Route du Rhum : Anne-Claire Le Berre, seule femme en multicoque, veut « taper fort »
Départ de Saint-Malo le dimanche 1er novembre. Douze ans après Anne Caseneuve, une femme reprend enfin la barre d'un multicoque sur la Route du Rhum. Anne-Claire Le Berre sera la seule, et elle l'assume.
Il faut remonter à 2014 pour trouver trace d'une femme à la barre d'un multicoque au départ de la Route du Rhum. C'était Anne Caseneuve, victorieuse dans la catégorie Rhum. Douze ans plus tard, Anne-Claire Le Berre s'élancera seule sur son Ocean Fifty « Up Wind by MerConcept », après le forfait d'Audrey Ogereau. Un constat qui interroge, alors que la course au large reste un bastion masculin.
Pourquoi si peu de femmes en multicoque ?
Anne-Claire Le Berre ne s'explique pas totalement cette désaffection. « C'est un constat que les femmes ont quitté petit à petit le support à plusieurs coques. Sûrement parce qu'avec la fin de l'Orma, il y a eu moins de femmes à relancer des projets sur des Ocean Fifty, des bateaux un peu plus petits », analyse-t-elle. Et d'ajouter : « Déjà, il n'y a pas beaucoup de femmes dans la course au large mais en multicoque qui plus est. Des bateaux engagés : peu d'hommes s'y essayent et encore moins de femmes ».
Florence Arthaud, l'exemple oublié
Pourtant, la France a connu une héroïne en la matière. En 1990, Florence Arthaud remportait la transat au nez et à la barbe des hommes, à la barre de son trimaran doré « Pierre 1er ». Un exploit immense, mais sans lendemain. « Florence Arthaud remporte une énorme victoire dont on se souviendra toujours et après cela... plus grand-chose. La jeune génération ne s'en souvient peut-être déjà plus ni d'Ellen MacArthur au final, qui avait aussi fait beaucoup de belles choses », regrette la navigatrice. « Il faut remettre des nouvelles femmes sur le devant de la scène pour montrer aux autres femmes que c'est possible ».
Une académie pour former les femmes au multicoque
C'est précisément l'objectif du projet Up Wind by MerConcept, lancé par François Gabart et 11Th Hour Racing. « C'est une académie pour créer de l'expérience pour les femmes en multicoque, pour leur permettre de prendre les initiatives elles-mêmes, et se former vraiment en chef de quart, en skipper et navigant à part entière sur ces bateaux », explique Anne-Claire Le Berre. Elle y voit une filière prometteuse : « Avant 2012, le cata de sport était uniquement masculin. Chose qui n'est plus vraie, avec le Nacra 17, qui est mixte. Ça veut dire que potentiellement, dans quelque temps, on pourrait retrouver des femmes formées en Nacra qui basculeraient sur la course au large et viendraient faire du trimaran ».
L'Ocean Fifty, un bateau idéal pour les femmes ?
La Brestoise, qui n'avait jamais navigué sur de gros multicoques, a dû tout apprendre. « C'était l'entière découverte. J'ai fait quand même trois ans de cata de sport plus jeune. Il y a beaucoup de réflexes que j'avais déjà appris qui m'ont beaucoup aidée et qui m'aident encore », confie-t-elle. Elle glisse que l'Ocean Fifty est physiquement plus accessible que l'Imoca ou le Class40 : « On matosse très peu. Quand on matosse, c'est uniquement sur les filets. Du coup, on glisse les voiles, on ne met rien à l'intérieur. Et en fait, on est sur tous les systèmes des gros bateaux ». Et de souligner que la force n'est pas la seule clé : « Il y a une part de physique, c'est sûr, mais ce n'est pas ça qui fait la différence sur le large. On a d'autres atouts. Ils sont peut-être moins dans l'anticipation, moins dans la gestion du global, de la météo, de tout ».
« Il faut toujours prouver un peu plus quand on est une femme »
Anne-Claire Le Berre ne s'est pas lancée par hasard. Ingénieure au sein de l'écurie Imoca Initiatives Cœur, elle a décidé en 2020 de se lancer au large en Mini. Cinquième de la Mini-Transat en série en 2021, la voilà au départ de la Route du Rhum. « Être au départ de la Route du Rhum, ça te met une sorte de pression d'être à la hauteur. Il faut toujours prouver un peu plus quand on est une femme dans ce milieu. Mais il faut déjà se prouver à soi-même un peu plus que les hommes, je pense aussi. C'est sociétal », dit-elle.
Karine Fauconnier, dernière femme à avoir barré un Orma, avait un message : « Il faut que les femmes arrêtent de s'excuser d'être là et qu'elles prennent la place qu'elles méritent. Elles sont des marins comme les autres ». Anne-Claire Le Berre abonde : « J'ai travaillé avec une amie qui est coach de dirigeants et de sportifs qui me disait