Donald Trump a nettement durci ses attaques contre Volodymyr Zelensky cette semaine, à quelques jours des élections de mi-mandat américaines, tandis que les dirigeants européens réunis en sommet à Bruxelles vendredi 18 octobre ont été sommés de trouver des milliards supplémentaires pour Kyiv.
Dans sa newsletter Off the Record, la rédactrice Europe d'euronews Maria Tadeo décrypte un calcul politique peu reluisant : le président américain, embarrassé par la flambée des prix à la pompe, désigne le chef de l'État ukrainien comme responsable des maux des contribuables américains.
Une panique électorale à l'américaine
Le prix moyen de l'essence a atteint 4,27 dollars le gallon aux États-Unis cette semaine. Pour un pays qui tient l'énergie bon marché pour un droit naturel, c'est une insulte et, pour un locataire de la Maison-Blanche, un danger électoral mortel. Selon euronews, Washington a ainsi annoncé un accord choc pour alléger les sanctions sur le diesel russe, une bouffée d'air offerte à Moscou sans aucune contrepartie, dans l'espoir de faire baisser les prix avant le scrutin.
La véritable cause de la tension se trouve pourtant ailleurs : le détroit d'Ormuz, que l'Iran a transformé en arme en étranglant le passage d'environ un cinquième de l'approvisionnement mondial en pétrole, conséquence de la guerre américano-israélienne contre Téhéran. Trump n'a aucune solution rapide à proposer sur ce front. Il lui fallait un coupable. Il a choisi Zelensky.
Zelensky coupable, Poutine intouchable
Le président américain a accusé son homologue ukrainien de créer « des problèmes pour nos éleveurs, nos agriculteurs et le monde », avant de suggérer que l'Ukraine devrait se trouver un nouveau dirigeant. TF1 Info relève d'ailleurs que Zelensky est devenu depuis un an et demi le bouc émissaire régulier de la Maison-Blanche.
Interrogé en marge du sommet européen sur cette mise au ban, le président ukrainien n'a répondu que par un sourire, rapporte Orange Actualités. Un silence qui en dit long sur la dignité d'un homme dont le pays encaisse des frappes de missiles quotidiennes et a subi cette semaine de graves perturbations touchant ses capacités de renseignement.
On peut discuter les méthodes de Zelensky, ses faux pas diplomatiques, les accusations de corruption visant ses proches. Mais un constat s'impose : Trump n'a jamais employé ce langage envers Vladimir Poutine. Jamais il n'a exigé du Kremlin des élections libres. Le parti pris est éclatant pour une puissance qui prétend arbitrer la paix.
Le mythe du bon accord avec Moscou
Washington semble convaincu que Poutine peut être ramené à la table par des contrats commerciaux et des sweeteners économiques. C'est méconnaître l'homme et son projet. En 2021, le maître du Kremlin publiait un essai sur « l'unité historique des Russes et des Ukrainiens », niant de facto la légitimité de l'indépendance ukrainienne. L'invasion à grande échelle suivit un an plus tard.
Pour les Ukrainiens, cette guerre est une guerre de survie nationale. Un échange de territoires contre des promesses verbales, sans garanties de sécurité béton, aucun État souverain n'accepterait cela. Et personne n'a encore expliqué ce que deviendrait l'architecture de sécurité européenne, partie en fumée depuis février 2022.
70 milliards à trouver, et la France en première ligne
La facture, elle, arrive sur le bureau des Européens. Zelensky a chiffré le coût de la guerre à 155 milliards d'euros pour l'an prochain, dont 70 milliards à financer par l'Europe, les États-Unis ne fournissant plus aucune aide. Le prêt de 90 milliards validé en décembre ne suffira pas, et l'Ukraine ne pourra probablement jamais le rembourser.
La question est brutale mais incontournable : où l'Union trouvera-t-elle entre 70 et 90 milliards d'euros, potentiellement chaque année ? Nouvelle dette commune, saisie des avoirs russes gelés, élargissement des donateurs ? La Commission doit proposer des options d'ici novembre. Emmanuel Macron a jugé « bien trop tôt » pour parler de 70 milliards, mais plusieurs diplomates confient à euronews que Bruxelles devrait lever de nouvelles dettes.
Marine Le Pen, donnée en tête des sondages en France, a profité d'une visite à Bruxelles pour le dire sans fard : la France, « au bord du défaut de paiement », ne paiera pas. En Allemagne, l'AfD tient le même langage. Ces positions restent minoritaires au Conseil européen, mais elles prospèrent sur un malaise social réel, et le méga-cycle électoral des douze prochains mois ne jouera pas pour l'Ukraine.
C'est précisément là que le bât blesse pour nos classes moyennes et nos contribuables, déjà étranglés par la fiscalité. On ne réglera pas la question ukrainienne en endettant une nouvelle fois les peuples européens sans stratégie ni débat démocratique, comme nous l'avions souligné à propos du
