Jeudi 22 octobre 2026, les commerçants du centre-ville de Brest ont commencé à clouer des plaques d'OSB sur leurs vitrines. Ils redoutent un nouveau passage de la manifestation prévue samedi 24 octobre, après des émeutes qui ont endommagé 41 établissements et provoqué neuf pillages le week-end dernier.
Monoprix, le centre commercial Jaurès, des agences immobilières, des banques : rue de Siam et aux alentours, la scène évoque une ville en état de siège. Selon Le Télégramme, qui a décrit le mouvement de protection en cours jeudi soir, des châssis en bois ont été fixés autour des devantures avant d'être recouverts d'aggloméré. Même l'hôtel de ville a revêtu une armure de contreplaqué sur certaines entrées, dont celle de la rue Frézier.
« Ma priorité est de protéger mes collaborateurs »
Lucie Brillet, directrice de l'agence immobilière Citya Corsen, près du square de la Tour-d'Auvergne, a fait placer un bouclier complet devant ses locaux. Son agence, autrefois installée rue de Siam, avait déjà payé le prix de la casse urbaine le 1er mai 2023.
« Notre vitrine avait été brisée et l'intérieur pillé », a-t-elle rappelé.
L'équipe présente samedi dernier a « réellement eu peur de voir des gens débarquer pour tout casser », a-t-elle ajouté. L'agence se trouve sur ce que sa directrice appelle un « axe à risque ».
3 000 euros de travaux, aucune aide de l'État
Après cinq à six appels infructueux, Lucie Brillet a fini par trouver un professionnel disponible. La facture s'élève à 3 000 euros. « C'est un coût pour l'entreprise et il n'y a pas d'aide. Mais cela revient toujours moins cher que de racheter tout mon matériel informatique », a-t-elle expliqué. Son agence ouvrira samedi matin, mais fermera l'après-midi.
Ce sont les petits patrons qui paient. Ceux qui se lèvent tôt, qui emploient des salariés, qui investissent dans la pierre et dans le travail, et qui découvrent que la puissance publique les laisse seuls face à la meute. Nicolas Frances, associé chez Hollen Menuiseries à Guilers, a chamboulé son planning pour venir en aide aux commerces. Il avait déjà passé plusieurs jours à sécuriser des magasins aux vitrines cassées après le précédent débordement.
La grande majorité n'a pas les moyens de se protéger
Tous ne peuvent pas se payer cette ceinture de sécurité. Vincent Bellec, à la tête de quatre agences de voyages Sélectour dans le centre-ville, a refusé de se barricader.
« Aujourd'hui, personne ne sait ce qu'il va se passer. Une certitude toutefois, c'est qu'on ne va pas se barricader, et monter des panneaux en bois en fin de semaine pour les enlever les jours suivants », a-t-il déclaré.
Le chef d'entreprise « espère ne pas subir de dégât et que l'État fera le nécessaire pour que ça ne déborde pas autant que le week-end dernier », rapporte Le Télégramme. Formulé avec pudeur, ce vœu est une remontrance. Car enfin, de quoi s'agit-il ? Un commerçant français, en 2026, dans une ville de Bretagne, en vient à supplier l'État d'assurer sa seule fonction légitime : garantir l'ordre public et protéger les biens. La rue de Siam n'est pas un théâtre d'opérations militaires. C'est une artère commerçante, fréquentée par des familles et des retraités, tenue par des commerçants qui paient des impôts et des cotisations.
Quand une vitrine se brise, ce n'est pas un assureur qui paie, c'est une ville qui recule. Quand un pillage a lieu en plein jour sans intervention, ce n'est pas un magasin qui souffre, c'est la République qui se retire. Nos anciens savaient qu'un État qui ne protège plus les siens n'a plus rien d'un État. Le général de Gaulle ne disait pas autre chose : la première des souverainetés est celle qui s'exerce sur son propre territoire.
Que l'État fasse son métier
La municipalité a présenté, avec ses partenaires, un plan de protection des commerçants pour ce samedi 24 octobre, selon Le Télégramme. C'est un début. Mais un plan ne remplace pas une présence. Des effectifs suffisants, des interdictions de manifester quand le risque est avéré, des sanctions rapides et visibles pour les casseurs : voilà ce que les Brestois attendent, et pas des discours.
Les commerçants barricadés de la rue de Siam sont le symptôme d'un désarroi plus profond. Une nation qui oblige ses boulangers, ses agents immobiliers et ses vendeurs de voyages à jouer les maçons le jeudi soir pour survivre au samedi est une nation qui a perdu le fil de ses priorités. Le devoir de l'État est simple à énoncer : rétablir et maintenir l'ordre. Samedi soir, Brest saura s'il l'a fait.
Questions fréquentes
Combien de commerces ont été endommagés lors de la précédente manifestation à Brest ?
La manifestation du week-end précédent a provoqué la dégradation de 41 établissements, dont neuf ont été pillés, selon Le Télégramme.
Combien coûte la protection d'une vitrine à un commerçant brestois ?
L'agence immobilière Citya Corsen a payé 3 000 euros de travaux pour protéger ses locaux, sans aucune aide publique, selon sa directrice Lucie Brillet.
Quand aura lieu la prochaine manifestation redoutée à Brest ?
La manifestation annoncée est prévue samedi 24 octobre 2026 dans le centre-ville de Brest.
