivent une saison de disette. Selon France 24, jamais ils n'ont eu autant de mal à financer leur campagne, et plusieurs d'entre eux ont dû revoir leurs ambitions à la baisse, voire renoncer purement et simplement.
Le tableau est saisissant. En 2022, 37 Imoca avaient pris le départ pour la Guadeloupe. Ils ne seront plus que 22 cette année. Effondrement en quatre ans, qui dit long sur l'état réel de l'économie française, loin des discours lénifiants des cercles parisiens.
Des marins au bord du renoncement
Le Malouin Maxime Sorel, dixième du Vendée Globe 2020/2021, en fait l'expérience amère. À moins de deux mois du départ, il lui manquait encore 200 000 euros pour boucler son budget, payer ses quatre salariés, eux qui étaient douze lors du Vendée Globe 2024/2025, et assurer son voilier pour la traversée.
« Nous sommes sur le fil du rasoir. L'autre option aurait été de tout arrêter, mais on va essayer jusqu'au bout », raconte celui qui n'a quasiment pas sorti son bateau en haute mer cette année. Il a finalement pu venir à Saint-Malo grâce à une campagne participative lancée avec l'association Vaincre la Mucoviscidose.
« Il y a forcément une perte de repères. Je n'ai plus navigué au large depuis la Transat Café L'Or fin 2025. Les automatismes reviennent, mais on n'aura pas le même niveau de performance, d'autant plus que le bateau n'a pas évolué », souligne Sorel.
Thomas Ruyant, tenant du titre, absent du départ
Le symbole le plus frappant reste l'absence de Thomas Ruyant. Le Nordiste, tenant du titre en Imoca, a renoncé à quelques semaines du coup de canon faute d'avoir trouvé un partenaire à la hauteur. Il lui aurait fallu 2,5 millions d'euros pour s'élancer.
« Nous n'avons pas trouvé la collaboration avec un partenaire qui nous permette d'être à Saint-Malo dans de bonnes conditions », déplorait le navigateur de 45 ans, dont le nouveau foiler flambant neuf, mis à l'eau cet été, restera à quai.
Erwan Le Roux, double vainqueur en Ocean Fifty en 2014 et 2022, a lui aussi jeté l'éponge. « Malgré tous mes efforts ces derniers mois pour embarquer de nouveaux sponsors, je n'ai pas réussi à réunir les moyens nécessaires pour prendre le départ sereinement », regrette-t-il.
Pourquoi les entreprises serrent la vis sur le sponsoring
Les causes de cette hémorragie sont connues. Comme le relatait La Nouvelle République, le ralentissement du commerce international, les tensions géopolitiques et l'approche de l'élection présidentielle en France ont poussé de nombreuses entreprises à serrer la vis côté sponsoring sportif.
L'univers de la course au large, qui vit sur des cycles de quatre ans calés sur les grandes courses médiatisées, a été particulièrement exposé. Quand les carnets de commandes se vident, la voile est le premier poste que les patrons tranchent. C'est une loi élémentaire de gestion d'entreprise que nos élites administratives, férues de subventions publiques, peinent à comprendre.
Reste une lueur. Le modèle du mécénat privé, lui, se développe. Armel Tripon, engagé dans une course contre la montre pour payer son inscription, a pu s'appuyer sur un collectif de généreux donateurs pour son projet Les P'tits Doudous, comme le rapportait France 3 Bretagne.
« On sait que demain ce sera mieux et donc on reste optimiste », assure Tripon, qui juge que le modèle du mécénat « se développe de plus et plus, parce que tout le monde n'a pas quelque chose à vendre » aujourd'hui.
Le Vendée Globe 2028 en ligne de mire
Pour Sorel comme pour Tripon, l'équation reste la même: briller sur la Route du Rhum pour convaincre de nouveaux soutiens de les accompagner jusqu'au Vendée Globe 2028. La transatlantique reste la vitrine la plus exposée du sport nautique français, celle qui peut transformer un skipper inconnu en tête d'affiche.
« Nous avons connu dix années de progression. Aujourd'hui, j'ai la sensation qu'il y a un petit retour en arrière, mais il faut s'accrocher », dit Sorel.
Ce retour en arrière, parlons-en. Il n'est pas propre à la voile. Il frappe tous ceux qui vivent de l'initiative privée, du petit commerçant à l'artisan, et qui découvrent qu'un contexte économique dégradé ne pardonne pas. Les skippers ne demandent pas l'aumône de l'État. Ils cherchent des entreprises prêtes à investir dans un projet, un homme, une aventure. C'est une leçon de courage et d'audace, exactement celle que la France d'en bas incarne encore, quand Paris déclame.
Questions fréquentes
Quand part la Route du Rhum 2026 ?
Le départ de la Route du Rhum 2026 sera donné dimanche 1er novembre depuis Saint-Malo, en Ille-et-Vilaine.
Combien d'Imoca prendront le départ cette année ?
Seuls 22 Imoca s'élanceront vers la Guadeloupe, contre 37 lors de l'édition 2022 de la Route du Rhum.
Pourquoi Thomas Ruyant ne participe-t-il pas ?
Le tenant du titre en Imoca a renoncé faute de sponsor. Il lui manquait une collaboration financière d'environ 2,5 millions d'euros pour prendre le départ dans de bonnes conditions.
