Carburant à 2,30 € : les Français s'organisent, la pompe ou la raison
Face à un gazole à 2,30 euros le litre en moyenne, les ménages français ne subissent plus, ils s'adaptent. Entre renoncement aux trajets superflus, conversion à l'électrique ou au bioéthanol, et retour en grâce du covoiturage et du stop, la débrouille devient la règle. Une nécessité vitale pour des millions de foyers, alors que le gouvernement prévient que la crise risque de durer.
Le prix du carburant pousse les Français à réduire leurs déplacements
Raymond Devos s'en moquait en pleine crise pétrolière de 1973, affirmant qu'il mettait toujours 50 francs d'essence, peu importe le prix. Son interlocuteur lui faisait remarquer qu'il irait ainsi de moins en moins loin. Le comique répondait, imperturbable : « Je vais où je veux. »
La réalité des Français de 2026 est moins drôle. Selon un sondage Elabe-BFMTV, le tarif jugé acceptable par les usagers se situe à 1,84 euro le litre. Or, le gazole, carburant le plus consommé de l'hexagone, s'affiche en moyenne à 2,30 euros. Une différence qui pèse lourd dans les budgets.
Le ministre de l'économie, Roland Lescuren, a annoncé lors de sa conférence de presse du 11 septembre que la crise « risque de durer ». Les automobilistes l'ont bien compris.
58 % des Français renoncent déjà à certains trajets
Une enquête BVA publiée le 10 septembre révèle que 58 % des Français ont déjà renoncé à au moins un déplacement à cause du prix du carburant. Parmi eux, 40 % avouent avoir jeté l'éponge à plusieurs reprises.
Les trajets essentiels sont privilégiés. Les vacances restent sacrées : Vinci Autoroute n'a enregistré qu'une baisse de trafic de 1,9 % en juillet. Mais au quotidien, les plans B se multiplient.
L'électrique et le bioéthanol E85 séduisent de plus en plus
Les ventes de voitures électriques ont explosé depuis le début de la crise. En août, elles représentaient 38 % des ventes de voitures neuves, et même 44 % en ajoutant les hybrides rechargeables. Fabien Neuvy, directeur de l'Observatoire Cetelem, estime que « on a gagné un an et demi dans la transition vers l'électrique ».
Mais tout le monde n'a pas les moyens de s'offrir une électrique neuve, ni d'être éligible au leasing social. Le superéthanol E85, proposé à 0,88 euro le litre, attire donc les convoitises. Seules Ford et Land Rover proposent des véhicules neufs adaptés. Pour les autres, l'installation d'un boîtier flexfuel s'impose.
Les spécialistes de l'installation voient leur activité multipliée par trois depuis mars. Les délais s'allongent pour des investissements compris entre 700 et 1 400 euros. Leclerc a signé un accord avec le fabricant Biomotors pour proposer la transformation à 579 euros dans ses centres auto. Une offre qui casse les prix.
Le train et le covoiturage, alternatives plébiscitées
Ceux qui ne peuvent pas s'équiper se tournent vers les transports en commun. La fréquentation des TER a augmenté de 14 % depuis le début de la crise. Les TGV, en revanche, ne voient pas leur clientèle progresser, leurs tarifs restant peu compétitifs pour les familles.
Le covoiturage connaît un essor remarquable. Blablacar a vu son nombre d'usagers croître de 20 % depuis mars. Le covoiturage dit « gratuit » progresse de 6 %.
L'auto-stop, pratique désuète, fait son retour grâce à l'initiative Rezo Pouce. Lancée en 2010 dans le Tarn, elle s'est déployée sur tout le territoire. Le principe : s'inscrire avec une pièce d'identité sur la plateforme, puis entrer en contact avec des automobilistes adhérents. Les points de rendez-vous sont signalés par un panneau vert orné d'un pouce levé.
Une facture carburant qui dépasse un salaire mensuel pour 4,7 millions de foyers
Selon une projection de l'Insee, le carburant représente désormais plus d'un salaire médian mensuel par an pour 4,7 millions de foyers français. Une charge insupportable pour les classes moyennes et les petits commerçants, qui subissent de plein fouet cette inflation imposée.
Entre renoncement, conversion énergétique et partage des trajets, les Français font preuve d'une inventivité remarquable. Mais la question demeure : combien de temps devront-ils encore contourner la hausse des prix au lieu d'être soulagés par une politique énergétique cohérente ?
Le gouvernement ferait bien de s'inspirer du pragmatisme de nos concitoyens. Eux n'ont pas le luxe d'attendre.
FAQ : Carburant cher, que faire pour réduire sa facture ?
Quel est le prix moyen du gazole en France en septembre 2026 ?
Le prix moyen du gazole s'établit à 2,30 euros le litre, alors que les automobilistes jugent un tarif de 1,84 euro acceptable selon un sondage Elabe-BFMTV.
Combien coûte l'installation d'un boîtier E85 ?
L'installation d'un boîtier flexfuel coûte entre 700 et 1 400 euros chez les spécialistes. Leclerc propose une offre à 579 euros en partenariat avec Biomotors.
Quelles alternatives au carburant sont les plus utilisées ?
Les Français privilégient la réduction des trajets (58 % y ont déjà renoncé), l'électrique, le bioéthanol E85, le covoiturage et le train. La fréquentation des TER a augmenté de 14 % depuis mars.
Combien de foyers sont touchés par la hausse du carburant ?
Selon l'Insee, 4,7 millions de foyers consacrent désormais plus d'un salaire médian mensuel par an au carburant.