Serge Maury, l'or olympique de 1972, acclamé par Bordeaux
Il y a plus d'un demi-siècle, un fils de Bordeaux écrivait l'une des plus belles pages du sport français. Le 11 septembre 1972, Serge Maury, médaillé d'or en voile solitaire aux Jeux olympiques de Munich, rentrait dans sa ville natale sous les acclamations. Un moment de gloire pure, de ceux qui unissent une cité autour de son champion.
Un retour triomphal à l'aéroport de Bordeaux-Mérignac
Ce matin-là, l'aéroport de Bordeaux-Mérignac n'avait pas l'habitude de telles effervescences. Pourtant, dès 7h40, un petit groupe s'affairait dans le hall. Le docteur Dartigues, figure locale bien connue, serrait les mains et répétait à qui voulait l'entendre : « Il arrive ! Nous sommes venus pour le chercher... On lui doit bien ça ! »
À 8h02, la Caravelle en provenance de Paris-Orly se posait. Une banderole se déployait : « Bravo Serge », suivie d'une pancarte tout aussi fière : « Gloire à Serge Maury, champion olympique. Vive Maubuisson ! » Le docteur Dartigues avait réussi son coup : associer Maubuisson à l'honneur d'une médaille d'or olympique.
Serge Maury, fidèle à sa nature discrète, descendit de l'avion anonyme au milieu des autres passagers, presque rouge de confusion face à l'ovation. Sa mère, émue, fut la première à l'embrasser. Puis ce fut au tour de Dominique, sa fiancée, les yeux pétillants de bonheur. La foule réclamait la médaille : « La médaille ! La médaille ! » Sur l'air des lampions, le trophée circula de main en main avant de reprendre sa place, au cou du champion. Hissé sur les épaules d'un camarade, Serge Maury franchit les portes de l'aérogare sous les applaudissements.
« Je voudrais prendre un peu de repos »
Sur le trottoir, le nouveau champion olympique se confiait brièvement. À la question sur ses projets, il répondit avec une simplicité désarmante : « Oh, maintenant, je voudrais prendre un peu de repos. J'en ai bien besoin après ces longues semaines de préparation et de compétition. Et puis, je vais préparer mon mariage (c'est pour le 28 octobre). Après, on reprendra le train-train de la vie ! »
Interrogé sur les moments les plus difficiles de la compétition à Kiel, il livra une réponse pleine de lucidité : « Aussi bizarre que cela puisse paraître, les jours d'interruption ! Les calculs, les réglages, l'attente, tout cela créait une tension nerveuse quelquefois presque insupportable. En régate, j'étais mieux dans mon élément ! »
On le croyait sans peine. Cet homme qui rougissait d'être au centre d'une manifestation, fût-elle de sympathie, savait mieux s'exprimer dans la solitude de la course. Il n'aurait pas choisi autrement la classe des solitaires.
Un bain de foule dans la capitale girondine
Après quelques instants de repos, le champion était reçu au C.I.V.B. par le président Henri Martin et son état-major, en des termes extrêmement chaleureux. Tonnelier de métier, Serge Maury fut ensuite invité à descendre la rue Sainte-Catherine, toujours très fréquentée le lundi, entre une double haie de rouleurs de barriques.
Très acclamé tout au long de son parcours, qu'il accomplissait à pied, il se rendit jusqu'au siège de « Sud-Ouest ». Là, notre directeur, M. Henri Amouroux, entouré de ses collaborateurs et de nombreuses personnalités, lui offrait une réception, une coupe et de remarquables cadeaux. Étaient présents MM. Lawton, adjoint aux sports représentant M. Chaban-Delmas, maire de Bordeaux ; Scotté, inspecteur principal, chef des services académiques de la Jeunesse et des sports ; Dost, assistant régional de plein air ; Allard, président de la Ligue du Sud-Ouest de yachting ; ainsi que des représentants du C.I.V.B. et du Cercle de la Voile de Bordeaux.
Serge Maury, champion olympique, venait de vivre sa plus dure journée des Jeux. Une journée de gloire, certes, mais aussi de fatigue. Une journée qui restera gravée dans la mémoire des Bordelais, fiers de leur héros.
Qui était Serge Maury, ce héros bordelais ?
Serge Maury est né à Bordeaux et a grandi dans l'univers du nautisme. Il s'est illustré dans la classe Finn, celle des solitaires, où le marin doit tout gérer seul : la stratégie, la technique, le mental. Sa médaille d'or aux Jeux de Munich en 1972 reste l'un des plus grands exploits du sport français dans cette discipline. Il a également participé aux Jeux de Montréal en 1976, confirmant son rang parmi l'élite mondiale de la voile.
Que reste-t-il de cet exploit aujourd'hui ?
Cet exploit demeure une référence pour les jeunes générations de marins français. Il rappelle une époque où la France savait honorer ses champions avec simplicité et chaleur, sans artifice ni excès. Une leçon de modestie et de travail bien fait, à l'image de ce tonnelier devenu champion olympique.