La fondation suisse Quad9 cessera son service DNS en France le 24 novembre 2026, a-t-elle annoncé le 22 octobre. La décision fait suite à une procédure engagée par beIN Sports, filiale française du groupe qatari, qui exigeait le blocage de sites diffusant illégalement les matchs du circuit féminin de tennis WTA.
Concrètement, tout appareil encore réglé sur les adresses 9.9.9.9 ou 149.112.112.112 ne pourra plus résoudre les noms de domaine à partir de cette date. Selon Frandroid, qui a révélé l'information, les particuliers ne sont pas seuls concernés : la SNCF, EDF, France Travail et RENATER, le réseau des universités françaises, figurent parmi les partenaires du service.
Une affaire de blocage imposé par un tribunal
Tout commence en mai 2026. beIN Sports, détenteur des droits de la WTA, obtient du tribunal judiciaire de Paris que Google, DNS4EU et Quad9 bloquent les sites de diffusion illégale jusqu'au dernier match de la saison, le 14 novembre. La liste est passée de 6 à 58 noms de domaine.
Google et DNS4EU ont obtempéré. Quad9, non. La fondation, installée à Zurich, sans but lucratif, gratuite et sans inscription, estime que la résolution DNS est un service neutre et passif. Elle refuse d'altérer les réponses qu'elle renvoie aux internautes.
Pour nous, la résolution DNS récursive est un service neutre et passif. Nous refusons catégoriquement d'altérer ou de vous mentir sur les réponses DNS que vous recevez contre vos attentes.
Devant ce refus, beIN Sports est retournée devant le juge pour réclamer 10 000 euros par jour et par domaine encore accessible, soit 580 000 euros par jour. Le 21 octobre, le tribunal a fixé l'astreinte bien plus bas : 1 000 euros par jour au total, environ 24 000 euros jusqu'au 14 novembre selon les calculs de Quad9. La fondation a fait appel, mais a choisi de partir avant l'échéance.
Pourquoi Quad9 ne peut pas bloquer « à la française »
Le cœur du problème est technique autant que philosophique. Quad9 ne collecte aucune donnée utilisateur : impossible de savoir qui se connecte depuis la France, et donc de bloquer nos seuls compatriotes. La géolocalisation IP, qui devine le pays d'un internaute à partir de son adresse, est jugée peu fiable par la fondation. Elle en a fait les frais en Allemagne face à Sony Music entre 2021 et 2023 : le plaignant avait contourné le filtrage avec un VPN, et le tribunal avait sanctionné Quad9.
Restait un blocage mondial des 58 domaines, qui aurait satisfait le tribunal. La fondation s'y refuse : appliquer une décision française aux internautes du monde entier, à la demande d'une entreprise privée, lui paraît intenable. Surtout, environ 20 autres procédures sont en cours en France contre Quad9 et d'autres résolveurs, pour des centaines de domaines. « Nous ne saurions survivre à l'accumulation d'astreintes », écrit-elle.
Ce retrait n'est pas une première. OpenDNS, propriété de Cisco, avait suspendu son service en France en 2024 après une décision obtenue par Canal+. Telesatellite rappelle que la cause est identique : une astreinte obtenue par beIN Sports pour cause de piratage.
Un signal inquiétant pour l'ordre juridique et numérique
On ne défendra pas ici la piraterie. Le droit de propriété, la rémunération du travail et des droits acquis par contrat sont des piliers de l'ordre républicain, et les tribunaux français ont raison de les protéger. Mais il faut mesurer la portée de cette affaire : une fondation suisse de service public numérique, qui bloque gratuitement virus et phishing pour des millions d'utilisateurs, est chassée de notre pays parce qu'elle refuse de transformer l'annuaire d'internet en instrument de censure privée.
Le paradoxe est saisissant. beIN Sports, filiale d'un groupe qatari, obtient de la justice française qu'elle contraigne un service neutre et gratuit, utilisé par EDF et la SNCF, à choisir entre la plier ou partir. Les mêmes élites qui sermonnent volontiers sur la souveraineté numérique applaudissent quand un acteur étranger, résolveur d'utilité publique, est expulsé du territoire au profit d'entreprises privées. La France se prive elle-même d'infrastructures numériques indépendantes, une à une.
Quad9 le reconnaît sans détour : ces blocages ne servent de toute façon pas à grand-chose, des milliers d'autres résolveurs ouverts permettent de les contourner. Le piratage continue ; c'est le service neutre qui disparaît.
Par quoi remplacer 9.9.9.9 avant le 24 novembre ?
Les utilisateurs doivent agir d'ici un mois. Menow conseille de commencer par retrouver où Quad9 a été configuré : box, routeur, paramètres réseau de Windows, DNS chiffré du navigateur, application dédiée. Un réglage sur la box couvre tous les appareils de la maison ; un choix fait dans un navigateur ne concerne que celui-ci.
Voici les alternatives crédibles, selon Frandroid :
- Cloudflare (1.1.1.2 et 1.0.0.2) : blocage des logiciels malveillants et du phishing, comme Quad9. Service américain qui applique les décisions de la justice française.
- DNS4EU (86.54.11.1 et 86.54.11.201) : lancé en juin 2025, cofinancé par l'Union européenne et géré par l'entreprise tchèque Whalebone. Il filtre les menaces et applique aussi les blocages ordonnés par la justice française.
- AdGuard DNS (94.140.14.14 et 94.140.15.15) : résolveur européen et anonyme qui filtre publicités et traqueurs.
- Le serveur public de l'expert HaGeZi : recommandé pour les utilisateurs à l'aise avec l'anglais et la configuration DNS.
Vérifiez également le réglage DNS chiffré de votre navigateur, qui peut pointer vers Quad9 sans que vous vous en souveniez, ainsi que certaines applications comme AdGuard. Quad9 n'a pas précisé comment elle coupera l'accès le 24 novembre, mais il faut s'attendre à une coupure sèche.
Questions fréquentes
Quand Quad9 cessera-t-il de fonctionner en France ?
Le 24 novembre 2026. À partir de cette date, un appareil réglé sur 9.9.9.9 ne pourra plus résoudre les adresses des sites.
Pourquoi Quad9 quitte-t-elle la France ?
La fondation refuse d'appliquer les blocages DNS ordonnés par le tribunal judiciaire de Paris à la demande de beIN Sports, estimant que la résolution DNS doit rester neutre, et craint de ne pas survivre à l'accumulation d'astreintes liées aux 20 procédures en cours.
Quels résolveurs DNS remplacent Quad9 ?
Cloudflare (1.1.1.2), DNS4EU (86.54.11.1) et AdGuard DNS (94.140.14.14) sont les principaux substituts, avec filtrage des menaces et, pour les deux premiers, application des décisions de justice françaises.
