Binance, première plateforme mondiale d'échanges de cryptomonnaies, a annoncé dimanche 1er novembre la reprise progressive des retraits de ses clients, trois jours après un piratage record de 6,3 milliards de dollars que le FBI attribue à des pirates informatiques nord-coréens.
Le braquage, commis jeudi, est le vol de cryptomonnaies le plus important jamais enregistré, comme le rapporte Orange Actualités. Il dépasse de quatre fois celui de la plateforme ByBit en février 2025, soit 1,5 milliard de dollars, commis par le même groupe selon la police fédérale américaine.
Une réouverture par étapes, bitcoin en tête
« La première série de retraits est désormais ouverte sur le réseau bitcoin », a indiqué l'entreprise sur son compte officiel X. La plateforme avait suspendu les retraits jeudi pour stopper l'hémorragie.
« Nous adoptons une approche par étapes en donnant la priorité aux jetons sur la base des données de demande des utilisateurs de la semaine écoulée, afin que chaque paire réseau-actif puisse être rétablie avec prudence, une fois les contrôles de stabilité et de sécurité effectués avant la réouverture de l'accès », a-t-elle expliqué.
« Les fonds des utilisateurs sont en sécurité. Binance assumera l'impact financier des fonds volés, et non nos utilisateurs », a promis la société, tout en prévenant que les opérations de retrait pourraient subir des retards temporaires en raison du volume de trafic.
L'entreprise affirme avoir reconstitué samedi « 90 % » du montant dérobé en achetant des actifs correspondant à ceux siphonnés, avec l'aide d'autres acteurs de l'écosystème. Elle s'efforce de collecter les 10 % restants, des actifs « moins liquides » selon ses termes.
TraderTraitor, bras armé numérique de Pyongyang
Le FBI affirme avoir identifié derrière ce vol sans précédent le groupe de pirates nord-coréens connu sous le nom de TraderTraitor, et constaté que les voleurs étaient en train de convertir les fonds détournés en Ether, la cryptomonnaie du réseau Ethereum.
« Il est prévu que ces actifs soient ensuite davantage blanchis au moyen de conversions via les services DeFi et d'échanges instantanés, afin de les préparer pour d'autres étapes de blanchiment », a expliqué le FBI dans un communiqué repris par Le Monde. La police fédérale a publié une liste d'environ 500 adresses Ethereum utilisées pour blanchir les actifs volés et demandé aux plateformes, services DeFi et sociétés d'analyse blockchain de bloquer les transactions concernées.
Le groupe TraderTraitor est considéré comme faisant partie du groupe Lazarus, affilié aux services de renseignement nord-coréens. Lazarus s'était fait connaître en 2014 en piratant les studios Sony Pictures, en représailles au film satirique « L'Interview qui tue ! ». Selon un rapport de l'armée américaine publié en 2020, l'unité de cyberguerre nord-coréenne, le « Bureau 121 », compte 6.000 employés opérant aussi depuis le Bélarus, la Chine, l'Inde, la Malaisie ou la Russie.
Un État voyou qui finance ses missiles par le vol
L'ampleur du piratage met en lumière la capacité de la Corée du Nord, frappée de lourdes sanctions internationales en raison de ses programmes nucléaire et balistiques, à se procurer des revenus de façon illicite. Le régime de Kim Jong Un a fait du cybercrime une industrie d'État, une économie de prédation qui ponctionne l'épargne des épargnants du monde entier pour financer ses armées.
Face à cette menace, la fermeté des institutions demeure la seule réponse crédible. Le fisc américain et les plateformes privées traquent les adresses suspectes, mais la coopération internationale reste le maillon faible face à un régime qui n'a rien à perdre et que personne ne peut contraindre.
Le président américain Donald Trump, qui se vante régulièrement d'entretenir de bonnes relations personnelles avec Kim Jong Un, a émis des doutes quant à l'implication de Pyongyang. « Je ne suis pas inquiet. Nous sommes en train d'en apprendre davantage. Nous ne savons pas si c'est la Corée du Nord », a-t-il déclaré à des journalistes dans sa résidence en Floride tard samedi soir, une prudence que BFMTV rapporte parmi les réactions à ce dossier sensible.
335 millions d'utilisateurs face à leurs responsabilités
Binance revendique 335 millions d'utilisateurs et se dit numéro un mondial en volume d'échanges de devises numériques. Le site Crypto.com comptabilisait pour sa part 741 millions de propriétaires de cryptomonnaies dans le monde. Un marché de cette taille, entièrement dématérialisé et sans filet bancaire, constitue une cible de choix pour des États hors la loi.
L'attaque intervient alors que de nombreux observateurs s'inquiètent du fait que les capacités toujours plus étendues des modèles d'intelligence artificielle pourraient compromettre la cryptographie et les protocoles de sécurité informatique, un point que Le Figaro relève dans sa couverture de l'affaire. La technologie avance toujours plus vite que la règle, et ce sont les épargnants ordinaires qui paient l'addition.
Questions fréquentes
Qui est accusé du piratage de Binance ?
Le FBI accuse le groupe de hackers nord-coréens TraderTraitor, affilié au groupe Lazarus et aux services de renseignement de Pyongyang, d'avoir dérobé 6,3 milliards de dollars à Binance le jeudi précédant le 1er novembre 2026.
Les clients de Binance récupéreront-ils leurs fonds ?
Oui, selon Binance, qui a promis que « les fonds des utilisateurs sont en sécurité » et qu'elle assumera l'impact financier du vol, pas ses clients.
Quel est le précédent record de vol de cryptomonnaies ?
Le vol de 1,5 milliard de dollars sur la plateforme ByBit en février 2025, attribué par le FBI au même groupe TraderTraitor, était jusqu'ici le plus important jamais enregistré.
