Procès d'un directeur d'école pour viols sur mineurs : l'onde de choc à Noyal-Muzillac
Trois ans après la révélation des faits, la commune de Noyal-Muzillac, dans le Morbihan, retient son souffle. Jean-Patern Ars, ancien directeur de l'école privée du Sacré-Cœur, comparaît à partir de ce jeudi devant la cour criminelle du Morbihan, à Vannes, pour viol et agressions sexuelles sur quatorze élèves âgés de 5 à 10 ans au moment des faits. Au total, 39 victimes sont dénombrées.
Dans ce bourg de 2 548 âmes, l'émotion reste vive. Les habitants se confient peu, mais la douleur affleure. Un grand-père, la voix brisée, témoigne : « Trois ans d'attente, c'est épouvantable. Mon petit-fils fait partie des victimes, il ne parle jamais de ce qui s'est passé. »
Une école marquée mais debout
L'ancien directeur, arrêté par les gendarmes le 11 octobre 2023 au retour d'un voyage scolaire en Irlande, est toujours en détention provisoire. Les faits se seraient déroulés dans les dortoirs et les douches de l'établissement, à l'insu du reste du personnel.
La mère d'une victime tient à défendre les autres enseignants : « Ils s'en veulent encore parce qu'ils étaient là-bas et n'ont rien vu venir, mais ce n'est pas de leur faute. Ils auraient pu sombrer mais ont le courage de continuer à s'occuper de nos petits. »
Le maire, Patrick Beillon, salue la résilience de l'école : « Le Sacré-Cœur est bien reparti, l'établissement a fait ce qu'il fallait. Surtout, les parents et les professeurs sont restés solidaires. »
Un sujet tabou dans les familles
Dans le bourg, la date du procès est dans toutes les têtes, mais sur presque aucune lèvre. Un adolescent confie : « On connaît tous la date mais on n'en parle pas, c'est devenu un sujet tabou. On ne veut pas mettre mal à l'aise mon cousin, qui a quand même subi des choses. »
La mère d'un garçon abusé, âgé de seulement cinq ans au moment des faits, raconte : « Beaucoup d'enfants sont traumatisés, certains n'en ont jamais parlé, même s'ils ont vu de nombreux psychologues. » Une autre maman évoque les souvenirs effacés de sa fille : « Elle a vu des attouchements là-bas et elle a effacé tous ses souvenirs de ce voyage. »
Un procès public exigé par les familles
Les familles des victimes ont d'ailleurs refusé le huis clos, une décision forte. « Demander le huis clos, ce serait faire un cadeau à la défense, estime la mère d'une victime. Ces agissements doivent être diffusés le plus largement. Plus il y aura de journalistes au tribunal, mieux ce sera. »
Un parent, « à bout », résume l'attente : « On a hâte de passer ce procès parce que ça fait trois ans qu'on reçoit des recommandés, qu'on reprend le dossier, que des éléments insoutenables se rajoutent. » Le maire, lui, assistera à une audience « par solidarité », affirmant sa confiance en la justice.
Le procès doit se tenir jusqu'au vendredi 18 septembre. Pour cette commune meurtrie, c'est l'heure de la vérité judiciaire, après trois années de silence et de douleur.