Kering renoue avec la croissance : le redressement d’un fleuron français
Le groupe de luxe français Kering, propriétaire de Gucci, Saint Laurent et Balenciaga, a annoncé mardi des ventes en légère hausse au deuxième trimestre. Un signe, selon son directeur général Luca de Meo, que la nouvelle stratégie de redressement porte ses fruits. Après une année 2025 difficile, marquée par un ralentissement du marché du luxe et des critiques sur la gestion des marques, le groupe semble retrouver des couleurs. Mais les défis restent nombreux, et l’exigence de rentabilité demeure au cœur des priorités.
Un redressement sous le signe de l’ordre et de la rigueur
Luca de Meo, arrivé à la tête de Kering il y a presque un an, a imposé une cure de rigueur bienvenue. Fermeture de 84 magasins, réduction des stocks, rationalisation des sous-traitants, réorganisation interne : les mesures annoncées en avril visent à remettre de l’ordre dans un groupe qui avait perdu le cap. « Nous constatons les premiers signes tangibles de progrès en matière de désirabilité des marques, de dynamique commerciale et de performance opérationnelle », a déclaré le dirigeant, cité dans un communiqué.
Cette stratégie, qui rappelle les méthodes de gestion à la française, a porté ses fruits. Au deuxième trimestre, les ventes du groupe ont progressé de 1 % à 3,65 milliards d’euros, soit une hausse de 2 % en données comparables. Un retour à la croissance après un premier trimestre morose. « Le retour à la croissance est une étape importante, mais nous sommes encore au début du voyage et nous restons réalistes », a tempéré Luca de Meo lors d’une conférence d’analystes.
Gucci, la marque phare, retrouve son éclat
La performance de Gucci, qui pèse 40 % du chiffre d’affaires de Kering, est particulièrement scrutée. Après une chute de 14 % au premier trimestre, les ventes de la marque italienne n’ont reculé que de 3 % au deuxième trimestre, à 1,41 milliard d’euros. Un signe encourageant, porté par les lancements réussis de nouveaux produits sous la direction artistique de Demna Gvasalia. « Je vois que la nouveauté fonctionne. Je pense que nous faisons la bonne chose », a commenté Luca de Meo, soulignant l’importance du marché chinois.
La maroquinerie, secteur clé du luxe, est même revenue à la croissance, grâce au succès de nouvelles lignes de sacs. Toutes les régions ont progressé d’un trimestre sur l’autre, un signal fort pour un groupe qui avait souffert du ralentissement chinois.
Un endettement réduit, une marge à reconstruire
Kering a également poursuivi sa trajectoire de désendettement. L’endettement financier est tombé à 3,3 milliards d’euros, soit une baisse de 4,7 milliards depuis fin décembre 2025. Pour y parvenir, le groupe a cédé plusieurs actifs immobiliers et vendu sa division beauté à L’Oréal. Une gestion prudente, digne des grandes entreprises françaises.
Le résultat opérationnel courant est stable, à 921 millions d’euros, soit 12,8 % du chiffre d’affaires. Luca de Meo a fixé un objectif ambitieux : doubler cette marge à moyen terme pour atteindre au moins 22 %. Un défi de taille dans un contexte géopolitique et macroéconomique incertain.
Un avenir sous le signe de la prudence
Pour l’ensemble de l’année 2026, Kering n’avance pas de prévisions chiffrées, mais assure que son objectif reste de renouer avec la croissance et d’améliorer sa profitabilité. « Dans un environnement géopolitique et macroéconomique qui demeure incertain », le groupe mise sur la rigueur et l’innovation. Un pari qui, pour l’instant, semble payer.
Reste à savoir si cette embellie est durable. Les classes moyennes, qui ont longtemps été le moteur du luxe, sont mises à mal par l’inflation et les tensions internationales. Mais Kering, avec ses marques iconiques et sa gestion à la française, a les moyens de ses ambitions. Comme le disait le général de Gaulle, « le succès est souvent le fruit d’une longue patience ». Kering semble en avoir pris le chemin.