Cinéma : Macron veut « reprendre la main » face à l'IA
Le président de la République a ouvert lundi, à Saint-Paul-de-Vence, un sommet international consacré à l'avenir du cinéma. Face aux bouleversements provoqués par l'intelligence artificielle et la chute de la fréquentation des salles, Emmanuel Macron a appelé à « reprendre le contrôle » sur ces technologies qui menacent le septième art.
« Nous ferions une erreur formidable si cette technologie devenait un instrument qui se substitue ou prétendrait se substituer aux auteurs », a déclaré le chef de l'État lors de ce sommet baptisé « Lumière », organisé en partenariat avec la Corée du Sud.
Un milliard d'euros pour défendre la filière de l'image
En ouverture des débats, la France et la Corée du Sud ont annoncé la création d'un fonds d'un milliard d'euros, abondé à parité. Il doit soutenir « la filière de l'image » au sens large pendant cinq ans, au bénéfice des entreprises françaises et sud-coréennes de l'image animée.
Le président sud-coréen Lee Jae Myung a renchéri : « Nous devons ouvrir une ère où l'intelligence artificielle se développe de manière plus responsable et davantage autour de l'humain. »
Qui participe au sommet sur le cinéma à Saint-Paul-de-Vence ?
Quelque 220 invités venus de 65 pays ont répondu présents : studios hollywoodiens, chaînes de télévision, plateformes de streaming, exploitants, producteurs et éditeurs de jeux vidéo. Les patrons de Sony Pictures, Disney et de l'Académie des Oscars sont là, même si la crise qui secoue Hollywood a réduit leur influence.
Netflix et TikTok ont également accepté l'invitation. En revanche, YouTube et Meta (Instagram) ont décliné, tout comme les grandes sociétés d'intelligence artificielle générative, accusées de piller les créations audiovisuelles pour entraîner leurs modèles.
La propriété intellectuelle « n'est pas négociable »
« Le sommet sera l'occasion de réaffirmer que la propriété intellectuelle n'est pas négociable », a prévenu Vincent Florant, secrétaire général de l'événement, en évoquant la déclaration finale qui ponctuera ce « Davos du cinéma ».
Une nouvelle organisation internationale, baptisée Iris, doit par ailleurs rassembler « l'ensemble des salles de cinéma indépendantes » afin de « préserver la diversité de ce modèle », a détaillé Emmanuel Macron.
« Nous devons nous attaquer à la crise qui frappe les salles de cinéma », a abondé son homologue sud-coréen.
George Clooney présent, Scorsese et Huppert en soutien
Malgré une tonalité très économique, le glamour n'a pas été oublié. La mégastar américaine George Clooney a foulé le sommet, quelques jours après son passage à la Mostra de Venise. Le réalisateur Martin Scorsese et l'actrice française Isabelle Huppert ont également apporté leur soutien à distance.
Gaëtan Bruel, président du Centre national du cinéma (CNC), qui copilote l'événement, a reconnu qu'il ne s'agissait pas de « régler toutes les difficultés en une journée », mais qu'il y avait « besoin de pouvoir relever la tête » et de prendre des « mesures concrètes ».
Pourquoi ce sommet est-il important pour le cinéma français ?
Ce sommet intervient dans un contexte difficile pour le septième art : baisse de la fréquentation en salles, concurrence des écrans de smartphone, et montée en puissance de l'intelligence artificielle générative. La France, avec sa tradition d'exception culturelle, entend défendre la création et les auteurs face à ces défis.
Les échanges entre dirigeants du cinéma et gouvernants se dérouleront à huis clos, mais l'ambition affichée est claire : trouver un « terrain d'entente » pour préserver la diversité de la création face aux géants de la technologie.