À Rezé, en Loire-Atlantique, vingt-quatre propriétaires de maisons fissurées se sont regroupés au sein d'un collectif et organisent une réunion publique samedi 24 octobre pour exiger la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, rapporte Ouest France.
C'est un drame silencieux, celui des classes moyennes qui ont travaillé toute leur vie pour devenir propriétaires et qui voient aujourd'hui leur patrimoine se lézarder d'un mois sur l'autre. Le phénomène a un nom technique, le retrait-gonflement des argiles, et une cause que nos gouvernants ne cessent d'agiter sans jamais la traiter concrètement.
Un collectif né du porte-à-porte
Marie-Françoise Charpentier, porte-parole du Collectif de Rezéens avec une habitation fissurée (CHRF), a découvert l'ampleur du problème par hasard, lors d'une visite pour faire changer ses fenêtres. Le commercial lui a appris que d'autres maisons du secteur sud de Rezé étaient également fendillées.
« J'ai pris mon bâton de pèlerin et je suis allée toquer aux portes », a-t-elle raconté à Ouest France. « Avant, chacun restait avec son problème dans son coin. » Le collectif est né en novembre 2025. Il compte aujourd'hui vingt-quatre foyers victimes des sols argileux.
La réunion d'information se tiendra samedi 24 octobre à 14 h 30, salle du Seil, en présence de la députée écologiste Julie Laernoes et d'une représentante de l'association Urgences maisons fissurées.
Des sols argileux qui gonflent et se rétractent
Le mécanisme est simple et implacable. « Les sols argileux sont des éponges, explique Marie-Françoise Charpentier. Quand il y a de l'eau en hiver, ça gonfle, et l'été, ça se rétracte, ce qui engendre ces fissures. » Celles-ci, petites au départ, s'agrandissent avec le temps.
Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) estime que 55 % des maisons du territoire hexagonal pourraient être touchées. Un chiffre qui donne la mesure du problème. La députée écologiste Sandrine Rousseau, venue à Rezé en mai dernier, a parlé d'une « bombe sociale ». Sur ce point, elle ne dit pas tout à fait tort : quand le patrimoine des Français se fissure, la bombe n'est jamais loin de l'étincelle.
À Rezé, la géographie locale aggrave la situation. « Rezé est une ville d'eau, avec énormément de sources et d'étangs qui ont été comblés, ce qui explique que les terrains bougent », souligne la porte-parole. Bouguenais est également concernée, selon les informations relayées par Nantes.maville. Les lotissements de la Classerie, de la Pirotterie, la rue des Symphorines et le boulevard Henri-Spaak concentrent une part des sinistrés, mais des habitants des Naudières et de la Trocardière ont aussi pris contact.
Des travaux ruineux pour des propriétaires ordinaires
Les solutions techniques existent : micropieux, injections de résine pour stabiliser les fondations, ou sondes mesurant l'humidité du sol pour y ajouter de l'eau quand il devient trop sec. Reste la question de l'argent, toujours la même, toujours la plus délicate pour les ménages modestes.
« Ce sont des travaux coûteux et très conséquents, reprend Marie-Françoise Charpentier. C'est pour ça que nous défendons la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, pour avoir droit à des indemnisations. »
Cet état de catastrophe naturelle n'a jamais été accordé à Rezé, malgré plusieurs demandes. Un refus qui en dit long sur la distance entre l'administration et le quotidien des administrés. « Nous allons refaire un dossier avec la mairie cette année », annonce-t-elle.
La porte-parole adresse un avertissement aux propriétaires concernés, un conseil de bonne guerre face aux experts : « Ils ne doivent pas déclarer aussitôt les fissures à leur assurance, sinon l'expert conclura à un problème de structure de la maison et le dossier sera classé. » Le droit des sinistrés tient parfois à un détail de procédure.
Reconnaître les sinistrés climatiques
L'association Urgences maisons fissurées travaille à faire évoluer la loi pour que ces propriétaires soient reconnus comme sinistrés climatiques, les sécheresses répétées des dernières années ayant amplifié le phénomène, rappelle Maville. L'argument mérite d'être entendu, même si l'on peut se demander ce que deviendra cette notion une fois entre les mains de nos administrateurs zélés.
Derrière ce dossier, il y a une question de justice élémentaire : des Français qui ont payé leur maison, payé leurs impôts, respecté les règles, se retrouvent seuls face à des fissures qu'ils n'ont pas provoquées. Beaucoup de victimes s'ignorent, selon le collectif, et l'information de samedi devrait précisément contribuer à les sortir de l'ombre.
La réunion publique du Collectif de Rezéens avec une habitation fissurée se tiendra samedi 24 octobre à 14 h 30, salle du Seil, 1 allée de Provence, à Rezé. Tram ligne 3, arrêt Château de Rezé.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le retrait-gonflement des argiles ?
C'est un phénomène naturel : les sols argileux gonflent en hiver quand ils s'imprègnent d'eau et se rétractent l'été, ce qui fissure les maisons bâties dessus. Les sécheresses répétées l'aggravent.
Combien de maisons sont concernées en France ?
Le BRGM estime que 55 % des maisons du territoire hexagonal pourraient être touchées par ce phénomène.
L'état de catastrophe naturelle a-t-il été reconnu à Rezé ?
Non. Malgré plusieurs demandes, il n'a jamais été accordé à la ville. Le collectif va déposer un nouveau dossier avec la mairie cette année.
