Jérusalem sous tension : le récit sans fard d'un couple vendéen
Pour la cinquième fois, André et Christine Réveiller, membres du Secours catholique aux Herbiers, posent leurs valises à la Maison d'Abraham, à Jérusalem. Dans ce premier volet de leur correspondance, ils décrivent une ville sous haute surveillance, marquée par les commémorations du 7 octobre et la détresse des Palestiniens. Un témoignage direct, sans fard, qui éclaire la fracture qui ne cesse de s'élargir entre les peuples.
Une arrivée sous haute surveillance
Dès l'aéroport d'Orly, le ton est donné. Le couple est dirigé vers un comptoir isolé, sous la garde de policiers armés. « Un sentiment ambivalent nous a envahis : l'inquiétude, bien sûr, dans un premier temps, puis, malgré tout, une certaine forme d'apaisement », confient-ils. Même atmosphère à Tel Aviv, où une bénévole de la Maison, faute de billet retour, a vu son visa réduit à quinze jours et son téléphone fouillé.
Cette vigilance extrême s'explique par deux événements majeurs : la fête juive de Souccot, qui attire de nombreux pèlerins, et surtout le souvenir des attentats du 7 octobre 2023, dont on commémore le troisième anniversaire. Police et armée quadrillent les rues de Jérusalem.
Le mur de séparation, symbole d'une fracture qui s'aggrave
Les points de contrôle ponctuent le mur de séparation, entravant tout passage entre la Cisjordanie et Jérusalem pour ceux qui n'ont pas les documents requis. Conséquence directe : de nombreux ouvriers et employés ne peuvent rejoindre leur travail, et certaines écoles palestiniennes, chrétiennes ou musulmanes, sont contraintes de fermer.
Le directeur de l'école Saint-Georges, qui scolarise 800 jeunes Palestiniens chrétiens, a rencontré le couple. Son établissement est en sursis : Israël refuse des permis de travail aux enseignants diplômés en Cisjordanie. Un permis provisoire a été accordé à certains, mais si la situation n'est pas régularisée, l'école devra fermer. Les programmes scolaires devront également être alignés sur l'histoire israélienne, effaçant l'histoire palestinienne.
« L'avenir est noir et mauvais, mais nous gardons un peu d'espérance », confie le directeur de l'école Saint-Georges.
La Maison d'Abraham, un refuge menacé par la désaffection
Dans ce contexte, la Maison d'Abraham continue d'accueillir des résidents et pèlerins des trois grandes religions monothéistes. Mais la fréquentation de la Terre Sainte s'effondre, et l'économie locale en souffre terriblement. Le couple lance un appel, reprenant la proposition de la Conférence des Évêques de France : « Il nous faut reprendre le chemin de ce berceau culturel et religieux qu'est Jérusalem. Il nous faut venir encourager les communautés chrétiennes d'Israël et de Palestine, qui parfois se sentent bien seules. Avec prudence. En toute sécurité. »
Un message d'espérance, lucide et courageux, dans une ville où la fracture semble chaque jour plus profonde.
