Le marché du bateau d'occasion résiste là où le neuf s'effondre. C'est la leçon qui se dégage du salon nautique du Mille Sabords, qui s'est tenu fin octobre 2026 au port du Crouesty, à Arzon, dans le Morbihan. Alors que le nautisme subit de plein fouet la hausse des carburants, celle des taux d'intérêt et l'érosion du pouvoir d'achat, la seconde main, elle, tient bon.
C'est Le Télégramme qui rapporte ce paradoxe breton : crise du côté du neuf, robustesse du côté de l'occasion. Une leçon d'économie concrète, celle que comprennent les Français des classes moyennes qui, faute de moyens, redécouvrent les vertus de la prudence et du bon sens.
Le neuf inabordable, l'occasion rationnelle
« Le neuf est devenu quasi inaccessible pour le plaisancier moyen et les clients vont vers l'occasion », analyse Julien Le Cadre, courtier maritime et fondateur de Breizh Ile Nautic, présent au Mille Sabords. Le raisonnement tient en quelques chiffres que le courtier détaille : « Quand on achète du neuf, on perd 20 % la première année, puis 10 % tous les ans. Avec l'occasion, on a un prix abordable, 20 à 40 % moins cher que le neuf, et un bateau fiabilisé. »
Il y a là quelque chose de profondément sain dans ce retour à l'occasion. Le consommateur français, étranglé par la fiscalité et l'inflation, arbitre. Il compare, il calcule, il renonce aux sirènes du neuf. Le marché du bateau n'échappe pas à cette règle que nos concitoyens appliquent déjà à l'automobile. Malgré une érosion de 2 à 3 % en volume de ventes, l'occasion se maintient, confirme Jean-Marie Le Moine, gérant d'Atlantique Yacht Broker. « C'est devenu un marché très exigeant. Le produit doit être irréprochable, prêt à l'emploi, car l'offre est supérieure à la demande. »
Une offre pléthorique qui profite à l'acheteur
Cette abondance de l'offre s'explique aussi par un phénomène générationnel que le président du salon, Emmanuel Jacobée, décrit sans fard : « Avant, les gens avaient des bateaux de famille. Aujourd'hui, les enfants n'en veulent plus, notamment à cause du coût d'entournage qui atteint 10 % de la valeur du bateau chaque année. Ils préfèrent la multipropriété très en vogue, voire la location. »
La transmission familiale se brise sur le mur du coût. Le bateau de famille, patrimoine que l'on se passait de père en fils, devient une charge que les héritiers refusent. Symptôme d'une époque qui privilégie l'usage immédiat sur la détention, la location sur la propriété. Le locatif et la multipropriété remplacent l'attachement durable à un bien.
Résultat : l'acheteur est en position de force. Les baisses constatées lors des négociations peuvent atteindre 10 %. « Peu de gens achètent au prix affiché. Ça négocie dur, surtout le dernier jour du Mille Sabords », constate Emmanuel Jacobée. Une saine pratique de marchandage que nos ancêtres n'auraient pas reniée et que la France des petits commerçants a toujours pratiquée.
Le voilier supplante le bateau à moteur
Autre renversement notable, rapporté par Voiles et Voiliers dans sa présentation de la 42e édition du salon : le voilier écrase désormais le bateau à moteur. « En 2026, on vend beaucoup plus de voiliers que de bateaux à moteur, 80 % contre 20 %, dit Jean-Marie Le Moine. Avant, c'était plutôt 60 % pour les bateaux à moteur et 40 % pour les voiliers. »
L'explication tient en un chiffre, celui de la pompe. « Une vedette de neuf mètres a un réservoir de 400 litres et consomme 50 litres aux 100 kilomètres. À 2,50 € le litre, le plein coûte 1 000 €, d'où le coup de frein sur la vente de bateaux à moteur », détaille Julien Le Cadre. Le carburant renchérit, le vent reste gratuit. Le voilier, engin sobre par excellence, reprend donc ses lettres de noblesse. Il faut y voir une revanche de la raison sur la puissance brute.
Le bateau transportable, remorquable derrière une voiture, arrive en tête des ventes. Emmanuel Jacobée estime toutefois que la question des mouillages et des anneaux constitue un « faux frein » à l'achat : « La compagnie des ports offre des solutions. Il y a les places estivales, à la quinzaine ou mensuelles. »
Un salon qui reste la vitrine de l'occasion
Le Mille Sabords demeure l'événement de référence. Sur les 500 bateaux présentés, comme le confirme Bateaux dans son édition dédiée à cette 42e édition, 70 % sont des occasions, l'ADN même du salon. Le neuf y a fait son entrée il y a trois ans, sans jamais en déloger la vocation première. Selon Actu.fr, le salon a failli ne pas ouvrir : la tempête Austen a causé des dégâts qu'une mobilisation collective a permis de réparer à temps.
Pour les professionnels, ces quatre jours au port du Crouesty représentent une part majeure de leur activité annuelle. Julien Le Cadre y réalise un tiers de son chiffre d'affaires : « En 2025, j'ai présenté neuf bateaux et j'en ai vendu trois. » Jean-Marie Le Moine tire de la manifestation un douzième de son chiffre d'affaires : « Sur 15 bateaux exposés, j'en vends en moyenne deux ou trois. »
Les acheteurs ont un choix pléthorique, puisqu'ils peuvent visiter 15 bateaux en quatre jours. « Le salon les aide à affiner leur cahier des charges, constate Jean-Marie Le Moine. Mais comme il y a beaucoup d'offres, ils sont un peu noyés et mettent du temps à se décider. » En 2025, près de 100 bateaux se sont vendus pendant le salon.
Ce que le nautisme dit de la France d'aujourd'hui
Au-delà de l'anecdote nautique, ce marché porte un message plus large. Le Français moyen ne peut plus acheter neuf, alors il achète d'occasion, négocie, compare et choisit la sobriété du voilier. Ce sont ces arbitrages discrets, imposés par une politique fiscale et monétaire qui écrase les classes moyennes, qui dessinent l'économie réelle, bien loin des discours lénifiants sur la transition.
Le Mille Sabords, ouvert de 9 h 30 à 18 h 30 au port du Crouesty, reste donc fidèle à sa mission : offrir au plaisancier averti le meilleur de l'occasion bretonne.
Questions fréquentes
Le marché du bateau d'occasion progresse-t-il en 2026 ?
Oui, l'occasion résiste malgré une érosion de 2 à 3 % en volume de ventes, selon Jean-Marie Le Moine, gérant d'Atlantique Yacht Broker, cité par Le Télégramme. Le neuf, lui, est devenu quasi inaccessible pour le plaisancier moyen.
Pourquoi les voiliers se vendent-ils mieux que les bateaux à moteur ?
En raison de la hausse du prix du carburant. Un plein de vedette de neuf mètres coûte environ 1 000 € à 2,50 € le litre, selon le courtier Julien Le Cadre. Les voiliers représentent désormais 80 % des ventes, contre 20 % pour les bateaux à moteur.
Combien de bateaux sont exposés au Mille Sabords 2026 ?
Plus de 500 bateaux, à flot et à terre, sont présentés au port du Crouesty à Arzon pour cette 42e édition. Environ 70 % d'entre eux sont des bateaux d'occasion.
