La venue de Sonia Mabrouk à la rentrée sur BFMTV, où elle anime l'émission politique « 100 % Mabrouk »,ayant déclenché un malaise profond au sein même de la rédaction, un grand reporter de la chaîne a reconnu publiquement, lundi 2 novembre, que la journaliste « cristallise la haine » et que les équipes sur le terrain en paient le prix.
Invité du plateau de Quotidien, Igor Sahiri, grand reporter à BFMTV, a livré un témoignage sans fard sur les conditions de travail dégradées de ses confrères. Selon Gala.fr, les journalistes en reportage, notamment lors des manifestations à travers la France, ne donnent plus leur nom à l'antenne et utilisent des bonnettes neutres pour éviter d'être pris à partie.
Une rédaction fracturée par une arrivée qui dérange
Le contexte est explosif. Sonia Mabrouk, 49 ans, a quitté CNews après neuf ans de service, en désaccord avec le maintien à l'antenne de Jean-Marc Morandini, condamné pour corruption de mineurs. Son rebond sur BFMTV à la rentrée a fait l'effet d'une pierre dans un étang déjà agité. En interne, 160 journalistes ont signé un communiqué dénonçant une dérive de la chaîne vers les idées d'extrême droite, un texte qui a fait le tour des rédactions.
« Quelques secondes de dérapage en plateau d'un invité, voire d'un éditorialiste, peuvent neutraliser tout le travail bien fait de la rédaction », a déploré Igor Sahiri sur le plateau de Quotidien, rapporte le Huffington Post. Une phrase qui en dit long sur le climat régnant dans les couloirs de la chaîne.
« Il est vrai que Sonia Mabrouk cristallise effectivement la haine au sein de BFMTV », a-t-il reconnu, précisant que c'est l'image de la journaliste à l'extérieur qui fait ressentir cette hostilité « en direct sur le terrain ». « Il y a des journalistes à la rédaction qui se posent la question de savoir si on a bien fait de faire venir Sonia Mabrouk », a-t-il ajouté, avant de nuancer : « Bon, il se trouve que Sonia Mabrouk a un passé qui est ce qu'il est. Aujourd'hui, elle est chez nous. »
La direction sous pression
Le grand reporter a également évoqué les efforts de la direction pour apaiser les esprits. « La direction tente de nous écouter, de comprendre aussi car il y a un malaise, encore une fois », a-t-il expliqué, indiquant que de nombreuses discussions ont eu lieu récemment au sein de la rédaction. De son côté, Sonia Mabrouk affirme, lors de ces réunions, que tous ses plateaux depuis la rentrée sont équilibrés.
Interrogé sur l'accusation de dérive vers l'extrême droite, Igor Sahiri a reconnu l'existence d'un débat tout en estimant que celui-ci est « amplifié », les plateaux restant selon lui relativement équilibrés. Il a toutefois admis que certains propos tenus à l'antenne ne sont « sans doute peut-être pas assez repris fortement au moment où ils les disent. Il y a un travail à effectuer », a-t-il conclu.
Une journaliste qui ne se laisse pas faire
Il faut dire que Sonia Mabrouk n'a pas froid aux yeux. En septembre déjà, face aux accusations, elle revendiquait une conception du journalisme fondée sur la confrontation des points de vue et la diversité des opinions. Une posture classique, celle du débat contradictoire, que d'aucuns voudraient réduire au silence au nom d'une bien-pensance de plus en plus étouffante.
La semaine dernière encore, la chaîne a connu un nouveau moment de tension, comme le rapporte Télé Star, lorsque Julien Odoul a quitté brutalement le plateau de « 100 % Mabrouk » après une violente altercation avec une intervenante, obligeant la journaliste à intervenir en direct.
Plus largement, selon Closer, certains salariés de la chaîne pointent du doigt la ligne éditoriale de BFMTV et les interviews politiques de la journaliste, accusant la chaîne de « racisme » après un week-end particulièrement tendu. Des attaques qui disent beaucoup de l'état d'esprit qui règne dans certains milieux médiatiques dès qu'une voix un peu trop libre s'installe sur une antenne.
Le malaise des journalistes de terrain, révélateur d'une époque
Cette affaire pose une question simple mais redoutable : dans une démocratie digne de ce nom, une chaîne d'information a-t-elle encore le droit d'inviter des représentants du RN au tiers du temps de parole, de donner la parole à des éditorialistes tranchants, sans que ses journalistes de terrain ne soient transformés en cibles ? Le silence des bonnettes neutres, les noms tus à l'antenne, voilà le bilan concret de cette dérive : non pas celle de BFMTV vers l'extrême droite, mais celle d'une violence croissante contre les journalistes, tolérée au nom de la critique supposée des « idées nauséabondes ».
On pourra diverger sur le fond, sur le style, sur le passé de la journaliste. Mais reconnaissons l'évidence : quand des reporters ne peuvent plus se présenter sous leur propre nom sur une antenne française, c'est la liberté d'informer qui recule. Et ça, aucun communiqué signé par 160 journalistes ne pourra le réparer.
