ExxonMobil, Shell, Chevron, TotalEnergies et BP ont cumulé plus de 50 milliards de dollars de bénéfices nets au troisième trimestre 2026, une hausse de 138 % sur un an, selon les résultats publiés jeudi 29 et vendredi 30 octobre. Cette manne, tirée par l'envolée des prix des hydrocarbures depuis le début de la guerre en Iran, tombe pendant que les Français paient le gazole au prix fort à la pompe.
Le chiffre donne le tournis. Entre juillet et septembre, les cinq majors pétrogazières ont encaissé 50 milliards de dollars de profits nets, contre 21,2 milliards sur la même période de 2025, rapporte BFMTV. C'est le deuxième trimestre le plus rentable de la décennie pour le secteur, derrière seulement le second trimestre 2022, marqué par l'invasion russe de l'Ukraine.
Des marges de raffinage au sommet
En tête de peloton, l'américaine ExxonMobil affiche 15,4 milliards de dollars de bénéfice net, devant le britannique Shell (12,1 milliards), l'américain Chevron (9,9 milliards) et le français TotalEnergies, qui a signé jeudi un trimestre record à 8,3 milliards de dollars. BP, plus discret ces dernières années, a quadruplé son résultat à 4,7 milliards.
Ce sont les marges de raffinage qui expliquent l'essentiel de cette avalanche de chiffres. Depuis le début de la guerre en Iran et le blocage du détroit d'Ormuz, l'écart entre le prix du gazole et celui du brut a atteint des niveaux historiques. À périmètre constant, les résultats des divisions de raffinage des cinq groupes ont plus que quadruplé en un an, une progression de 347 % calculée par l'AFP.
« C'est vraiment un trimestre record pour l'activité de raffinage »
La phrase est de Meg O'Neill, directrice générale de BP, prononcée vendredi et relayée par ses homologues du secteur. Le patronat pétrolier ne s'en cache donc pas : la géopolitique paie, et paie bien.
Le contribuable paie, l'actionnaire encaisse
Reste une question que les intéressés éludent soigneusement : qui paie ces superprofits ? Le consommateur, évidemment. La flambée du gazole alimente l'inflation dans toute l'Europe, et la facture des ménages français continue de gonfler pendant que les dividendes pleuvent sur les actionnaires.
Le géant français n'échappe pas à la règle. TotalEnergies a annoncé jeudi un bénéfice net record de 8,3 milliards de dollars, plus que doublé sur un an, une hausse de 125 % selon La Dépêche. Le paradoxe a de quoi agacer : l'entreprise tricolore, symbole de notre souveraineté énergétique perdue par pans entiers, prospère sur une crise que la France subit sans pouvoir la piloter.
Car c'est bien là le fond du problème. Notre pays, qui a renié son héritage gaullien d'indépendance énergétique, qui a sacrifié le raffinage national sur l'autel de la mondialisation heureuse, se retrouve otage de majors anglo-saxonnes et de détroits lointains. Quand De Gaulle bâtissait la politique pétrolière de la France, il pensait précisément à éviter cette situation : dépendre d'autrui pour ce qui nous fait vivre.
Les associations écologistes crient au scandale
Les ONG environnementales ont immédiatement dénoncé ces profits colossaux, obtenus au sortir d'un été marqué par des vagues de chaleur inédites. Greenpeace dénonce des « superprofits » réalisés « sur le dos » des consommateurs.
Selon une étude de l'association, la hausse des prix des carburants, plus rapide que celle du brut, aurait permis à l'industrie pétrolière d'engranger environ 36 milliards d'euros de marges supplémentaires dans l'Union européenne depuis le début de la guerre en Iran.
Le constat est partagé au-delà de nos frontières. Challenges relève que TotalEnergies, Shell ou encore Repsol affichent partout en Europe des profits trimestriels près de deux fois supérieurs à leurs habitudes, conséquence directe de la guerre au Proche-Orient. Boursorama confirme le bond de 138 % des bénéfices cumulés sur un an.
Que faire de ces profits exceptionnels ?
La question politique est posée, et la réponse ne peut venir ni des lobbies, ni des cénacles bruxellois. Ces profits ne sont pas le fruit du génie industriel : ils naissent d'une crise géopolitique que les Français et les classes moyennes paient à la pompe chaque semaine. Le petit commerçant qui livre ses clients, l'artisan qui fait ses tournées, la famille qui part en vacances : tous financent, sans le savoir, les dividendes de demain.
Une contribution exceptionnelle, calibrée et temporaire, sur les profits tirés exclusivement de la hausse des cours, serait la réponse sobre et juste. Pas une taxation punitive durable qui tuerait l'investissement, mais un prélèvement ciblé sur la rente de crise, reversé aux ménages et à nos industries. C'était la logique de la contribution demandée par Bruno Le Maire en 2022. Elle reste la bonne.
Depuis le deuxième trimestre 2022, les bénéfices nets cumulés des cinq majors se sont élevés en moyenne à 31,4 milliards de dollars par trimestre. La manne ne semble pas près de se tarir tant que le détroit d'Ormuz reste bloqué et que la tension persiste au Proche-Orient.
Ce qu'il faut retenir
Combien les majors pétrolières ont-elles gagné au troisième trimestre 2026 ?
ExxonMobil, Shell, Chevron, TotalEnergies et BP ont cumulé plus de 50 milliards de dollars de bénéfices nets entre juillet et septembre 2026, soit une hausse de 138 % sur un an.
Pourquoi ces profits sont-ils aussi élevés ?
La guerre en Iran et le blocage du détroit d'Ormuz ont fait exploser les prix du pétrole et du gazole. Les marges de raffinage ont atteint des niveaux historiques, portant les résultats de cette activité à plus de quatre fois leur niveau d'il y a un an.
Quel est le résultat de TotalEnergies ?
TotalEnergies a annoncé jeudi 29 octobre un bénéfice net record de 8,3 milliards de dollars au troisième trimestre, en hausse de 125 % sur un an.
