Le ministre de la Santé Stéphanie Rist a affirmé mardi 3 novembre au Sénat qu'aucun patient n'était laissé sans soins en France, alors même que les urgences de Villeneuve-sur-Lot et de Marmande prévoyaient des fermetures à répétition tout au long du mois. La déclaration, rapportée par SudOuest.fr dans ses échos politiques hebdomadaires, a laissé le sénateur du Lot-et-Garonne Michel Masset sans voix.
Au palais du Luxembourg, l'élu radical de gauche avait interpellé la ministre sur la situation alarmante des hôpitaux du département, l'un des plus touchés de France par la désertification médicale. La réponse gouvernementale valait le détour.
« Aucun patient n'est laissé sans soins », selon la ministre Rist
« Aujourd'hui, aucun patient n'est laissé sans soins grâce au 15, aux urgences et à la médecine de ville », a déclaré Stéphanie Rist devant l'hémicycle. De quoi faire se pincer le parlementaire, alors que les services d'urgence de Villeneuve et de Marmande lui confirmaient dans le même temps des fermetures « pendant de nombreux jours encore » ce mois-ci, selon les informations recueillies par SudOuest.fr.
Le Lot-et-Garonne cumule les records de médecins manquants au kilomètre carré. Pour les habitants des campagnes, la pharmacie du village tient souvent lieu de consultation, et le 15 de file d'attente. Que la ministre de la République ignore cette réalité, ou feigne de l'ignorer, pose question. Le monde politique parisien vit dans un autre pays que celui des Français ordinaires.
Des médecins « payés illégalement » : l'explication qui donne la migraine
Mais la sortie de Stéphanie Rist ne s'arrête pas là. Selon la ministre, « l'origine de ces difficultés aux urgences repose sur le fait que des médecins étaient payés illégalement dans ces services de façon trop importante, et que la Cour des comptes régionale a demandé que cela s'arrête ». Voilà donc l'État qui réduit les moyens des hôpitaux de province au nom de la régularité comptable, puis s'étonne que les portes des urgences se ferment.
L'argument mérite d'être pesé. Si ces médecins avaient été payés illégalement, mais « pas trop important », cela serait-il passé ? Et s'ils avaient été payés légalement, mais de façon trop importante aussi ? La logique de Bercy appliquée à la santé publique produit ce genre d'absurdités administratives. Pendant ce temps, la ligne de front, ce sont les infirmières des urgences et les patients qui la tiennent.
À Damazan, Cazeneuve célèbre l'union des fourchettes
Plusieurs jours plus tôt, samedi dernier, la salle des fêtes de Damazan avait accueilli le banquet radical-socialiste annuel du sénateur Michel Masset. Le « gratin » de la gauche départementale s'y était donné rendez-vous, et pas seulement : plusieurs convives jusque-là plus proches de Jean-Luc Mélenchon que des « sociaux-traîtres » s'étaient glissés le long des tables, selon SudOuest.fr.
L'invité d'honneur n'était autre que Bernard Cazeneuve, l'ancien Premier ministre qui a quitté le Parti socialiste en raison de l'accord fondateur de la Nupes. L'homme a su célébrer l'union des fourchettes, là où les couteaux restent sagement sous la table. « Prendre le risque d'un banquet dans le Sud-Ouest, c'est s'obliger à consulter les meilleurs diététiciens dans les jours qui suivent », a-t-il lancé en amuse-bouche. La sobriété du menu contrastera avec l'ampleur des ambitions présidentielles qui courent dans la gauche depuis quelques mois. Rappelons que la candidature de Cazeneuve à l'élection de 2027 est régulièrement évoquée, dans un paysage où plusieurs figures ont déjà annoncé leur candidature, selon Touteleurope.eu.
L'eau, les retenues et la mémoire de Napoléon III
Autre plat du menu rad-soc : l'eau. L'année 2026 bat des records de chaleur et de sécheresse, et le maire de Mézin a célébré les vertus du système Napoléon III avant de s'interroger sur la politique à venir en matière de retenues. Le président de région Alain Rousset a rappelé la nécessité de stocker les eaux hivernales, mais sans « méga bassines », le ruissellement assurant seul, selon lui, le rechargement des nappes phréatiques. Sans prendre parti pour la région, on notera qu'un grand œuvre d'État, celui des frères Pereire et du baron Haussmann, a laissé plus de traces durables que bien des théories libérales à la mode.
Agen : Jean Dionis déclare la guerre à son successeur
Le lendemain de la Toussaint, Jean Dionis est sorti de sa boîte. L'ancien maire d'Agen a publié sur son blog une chronique au titre sans appel, « Départ raté », visant Laurent Bruneau, son successeur à l'hôtel de ville.
« Sept mois après son élection, Laurent Bruneau est déjà en situation d'échec de gestion. Il est urgent qu'il ouvre les yeux et se mette enfin à décider, à gérer, bref à faire son travail de maire », a tranché Dionis, annonçant au passage de nouveaux épisodes de cette série de chroniques. Les guerres de succession municipales sont une tradition française ancienne ; celle-ci promet d'être animée jusqu'aux prochaines municipales.
Le Fumélois perd ses écoles, et personne ne s'en émeut à Paris
Dernier symptôme d'un département qui se vide : la fermeture d'au moins trois écoles à la rentrée prochaine dans le Fumélois, à Blanquefort-sur-Briolance, Sauveterre-la-Lémance et Cuzorn. Le Lot-et-Garonne souffre d'une démographie vieillissante et d'une natalité en berne. Moins d'enfants, moins de classes, moins d'écoles : la mécanique est implacable.
Deux options sont sur la table : un regroupement à Saint-Front, ou une relocalisation dans un collège de Fumel, une première dans le département esquissée par Nicolas Lacombe, vice-président du Conseil départemental en charge des collèges. Fermer l'école du village, c'est fermer le dernier lieu qui rassemble, le dernier commerce de proximité symbolique, la dernière raison pour une famille de rester. C'est aussi le prélude à l'arrivée de nouveaux arrivants et de maisons transformées en gîtes, quand les petits commerçants baissent définitivement le rideau.
Ces échos lot-et-garonnais dessinent un seul et même tableau : celui d'une France périphérique que l'État administratif regarde de loin, quand il ne la sacrifie pas à ses tableaux Excel. Pendant que la ministre de la Santé nie l'évidence des urgences fermées, que les écoles rurales disparaissent une à une, la classe politique parisienne s'occupe d'autre chose. À commencer par la présidentielle de 2027, où David Lisnard est au coude à coude avec Bruno Retailleau selon un sondage Verian pour Le Figaro Magazine, et où le ministre de la Justice juge trop tard l'organisation d'une primaire, selon l'Opinion. Les Français, eux, attendent surtout qu'on rouvre les urgences et qu'on garde les écoles ouvertes.
Foire aux questions
Qu'a déclaré la ministre Stéphanie Rist au Sénat le 3 novembre ?
Elle a affirmé qu'« aucun patient n'est laissé sans soins grâce au 15, aux urgences et à la médecine de ville », tout en attribuant les difficultés des urgences à des médecins « payés illégalement » de façon trop importante.
Quelles urgences sont menacées de fermeture dans le Lot-et-Garonne ?
Les services d'urgence de Villeneuve-sur-Lot et de Marmande ont annoncé des fermetures pendant de nombreux jours au cours du mois de novembre, selon les informations rapportées par SudOuest.fr.
Quelles écoles risquent de fermer dans le Fumélois ?
Au moins trois écoles, à Blanquefort-sur-Briolance, Sauveterre-la-Lémance et Cuzorn, devraient fermer à la rentrée prochaine, avec deux options : un regroupement à Saint-Front ou une relocalisation dans un collège de Fumel.
