Les principales Bourses européennes s'orientaient en forte baisse vendredi 6 novembre à l'ouverture, le CAC 40 parisien étant annoncé en recul de 1,28 % selon les premières indications. La sanction vient de Wall Street, où le Nasdaq a encaissé jeudi ses plus lourdes pertes depuis dix-neuf mois.
Derrière ce mouvement se cache une crainte précise : la victoire des démocrates aux élections de mi-mandat américaines de mardi, qui ont pris le contrôle des deux chambres du Congrès, ouvre la voie à un durcissement de la régulation de l'intelligence artificielle. Les investisseurs vendent les valeurs volatiles et se réfugient ailleurs.
Une correction brutale, une panique assumée
Les chiffres de la journée de jeudi à New York donnent la mesure du choc. Le Dow Jones a cédé 3,44 % à 51.523,06 points, le S&P 500 a perdu 4,36 % à 7.353,73 points, et le Nasdaq Composite a reculé de 5,52 % à 24.315,00 points, selon le relevé de Boursorama.
Le secteur des semiconducteurs a dégringolé, entraînant l'ensemble de la cote dans ce que l'on appelle désormais une correction. Car la bulle de l'IA, gonflée à coups de milliards, se heurte enfin à la réalité politique et aux doutes persistants sur la rentabilité de ces investissements massifs.
« Il y a clairement aussi un élément de panique dans ces ventes, et les positions prises rendent l'ajustement beaucoup plus violent », a déclaré Charu Chanana, stratège en chef des investissements chez Saxo.
La phrase mérite d'être méditée. Ce ne sont pas les fondamentaux de l'économie qui s'effondrent, ce sont des positions spéculatives excessives qui se défont. Le château de cartes, construit sur l'endettement et la promesse d'une révolution technologique perpétuelle, vacille dès que le vent tourne.
L'Asie encaisse le choc
Les Bourses asiatiques ont dégringolé vendredi dans le sillage de Wall Street, et les autorités ont dû intervenir pour tenter de calmer le jeu. À Taïwan, le ministère des Finances a contacté les dirigeants des banques publiques pour leur demander de soutenir le marché, selon des sources citées par Reuters ; le TWSE Taiwan 50 a terminé en baisse de 4,64 %.
En Corée du Sud, le ministre des Finances Lee Hyoung-il a temporairement assoupli les règles sur les investissements à effet de levier des particuliers ; le Kospi a néanmoins perdu 6,02 %. Au Japon, le Nikkei a cédé 5,96 % à 57.434,77 points et le Topix 5,9 % à 3.707,99 points. Seule la Chine a limité les dégâts, le composite de Shanghai reculant de 1,09 % et le CSI 300 de 1,45 %.
Que les États aient à soutenir artificiellement les cours en dit long sur la nature de cette euphorie boursière. Quand la finance dépend du bon vouloir des administrations publiques pour tenir, c'est que le marché a cessé d'être un marché.
L'Europe touchée malgré tout
Le secteur technologique pèse certes moins lourd en Europe qu'outre-Atlantique, mais le Vieux-Continent n'échappe pas à la contagion. La plupart des Bourses européennes s'étaient déjà retournées à la baisse la veille, et les contrats à terme de vendredi matin annoncent un recul de 1,36 % pour le Dax à Francfort, de 1,15 % pour le FTSE à Londres et de 1,16 % pour le Stoxx 600, une tendance déjà anticipée par Zonebourse en début de semaine.
« Le marché boursier américain a été le porte-drapeau et la colonne vertébrale de la hausse mondiale des valeurs liées à l'IA. Aujourd'hui, cette colonne vertébrale s'est brisée. Les marchés haussiers de l'IA ailleurs dans le monde pourront-ils tenir le coup par eux-mêmes ? », a déclaré Dong Baozhen, président de la société de gestion d'actifs Lingtong Shengtai.
La question est posée, et elle est bonne. L'Europe, qui n'a pas su construire ses champions technologiques, subit la correction d'une bulle qu'elle n'a même pas fabriquée. Voilà le prix de notre dépendance : quand l'Amérique éternue, la Côte d'Azur prend froid, comme disait Pompidou.
Valeurs refuges et pétrole : la grande rotation
Classiquement, l'argent fuit la spéculation pour se replier sur les actifs sûrs. Le dollar gagne 0,39 % face à un panier de devises de référence, tandis que l'euro perd 0,42 % à 1,1171 dollar. La livre sterling, au lendemain de la hausse de taux de la Banque d'Angleterre, première depuis 2023, perd 0,38 % face au billet vert et gagne 0,06 % face à la monnaie unique.
Les rendements obligataires, jugés plus sûrs malgré les tensions budgétaires récentes,profitent de la vague de ventes. En France, l'OAT à dix ans recule de 2,2 points de base à 4,7709 % et le deux ans de 5,2 points de base à 3,4601 %. En Allemagne, le Bund à dix ans cède 3,6 points de base à 3,2101 %. Aux États-Unis, le Treasury à dix ans perd 1,4 point de base à 4,8226 %.
Sur le pétrole, la perspective d'une désescalade du conflit avec l'Iran, conséquence du revers électoral de Donald Trump, oriente les cours vers une forte baisse hebdomadaire : le Brent s'apprête à terminer la semaine en recul de 15,4 % et le WTI de 12,2 %, mettant fin à quatre semaines consécutives de hausse. Vendredi, le Brent repartait toutefois à la hausse de 1,22 % à 99,49 dollars le baril, le WTI avançant de 0,88 % à 91,32 dollars, les inquiétudes sur l'approvisionnement au Moyen-Orient constituant toujours un plancher.
Un camouflet pour Trump, une leçon pour les marchés
Le Parti démocrate a infligé mardi au président républicain un camouflet sévère, prenant le contrôle des deux chambres du Congrès dans ce que l'on qualifie déjà de vague bleue historique. L'incertitude porte désormais sur la marge de manœuvre politique restante à Donald Trump, et sur la régulation à venir de l'intelligence artificielle.
Les épargnants français, ceux qui ont placé leur économie dans des fonds investis sur les valeurs technologiques américaines, découvriront dans leurs relevés de compte la réalité de cette correction. Les petites fortunes patiemment constituées sont à la merci d'un vote à Washington.
L'agenda du jour reste chargé : ventes au détail en zone euro à 10 heures, rapport sur l'emploi américain à 13h30 (65.000 créations attendues, taux de chômage stabilisé à 4,2 %), et moral des ménages américain à 15 heures. Autant d'indicateurs qui diront si l'économie réelle résiste, elle, au vacillement de la finance.
Questions fréquentes
Pourquoi les Bourses européennes baissent-elles après les élections américaines ?
La victoire des démocrates aux élections de mi-mandat fait craindre un renforcement de la surveillance réglementaire sur l'intelligence artificielle, ce qui pousse les investisseurs à vendre les valeurs technologiques, moteur de la hausse boursière mondiale.
Quelles sont les pertes attendues sur le CAC 40 ?
Le CAC 40 parisien pourrait perdre 1,28 % à l'ouverture vendredi 6 novembre, selon les premières indications rapportées par Boursorama.
Quelles valeurs sont touchées par cette correction ?
Les valeurs technologiques et les semiconducteurs sont en première ligne, le Nasdaq ayant subi jeudi ses plus fortes pertes depuis dix-neuf mois, avec un recul de 5,52 %.
