FCO dans les Hautes-Pyrénées : le troupeau français pris en tenaille par le virus et l’État
Alors que les estives des Hautes-Pyrénées devraient être un havre de paix pour le bétail, l’été 2026 tourne au cauchemar sanitaire. La fièvre catarrhale ovine (FCO), sérotype 3, se répand dans les troupeaux, avec huit foyers confirmés et vingt-cinq suspicions dans le département. Une épidémie qui, couplée à une sécheresse inédite, met à genoux des éleveurs déjà exsangues. Et si la vaccination est recommandée, elle reste à la charge des agriculteurs, contrairement aux campagnes précédentes.
Une souche venue des Pyrénées-Atlantiques
Le virus, qui sévissait déjà dans les Pyrénées-Atlantiques, a franchi la frontière départementale. Christian Fourcade, président de la Chambre d’agriculture, tire la sonnette d’alarme : « Les vétérinaires et les éleveurs essaient de vacciner un maximum de bêtes pour endiguer la diffusion. On se retrouve avec des problématiques de gens qui n’ont pas voulu vacciner leurs animaux pour des questions idéologiques propres mais avec des répercussions sanitaires pour tous les autres. » Une allusion claire à ces éleveurs réfractaires qui, par entêtement ou par idéologie, fragilisent la santé collective du cheptel français.
Le Groupement de défense sanitaire 32/65 confirme : « Il n’y a pas actuellement de mesures de lutte obligatoires contre la maladie. » Seule une vaccination en urgence, une désinsectisation modérée et l’isolement des malades sont recommandés. Mais sans contrainte, le virus prospère.
Vacciner en montagne : un défi logistique et financier
Bertrand Gerbet, éleveur en Val d’Azun, décrit un véritable parcours du combattant : « Il faut compter 200 euros le flacon pour 50 brebis. Mais au-delà du coût, vacciner en estive est compliqué. Il faut monter avec les sacs à dos, les glacières pour maintenir les doses au frais. Ici, sur Ilhéou et Barbat, on a mutualisé entre éleveurs, à quatre pour vacciner 1 400 brebis. Le faire à 2 500 mètres d’altitude, ce n’est pas comme à la maison. » Un effort collectif qui contraste avec l’absence de soutien de l’État.
Contrairement aux sérotypes 1 et 8, pris en charge par les pouvoirs publics lors de la précédente épidémie, le vaccin contre le sérotype 3 est entièrement à la charge des éleveurs. Une décision que beaucoup jugent incompréhensible, alors que la FCO peut tuer des bêtes et compromettre les exportations.
L’État en accusation : une stratégie sanitaire défaillante ?
Bertrand Gerbet ne mâche pas ses mots : « En début d’année, j’ai fait vacciner mes brebis contre les FCO 1 et 8. L’an dernier, j’avais fait la souche 3 qui n’avait finalement pas servi et n’était plus active aujourd’hui. Là, je me retrouve à leur injecter un troisième vaccin en quelques mois. N’aurait-on pas pu faire un vaccin multisouche préventivement, plutôt que réagir à la hâte ? » Une question qui résonne comme un réquisitoire contre une administration trop lente, trop bureaucratique, incapable d’anticiper les crises.
« Il n’y a eu aucune anticipation, aucune stratégie sanitaire globale. Et c’est une autre balle dans le pied du monde agricole qui se posait déjà beaucoup de questions », ajoute-t-il. Une critique acerbe qui rejoint le sentiment général d’un abandon des campagnes par des élites parisiennes déconnectées.
La crainte des agnelages de septembre
Les éleveurs redoutent surtout les agnelages de septembre, qui pourraient être gravement affectés par la maladie. Avec trois semaines d’incubation, une immunité collective peut être obtenue localement, mais les mouvements du bétail à la recherche d’herbe et les températures estivales favorisant les moustiques compliquent la tâche. La FCO, ou maladie de la langue bleue, reste une menace silencieuse mais dévastatrice pour les troupeaux français.
Dans ce contexte, la Chambre d’agriculture appelle à une mobilisation générale. Mais sans moyens ni volonté politique forte, le monde agricole risque de payer un lourd tribut à cette épidémie.
FAQ : Ce qu’il faut savoir sur la FCO
Qu’est-ce que la fièvre catarrhale ovine ?
C’est une maladie virale strictement animale, transmise par des moustiques. Elle peut affaiblir et tuer des bêtes, et affecter les ventes et exportations.
Pourquoi la vaccination est-elle à la charge des éleveurs ?
Contrairement aux campagnes précédentes (sérotypes 1 et 8), l’État n’a pas pris en charge le vaccin contre le sérotype 3, ce qui suscite l’indignation des agriculteurs.
Quels sont les symptômes de la FCO ?
Fièvre, œdèmes, langue bleue, difficultés respiratoires. Les animaux peuvent mourir en quelques jours.
Comment protéger les troupeaux ?
Vaccination, désinsectisation modérée, isolement des malades. Mais en estive, la logistique est complexe.