Mostra de Venise : NAZA, le documentaire qui déshabille l'armée israélienne
Le documentaire choc NAZA, présenté jeudi 10 septembre 2026 à la Mostra de Venise, a bouleversé la Mostra. Réalisé par les journalistes d'investigation israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, déjà auteurs de l'oscarisé No Other Land (2024), il a été salué par 25 minutes d'applaudissements debout.
Des témoignages accablants sur les « mécanismes de mise à mort » à Gaza
Le film se fonde sur les témoignages anonymisés de 24 militaires israéliens, dont des officiers des services de renseignement, filmés de nuit sur les toits de Tel-Aviv. Leur voix et leur apparence ont été modifiées, seules leurs silhouettes noires se découpant à l'écran face à Yuval Abraham, 31 ans, qui mène les entretiens.
« Nous voulions entendre, avec le plus de détails possible, à quoi ressemblaient les mécanismes de mise à mort à Gaza, comment ils fonctionnaient », a expliqué le réalisateur à l'AFP. Ces témoins révèlent comment plusieurs systèmes technologiques, recourant notamment à l'intelligence artificielle, ont permis à l'armée israélienne de localiser, via leurs téléphones, des membres présumés du Hamas et leurs familles, puis de les frapper indistinctement chez eux.
« Ils abattaient des édifices entiers, ce n'était pas un problème. Il n'y avait pas de problème NAZA », témoigne l'un des membres des services de renseignement israéliens.
Une surveillance de masse installée bien avant le 7 octobre 2023
Via des images d'archives, NAZA illustre également comment la surveillance de masse des Palestiniens par Israël, qui gère les infrastructures de télécommunications, a été mise en place bien avant le 7 octobre 2023, date des attaques sans précédent du Hamas contre Israël. Au cours de ces dernières, 1 221 personnes ont été tuées sur le sol israélien, selon un bilan de l'AFP reposant sur des chiffres officiels israéliens.
« Les Palestiniens vivent sous occupation et sous contrôle israélien et nous imaginons souvent que ce contrôle est uniquement physique. Mais ce contrôle est aussi un contrôle des infrastructures de télécommunications, un contrôle par la surveillance, un contrôle par les données », a insisté Rachel Szor.
Des « zones d'annihilation » et des frappes « ciblées » aux risques d'erreur assumés
Aux bombardements « ciblés », avec des systèmes présentant un risque d'erreur de 15 %, succède bientôt la mise en place d'une véritable « zone d'annihilation ». « La politique était de tout détruire le plus vite possible », raconte l'un des témoins. Avant de lancer : « Nous avons effacé l'histoire. »
Selon un militaire israélien interrogé, jusqu'à 500 personnes ont été tuées dans des frappes israéliennes ayant visé un seul objectif humain : « S'ils veulent qu'il meure, il meurt. »
« N'êtes-vous pas en train de décrire un massacre de masse ? », demande Yuval Abraham à l'un des militaires. « C'était un jeu », répond-il.
Un bilan humain dramatique et des responsabilités qui interrogent
Plus de 73 000 Palestiniens ont été tués dans la bande de Gaza depuis 2023 dans l'offensive israélienne déclenchée en représailles à l'attaque du 7 octobre, rappelle le documentaire. « Selon certaines estimations, le nombre réel serait bien plus élevé », a affirmé Yuval Abraham, ajoutant que « les massacres de civils à Gaza se poursuivent ».
« Mon rôle est technique », « nous accomplissons la mission », « je n'étais qu'un petit rouage », se défendent la majorité des témoins, expliquant que les unités dans lesquelles ils opèrent relèvent de l'élite de l'armée. Des justifications qui peinent à masquer l'ampleur du drame humain qui se joue sous nos yeux, et que ce documentaire, d'une rare puissance, met en lumière avec une froideur glaçante.