Chaque automne, des millions de papillons monarches quittent le Canada et les États-Unis pour rejoindre les montagnes du centre du Mexique, où ils passeront l'hiver suspendus aux sapins oyamels jusqu'en mars. Selon 20minutes, certains de ces insectes, nés à la fin de l'été, parcourent jusqu'à 4 000 kilomètres pour atteindre des forêts d'altitude qu'aucun d'entre eux n'a jamais vues.
La science tente encore de percer ce mystère. Des chercheurs équipent désormais les insectes de miniatures balises de suivi, rapporte The Independent, pour comprendre comment une génération qui naît au Québec ou dans le Middle West trouve seule la route des montagnes mexicaines.
Un voyage de 4 000 kilomètres sans boussole ni guide
Voilà un prodige qui force l'admiration. Les monarques de l'est de l'Amérique du Nord partent chaque mois d'août, comme le rappelle ABC News, depuis le sud du Canada et le nord des États-Unis vers le centre du Mexique. Le paradoxe est total : ceux qui accomplissent la traversée sont nés à la fin de l'été, et leurs parents sont morts bien avant le départ. Aucune transmission, aucun apprentissage. Le cap est inscrit quelque part dans leurs gènes.
Le Soleil sert de repère. Mais sa position change entre le matin et l'après-midi, et il faut corriger en permanence. Des horloges biologiques logées dans les antennes font ce travail. Une expérience publiée dans la revue Science en 2009 l'a démontré avec une simplicité implacable : les chercheurs ont décalé de six heures l'alternance entre lumière et obscurité chez un groupe de papillons. Résultat, les individus dont l'horloge était déréglée s'orientaient vers le nord-ouest, à l'opposé du sud-ouest suivi par le groupe témoin. L'heure perçue commande la direction.
Une longévité exceptionnelle pour une seule génération
Les monarques de printemps et d'été vivent quelques semaines à peine, le temps de se reproduire. Ceux de fin d'été obéissent à un autre destin. Le développement de leurs organes reproducteurs est suspendu, une « diapause reproductive » pilotée par les hormones. Cette pause leur offre une longévité hors norme : de août ou septembre jusqu'en mars.
Les mêmes individus gagnent donc le Mexique à l'automne, y passent l'hiver, puis repartent vers le nord au printemps. Les femelles pondent dans le sud des États-Unis, et leurs descendants remontent le continent sur plusieurs générations. C'est une relaye à quatre ou cinq équipes, avant qu'une nouvelle génération, née à la bonne saison, reprenne le chemin du sud.
Pourquoi les montagnes mexicaines plutôt qu'un autre refuge ?
La réponse tient dans un équilibre thermique d'une précision d'horloger. Dans les forêts d'altitude du centre du Mexique, la fraîcheur ralentit le métabolisme des papillons, qui brûlent moins vite les graisses accumulées avant l'hivernage. Ils ne restent d'ailleurs pas figés tout l'hiver : ils peuvent voler pour aller boire.
Trop de chaleur accélérerait leurs dépenses d'énergie et épuiserait leurs réserves avant le printemps. Trop de froid les tuerait. Ces montagnes offrent le juste milieu, celui qui permet d'économiser ses forces pendant cinq mois.
La forêt, une forteresse contre le gel
Le sapin oyamel fait plus que porter les grappes de papillons : il les défend. Le feuillage dense retient une partie de la pluie et de la neige, et limite le refroidissement nocturne. Le corps des papillons, comme toute surface, perd de la chaleur par rayonnement. Sous un couvert épais, ces pertes sont réduites. Mais quand une trouée expose les insectes au ciel dégagé, leur température peut descendre jusqu'à 4 °C sous celle de l'air ambiant.
Une étude publiée en 1996 dans Ecological Entomology a chiffré l'effet de l'humidité : la moitié des papillons mouillés gelaient à -4,2 °C, contre -7,7 °C pour les individus secs. L'eau et le ciel ouvert sont les deux ennemis silencieux de l'hivernage.
La déforestation, menace principale des colonies
La conclusion s'impose d'elle-même : chaque arbre abattu ouvre une brèche dans la muraille. Les trouées exposent les monarques aux précipitations et au refroidissement nocturne, et une seule nuit de gel peut détruire des millions d'insectes. Préserver une forêt dense n'est pas un luxe d'écologiste urbain ; c'est la condition élémentaire de la survie d'une migration vieille de millénaires.
Les scientifiques comptent sur les micro-balises posées sur les papillons, relate The Herald, pour suivre un trajet d'environ 3 000 miles et préciser les corridors empruntés par les insectes, information qui servirait à protéger les étapes de leur route.
Les monarques resteront suspendus aux oyamels jusqu'en mars. Puis, fidèles à leur loi immémoriale, ils reprendront le chemin du nord, portant sur leurs ailes une leçon de constance que bien des sociétés humaines feraient bien de méditer.
Questions fréquentes sur l'hivernage des monarques
Quelle distance les papillons monarques parcourent-ils pour rejoindre le Mexique ?
Certains monarques volent jusqu'à 4 000 kilomètres depuis le Canada et les États-Unis jusqu'aux montagnes du centre du Mexique, sans jamais avoir visité leur destination.
Comment les monarques trouvent-ils leur chemin sans guide ?
Ils utilisent le Soleil comme repère et corrigent sa course grâce à des horloges biologiques situées dans leurs antennes, comme l'a montré une expérience publiée dans Science en 2009.
Combien de temps vivent les monarques migrateurs ?
La génération née à la fin de l'été entre en diapause reproductive et peut vivre d'août ou septembre jusqu'en mars, contre quelques semaines pour les générations précédentes.
Pourquoi la densité de la forêt est-elle décisive pour leur survie ?
Le feuillage dense protège les papillons de la pluie, de la neige et du refroidissement nocturne ; une étude de 1996 montre que la moitié des papillons mouillés gelaient à -4,2 °C contre -7,7 °C pour les individus secs.
