Une nouvelle cyberattaque a frappé, ce lundi 2 novembre, les systèmes de réfrigération de supermarchés dans huit pays d'Europe : la Belgique, l'Estonie, la Finlande, l'Irlande, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Portugal et la Suède. Les enseignes touchées ont dû jeter d'importantes quantités de denrées, trois semaines après une attaque similaire qui avait visé la France le 12 octobre.
La France, cette fois, a été épargnée. Mais le message est clair : après nos magasins, c'est toute la chaîne d'approvisionnement alimentaire européenne qui est désormais en ligne de mire des pirates informatiques. Personne, pour l'heure, n'a revendiqué ces attaques.
Belgique : Carrefour, Delhaize, Ikea, des dizaines de magasins touchés
La Belgique concentre l'essentiel des dégâts. Des dizaines de magasins appartenant à plusieurs chaînes ont signalé des perturbations, et les procureurs fédéraux ont ouvert une enquête, sans qualifier pour l'instant l'incident de cyberattaque, rapporte Le Huffington Post.
« C'est une cyberattaque, il n'y a pas d'autre raison », a tranché le porte-parole de Carrefour Belgique, Mich Vergauwen, qui a recensé des perturbations dans une quinzaine des 700 magasins de l'enseigne dans le pays.
Ikea Belgique a confirmé qu'une cyberattaque avait visé son magasin de Mons, dans le sud-ouest du pays, provoquant une hausse brutale de la température des congérateurs dans la nuit de dimanche à lundi. Delhaize, Colruyt et Intermarché ont également subi des pannes frigorifiques ; Delhaize a précisé que quatre de ses magasins au Luxembourg étaient aussi touchés.
Le groupe belge de réfrigération industrielle Sabcobel avait commencé à sécuriser ses installations après l'attaque du 12 octobre en France. Environ 10 % d'entre elles n'étaient toutefois pas encore révisées, et certaines se trouvaient précisément dans les magasins frappés lundi. « Si Sabcobel n'avait pas lancé cette opération, l'impact aurait été bien plus important », a estimé auprès de l'AFP son directeur général, Stephan Moelans.
Suède, Irlande, Pays-Bas : la vague s'étend
La chaîne suédoise Coop a confirmé qu'une cyberattaque avait touché six de ses quelque 800 magasins à l'aube de lundi. « Nous pouvons confirmer qu'il s'agit d'un incident cyber. Le problème est désormais résolu et les réfrigérateurs ainsi que les congélateurs fonctionnent normalement », a indiqué son porte-parole, Carlos Cancino, à l'AFP.
Ce dernier a apporté un détail qui mérite réflexion : les six magasins visés étaient connectés à un réseau mobile 4G, et non au système 5G mis à jour, ce qui les rendait « plus exposés » aux pirates. Autrement dit, les équipements les plus anciens sont les plus vulnérables, et les retards de modernisation se paient en denrées perdues.
En Irlande, le groupe Musgrave, propriétaire de la chaîne Supervalu, a annoncé que 13 de ses magasins avaient été touchés, ainsi qu'un petit nombre de ses supérettes aux Pays-Bas. Selon Le Figaro, le groupe Ahold Delhaize a fait état d'un « incident informatique » touchant ses frigos dans plusieurs supermarchés, notamment en Belgique et au Luxembourg.
Danfoss : le point commun entre les attaques
Le fil conducteur de ces attaques se dessine. La chaîne suédoise Ica a reconnu qu'« un nombre limité » de ses magasins avait rencontré des problèmes de réfrigération, sans pouvoir confirmer une cyberattaque. Selon sa porte-parole, Helena Johansson, les magasins concernés étaient tous reliés à un système externe de contrôle de la réfrigération fourni par le fabricant danois Danfoss.
Or Danfoss est le même prestataire qui avait été ciblé lors de la cyberattaque du 12 octobre contre les enseignes françaises. Le constat est simple et inquiétant : un fournisseur unique, une vulnérabilité unique, et c'est le marché alimentaire de tout un continent qui vacille. Selon Numerama, la cyberattaque des frigos change d'échelle et frappe désormais des supermarchés dans toute l'Europe.
Roni Kokkola, spécialiste de la sécurité de l'information au Centre national de cybersécurité de l'agence finlandaise Traficom, n'a pas exclu une interférence cyber contre la Finlande. « Nous avons observé ce phénomène en Europe au cours des derniers mois, donc le fait qu'il s'étende au-delà de la France à d'autres pays était attendu », a-t-il estimé auprès de l'AFP. « Il est aujourd'hui classique de voir toutes sortes de vulnérabilités exploitées de façon toujours plus active et rapide. »
L'UE s'émeut, mais que fait-elle ?
Le commissaire européen à l'agriculture et à l'alimentation, Christophe Hansen, a dénoncé « des cyberattaques répétées extrêmement préoccupantes » et « une tentative délibérée de perturber notre chaîne d'approvisionnement alimentaire et de saper la confiance des consommateurs, un avertissement que nous devons prendre au sérieux ».
Après les attaques contre la France, il avait déjà averti que « la sécurité alimentaire nécessite davantage d'attention à tous les niveaux » et que viser l'alimentation était désormais « une réalité ». Selon Franceinfo, l'UE dénonce donc ces attaques répétées, tout en s'abstenant, pour l'heure, de toute mesure concrète.
On regrettera que Bruxelles en soit réduite aux communiqués. Quand la chaîne du froid alimentaire de huit États membres peut être coupée en une nuit, ce n'est plus de la cybersécurité technique, c'est de la souveraineté tout court. La France de De Gaulle savait qu'une nation qui ne maîtrise pas ses infrastructures essentielles ne décide plus de son destin. L'alimentation en fait partie, au même titre que l'énergie ou la défense.
Les premiers à trinquer, une fois de plus, sont les commerçants et les consommateurs : denrées jetées, rayons vidés, chiffre d'affaires amputé. Les grandes enseignes absorberont, tant bien que mal. Les indépendants, les petits exploitants, ceux qui tiennent l'économie réelle de nos communes, n'ont pas cette marge. C'est à eux qu'il faut penser, et vite.
Ce que l'on sait des attaques
La France a-t-elle été touchée le 2 novembre ?
Non. Contrairement à l'attaque du 12 octobre, qui avait visé des centaines de systèmes de réfrigération de grandes enseignes françaises, la France n'a pas été ciblée par la vague du 2 novembre.
Qui est visé par ces cyberattaques ?
Huit pays sont concernés : la Belgique, l'Estonie, la Finlande, l'Irlande, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Portugal et la Suède. Parmi les enseignes touchées figurent Carrefour Belgique, Delhaize, Colruyt, Intermarché, Ikea, Coop, Ica et Supervalu.
Qui a revendiqué les attaques ?
Personne pour le moment. En Belgique, les procureurs fédéraux ont ouvert une enquête sans encore qualifier l'incident de cyberattaque.
Quel est le lien avec l'attaque du 12 octobre en France ?
Plusieurs magasins touchés sont reliés à un système de contrôle de réfrigération du fabricant danois Danfoss, le même prestataire ciblé lors de l'attaque contre les enseignes françaises.
