Le Sénat a adopté à l'unanimité, mardi 27 octobre 2026, une proposition de loi visant à simplifier l'ouverture de débits de boissons en zone rurale, une mesure portée par le sénateur centriste de Lot-et-Garonne Michel Masset et saluée bien au-delà de son département. Pendant ce temps, les échos de la politique locale, livrés chaque samedi par SudOuest.fr, dressent le portrait d'un département où la dette, les trains supprimés et les bistrots fermés occupent davantage les esprits que les grandes déclarations des élus.
Car c'est bien là le paradoxe lot-et-garonnais. Ce territoire rural, attaché à ses commerces de proximité et à ses liaisons ferroviaires, assiste à un grand écart permanent entre les priorités affichées par ses élites et les préoccupations concrètes de ses habitants.
Michel Masset défend le retour des bistrots dans les villages
Le sénateur Michel Masset est monté à la tribune du palais du Luxembourg pour défendre un dispositif facilitant la réouverture des bistrots dans les villages, élément essentiel du vivre ensemble et de la vitalité des centres-bourgs. Le texte a franchi l'étape sénatoriale sans une voix contre, comme le rapporte La Dépêche, un fait rare en ces temps de guérilla parlementaire.
« Un bistrot qui ferme, c'est l'âme d'un village qui s'en va », résume l'argument porté par les élus ruraux. La loi actuelle sur les débits de boissons de quatrième catégorie, héritée d'un autre siècle, enfermait les communes dans des procédures kafkaïennes. Boulevard Voltaire souligne d'ailleurs que ce cadre ringard a contribué, avec la baisse du pouvoir d'achat et la concurrence des grandes surfaces, à la disparition des derniers cafés de campagne. Le journal évoque aussi la responsabilité de certains maires, soucieux de satisfaire des électeurs urbains rêvant de villages-musées plutôt que de villages vivants.
Sur les ondes de Sud Radio, le constat est le même : « Le café est souvent le dernier maillon qui résiste. » Quand l'épicerie, l'école et la poste ont fermé, le comptoir du bistrot demeure le dernier lieu où l'on se parle encore. On ne saurait mieux résumer ce que la France des bourgs attend de ses représentants : des textes simples, concrets, appliqués.
Hélène Laporte contre la presse : un réflexe qui inquiète
Autre sujet, autre ton. La vice-présidente de l'Assemblée nationale, Hélène Laporte, s'en est prise récemment sur Facebook à une journaliste de Sud Ouest qui l'interrogeait sur un courrier de condoléances envoyé par la députée à un citoyen. Ce dernier, fils d'un Républicain espagnol ayant fui le franquisme, avait exprimé son malaise après avoir reçu ce courrier, publié sur LinkedIn.
La parlementaire du Marmandais a demandé à la journaliste si elle n'avait pas « d'autres sujets de plus grande importance à traiter », un procédé classique de pression sur la presse. Elle reproche par ailleurs à Sud Ouest, quand ses écrits ne lui plaisent pas, d'être un journal militant de gauche. Rappelons simplement, puisque l'histoire a des exigences, que ce journal est né à la Libération, sur les cendres de La Petite Gironde, qui avait versé dans la collaboration. Le débat sur l'histoire des partis, le RN le sait, ne se referme pas si facilement.
La question mérite d'être posée sans détour : quelle conception de la presse ont donc certains élus ? On peut aimer ou ne pas aimer la satire. On ne peut pas, en démocratie, exiger une presse aux ordres. Nos lecteurs n'ont pas oublié ce que vaut une presse libre, celle qui a précisément combattu pour exister à la Libération. Ceux qui fustigent les journalistes à chaque enquête dérangeante feraient bien de méditer cette filiation.
La LGV plutôt que la ligne 44 : le choix assumé de la Région
Plus prosaïquement, le vice-président de la Région en charge des mobilités, Renaud Lagrave, a expliqué jeudi 29 octobre aux usagers du train qu'il n'y avait plus d'argent dans les caisses pour remettre en état le réseau ferroviaire secondaire, notamment la ligne 44 entre Agen, Marmande et Bordeaux. La faute à l'État, selon lui. Mais certainement pas au choix politique de la Région Nouvelle-Aquitaine, qui a privilégié la construction de la LGV dont le coût dépassera allègrement les 20 milliards d'euros.
« Cela n'a rien à voir, la LGV c'est de l'investissement », réplique l'élu landais. Les usagers du TER 44, qui paient un impôt local pour ce chantier pharaonique et à qui la LGV n'apportera rien au quotidien, apprécieront la nuance. Voilà toute la distance entre la France des grandes infrastructures de prestige et la France des trajets quotidiens. Le contribuable lot-et-garonnais, lui, n'a pas de TGV à prendre pour aller travailler à Bordeaux.
La dette, nouvelle passion des anciens premiers ministres
Ironie du calendrier : deux anciens premiers ministres sont venus, en cette fin de semaine, livrer leur analyse sur la dette publique en Lot-et-Garonne. François Bayrou, invité par Jean Dionis à Agen, puis Bernard Cazeneuve, reçu par le sénateur Michel Masset à Damazan. Pour l'un comme pour l'autre, venir parler de la dette aujourd'hui ne coûte rien. C'est même un exercice commode pour ceux qui, de près ou de loin, ont contribué à l'aggraver dans leurs fonctions anciennes. Le contribuable, lui, paiera.
Les maires unis contre le projet de loi de finances
Comme les trois mousquetaires, les maires d'Agen, de Mont-de-Marsan et d'Auch, qui partagent une même sensibilité de gauche, se sont retrouvés non loin de la statue de D'Artagnan pour dire tout le mal qu'ils pensaient du projet de loi de finances. Le texte prévoit de tailler sévèrement dans les bourses des collectivités locales, et les édiles savent que la facture arrivera sur les dos des classes moyennes et des petits commerçants.
Seul dans son bureau, le président de l'Association des maires de Lot-et-Garonne a proféré la même analyse face à la presse. Un pour tous, tous pour un : sur ce point au moins, le front communal tient. Reste à savoir si l'État écoutera ceux qui tiennent au quotidien la France des bourgs, celle-là même qui réclame ses bistrots, ses trains et le respect de ses impôts.
Questions fréquentes
Que change la loi sur les bistrots en zone rurale ?
Elle simplifie les procédures d'ouverture de débits de boissons dans les villages, en assouplissant un cadre juridique jugé obsolète. Le Sénat l'a adoptée à l'unanimité le 27 octobre 2026.
Pourquoi la ligne ferroviaire 44 est-elle menacée ?
La Région Nouvelle-Aquitaine affirme ne plus avoir les moyens de financer la remise en état du réseau secondaire, ayant privilégié la LGV dont le coût dépassera 20 milliards d'euros.
Qui a critiqué la presse en Lot-et-Garonne ?
La députée Hélène Laporte a vivement critiqué une journaliste de Sud Ouest sur Facebook après une question sur un courrier de condoléances qu'elle avait adressé à un citoyen.
