L'intelligence artificielle s'invite dans toutes les entreprises françaises, mais les résultats tardient. Selon une étude du MIT publiée en 2025 et citée par BFMTV, 95 % des organisations étudiées ne tiraient aucun retour mesurable de leurs projets d'IA générative. Le diagnostic est clair : le problème n'est pas la qualité des modèles, mais leur décalage avec le quotidien des équipes.
Benjamin Reynier, directeur général d'Extia, société de conseil en IT et digital, livre une conviction que beaucoup de dirigeants gagneraient à méditer : « D'abord qui, ensuite quoi. » Autrement dit, avant d'acheter des licences et de lancer des plans de formation descendants, il faut s'occuper des hommes et des femmes qui utiliseront l'outil. Une leçon de bon sens paysan, à une époque où nos élites managériales préfèrent souvent la magie technologique au travail patient sur l'organisation.
L'argent brûlé des projets jamais adoptés
Le constat de Benjamin Reynier est sans appel. Beaucoup d'entreprises achètent des licences, déploient des outils ou lancent des formations « avec la meilleure volonté ». Mais quand ces initiatives sont déconnectées du réel des équipes, l'adoption ne suit pas.
« Croire que l'outil ou l'information suffit à créer l'usage est une illusion », a-t-il déclaré à BFMTV.
Le gaspillage n'est pas anodin : du temps, du budget et de l'énergie des équipes partent en fumée dans des projets qui ne seront jamais adoptés. Pour des PME et des artisans du numérique qui comptent chaque euro, cette désinvolture budgétaire est une faute de gestion. L'État lui-même s'y adonne avec notre argent, mais c'est une autre histoire.
Le rôle décisif de la hiérarchie
Un chiffre mérite réflexion. Selon l'enquête annuelle « AI at Work » du BCG, menée en 2025, la part de salariés positifs vis-à-vis de l'IA passe de 15 % à 55 % quand leur hiérarchie s'implique fortement. Or, seul un collaborateur de terrain sur quatre bénéficie aujourd'hui de ce soutien.
Le message est limpide : sans encadrement incarné, pas d'adhésion. C'est une vérité vieille comme le monde, que la Révolution française avait déjà comprise quand elle a doté la nation d'administrateurs responsables, et que bien des directions générales oublient. La vision doit être portée par le COMEX, même si l'usage remonte du terrain.
Shadow IA : la confiance avant la répression
Phénomène révélateur, le « Bring Your Own AI », cette IA parallèle utilisée sans autorisation, progresse fortement. Les salariés veulent avancer, souvent en cachette, faute de cadre clair.
Pour Benjamin Reynier, c'est un signal fort : « Sans confiance, l'adoption reste cantonnée à des gains individuels, parfois cachés. » Extia a choisi la voie de l'ordre intelligent plutôt que l'interdiction stérile. Son DSI a bâti dès 2024 un environnement sécurisé permettant aux collaborateurs d'utiliser Gemini sans risque pour les données de l'entreprise.
L'entreprise a aussi misé sur des formats pragmatiques : des « nuggets » hebdomadaires, ateliers de trente minutes où chacun manipule l'outil sur des cas concrets, et un comité de pilotage qui ajuste la trajectoire en continu.
Ordre, gouvernance et souveraineté des données
La méthode préconisée par Extia pour passer de l'expérimentation au résultat tient en quatre temps : définir le cap, asseoir la gouvernance organisationnelle, bâtir le socle technologique, puis industrialiser.
Le socle technologique impose une exigence stricte de « Security and Compliance by design » : respect du RGPD, conformité à l'AI Act européen, protection du secret industriel. La cybersécurité doit être intégrée dès la conception, non rajoutée après coup. On ne le répétera jamais assez : la souveraineté numérique de nos entreprises se joue là, dans la discipline technique et la protection de nos données, pas dans les communiqués de presse.
Le vrai défi technologique n'est pas de réussir un prototype isolé, mais d'intégrer l'IA de manière durable dans les outils métiers du quotidien, tout en pilotant strictement l'empreinte énergétique et financière de chaque requête. Un rappel salutaire à l'heure où certains prêchent la quantité sans compter.
Une leçon qui dépasse l'IA
Cette analyse rejoint un constat qui fait son chemin chez les observateurs du monde du travail : l'adoption de l'IA ne suffit pas à transformer les entreprises, comme le note le blog Duperrin, pour qui l'organisation du travail et les comportements managériaux conditionnent les résultats obtenus.
Même son de cloche chez les analystes espagnols de Substack : les entreprises ont appris à utiliser l'IA bien plus vite qu'à transformer leurs organisations autour d'elle. L'impact financier agrégé reste limité malgré une adoption en forte croissance.
La conclusion de Benjamin Reynier mérite d'être méditée par tous les dirigeants, de la TPE du Cœur de France au grand groupe parisien : « L'IA ne transforme que les organisations prêtes à l'accueillir. » La technologie ne remplacera jamais le sens de l'organisation, la confiance des équipes et la qualité du commandement. Les entreprises qui l'auront compris seront celles qui resteront debout.
Questions fréquentes
Quel pourcentage d'organisations ne tire aucun retour de l'IA générative ?
Selon l'étude « The GenAI Divide » du MIT publiée en 2025, 95 % des organisations étudiées ne tiraient aucun retour mesurable de leurs projets d'IA générative.
Quelle est la méthode recommandée pour réussir un projet d'IA en entreprise ?
Il faut commencer par les équipes plutôt que par les outils, définir un cap clair, asseoir une gouvernance portée par la direction générale, bâtir un socle de données fiable et sécurisé, puis industrialiser les cas d'usage à forte valeur ajoutée.
Qu'est-ce que le shadow AI ?
C'est l'utilisation d'outils d'IA par les salariés en dehors de tout cadre officiel. Selon Benjamin Reynier, ce phénomène montre que les équipes veulent avancer et que l'entreprise doit créer un cadre sécurisé où les usages se partagent ouvertement.
