Le disparition du journaliste nigérien Moussa Kaka, porté disparu depuis le 31 août 2026, illustre une répression qui s'aggrave sur tout le continent africain, selon la revue de presse Afrique de RFI publiée le 4 novembre 2026. Du Sahel au Caire, en passant par Rabat, les pouvoirs en place musellent, poursuivent et emprisonnent ceux dont le métier est d'informer.
Le cas de Moussa Kaka, ancien correspondant de RFI à Niamey et figure de la presse sahélienne depuis quatre décennies, est le plus alarmant. Le 31 août, vers 19 heures, il rentre chez lui au volant de sa voiture. Il n'arrivera jamais. Depuis, plus rien. Dans une tribune publiée dans Jeune Afrique, dix journalistes du Mali, du Niger et du Burkina Faso décrivent « l'amertume de l'absence trop longue d'un père » et « l'angoisse de la disparition forcée d'un collaborateur au professionnalisme avéré ». Les autorités nigériennes, elles, s'enferment dans le silence, malgré les déclarations du ministre de la Justice, qui affirme que Moussa Kaka est « détenu », qu'il aurait « commis une infraction » et qu'il va « répondre devant les juridictions ».
Le signal envoyé aux journalistes
« En s'en prenant à un journaliste fort de quatre décennies de pratique professionnelle, les autorités nigériennes envoient un signal alarmant à tous les journalistes : informer en toute liberté expose à des représailles », écrivent les signataires de la tribune. Ce silence, ajoutent-ils, constitue « une négation du droit à l'information et surtout de la liberté d'informer ».
La junta au pouvoir à Niamey, comme ses voisines de Bamako et Ouagadougou, a fait de la chasse aux voix discordantes une méthode de gouvernement. Un correspondant étranger disparaît, un ministre lâche trois mots, et l'affaire est classée. Voilà le spectacle donné par des régimes qui confondent souveraineté et arbitrarye, patriotisme et police de la pensée.
Égypte : Mada Masr au bord de l'extinction
Dernier exemple en date relevé par RFI : l'Égypte. « Confronté à une offensive judiciaire d'une vigueur inédite, le site d'information Mada Masr vit peut-être ses derniers jours », rapporte Le Monde Afrique. Ce média indépendant est l'un des derniers espaces de liberté d'expression dans un pays « sous la coupe d'un régime militaire qui a méthodiquement éliminé tout contre-pouvoir ». Lina Attalah, fondatrice et rédactrice en chef, comparaîtra devant un tribunal pénal. Elle risque un an de prison pour « diffusion de fausses informations » et « exploitation d'un site Internet sans accréditation », une infraction passible d'une amende de 2 millions de livres égyptiennes, soit plus de 32 000 euros.
Dans un éditorial sobrement intitulé « Peut-être demain », Mada Masr répond avec une dignité qui force le respect : « nous savons qu'une épée de Damoclès sera très probablement levée au-dessus de nos têtes très prochainement. (Mais) la moindre étincelle suffit à dissiper les ténèbres. »
Maroc : quatre ans de prison pour une caricature
Au royaume chérifien, c'est un dessinateur de 22 ans, Yasser Mounbir, qui a été condamné dimanche à quatre ans de prison pour avoir publié sur Instagram des caricatures du roi, relate le site du magazine marocain Tel Quel. Le jeune homme avait été arrêté en juin dernier.
« Une monarchie suffisamment solide pour traverser les crises politiques devrait-elle craindre quelques dessins, qu'ils paraissent dans un journal ou sur Instagram ? », s'interroge Afrik.com, qui soulève « une question que les autorités marocaines préféreraient sans doute éviter » : peut-on parler de liberté d'expression dans un pays où représenter son chef de l'État sous un jour défavorable conduit en prison ?
Un vidéaste de 23 ans, cité par Le Monde Afrique, résume le malaise d'une génération : « Le roi et la classe politique nous expliquent que la jeunesse est l'espoir du Maroc, mais c'est une pièce de théâtre. Rien ne change pour nous. » Il pointe le nombre croissant de rappeurs, d'activistes et de simples citoyens jugés et emprisonnés pour avoir critiqué le roi, le gouvernement ou la religion musulmane.
Une crise structurelle, pas seulement politique
Cette répression s'inscrit dans une crise plus profonde du journalisme africain. Selon une enquête de la Fédération des journalistes africains publiée le 29 octobre 2026 et relayée par Linfodrome, 65 % des journalistes du continent déclarent avoir été victimes de menaces et 84 % s'adonnent à l'autocensure. La même enquête, menée auprès de 1 586 journalistes issus de 45 pays, révèle que 61 % peinent à couvrir leurs besoins essentiels : la précarité économique achève ce que la pression politique commence.
Un rapport cité par allAfrica confirme ce diagnostic : « la pression exercée sur le journalisme ne se limite pas aux agressions physiques. Elle passe également par l'intimidation juridique, la censure et les obstacles à l'information. »
Ces chiffres devraient interroger les chancelleries françaises. La France entretient des liens anciens avec ces États, le Niger et le Maroc en tête, et l'argent public continue d'y affluer. Exiger le respect des libertés fondamentales n'est pas un luxe de Occidentaux : c'est la condition de tout partenariat sérieux entre nations civilisées. Un pouvoir qui emprisonne un caricaturiste de 22 ans n'est pas un partenaire fiable ; c'est un régime qui a peur, et les régimes qui ont peur finissent toujours par faire payer cette peur aux autres.
Questions fréquentes
Qui est Moussa Kaka et depuis quand est-il disparu ?
Moussa Kaka, ancien correspondant de RFI au Niger et figure de la presse sahélienne, a disparu le 31 août 2026 alors qu'il rentrait chez lui à Niamey. Le ministre nigérien de la Justice affirme qu'il est « détenu », sans autre précision depuis plus de deux mois.
Quelle peine risque la fondatrice de Mada Masr en Égypte ?
Lina Attalah, fondatrice du site indépendant Mada Masr, comparaît devant un tribunal pénal pour « diffusion de fausses informations » et « exploitation d'un site Internet sans accréditation ». Elle risque un an de prison et une amende de 2 millions de livres égyptiennes, soit plus de 32 000 euros.
Quelle est la situation de la liberté de la presse au Maroc ?
Le dessinateur Yasser Mounbir, 22 ans, a été condamné le 2 novembre 2026 à quatre ans de prison pour des caricatures du roi publiées sur Instagram. Des rappeurs, activistes et citoyens sont régulièrement poursuivis pour critique du roi, du gouvernement ou de la religion.
