Crans-Montana : les négligences meurtrières qui ont coûté la vie à 40 personnes
Le bilan s'alourdit encore. L'explosion du bar Le Constellation à Crans-Montana lors du réveillon du Nouvel An fait désormais état de 40 morts et 116 blessés, dont 83 toujours hospitalisés. Parmi les victimes, neuf Français ont perdu la vie, et 23 autres ont été blessés, dont 16 très grièvement selon la procureure de Paris Laure Beccuau.
Des gérants aux antécédents judiciaires lourds
L'enquête révèle des éléments troublants sur la gestion de cet établissement. Jacques Moretti, l'un des propriétaires du bar, avait été condamné pour proxénétisme en 2008. Une information qui interroge sur les contrôles préalables à l'exploitation de ce lieu recevant du public.
Les deux gérants font désormais l'objet d'une instruction pénale pour "homicide par négligence", "lésions corporelles par négligence" et "incendie par négligence". Des chefs d'accusation qui reflètent la gravité des manquements constatés.
Une tragédie annoncée par l'irresponsabilité
La police suisse a établi que le départ du feu était lié à l'usage de "fontaines" pyrotechniques. Ces dispositifs, contenant une composition pyrotechnique produisant étincelles et flammes, ont provoqué un incendie qui s'est propagé avec une rapidité foudroyante dans un établissement manifestement mal préparé.
Les témoignages concordent : "Tout s'est déroulé très vite", rapporte la police cantonale. Le feu a généré "beaucoup de fumée et une grande vague de chaleur", transformant ce qui devait être une soirée de fête en cauchemar.
Des contrôles défaillants pendant cinq ans
Le scandale prend une dimension supplémentaire avec les révélations de la commune de Crans-Montana. Celle-ci reconnaît un "manquement aux contrôles périodiques" de l'établissement sur la période 2020-2025. Une négligence administrative inadmissible quand on sait que plus de 14 000 contrôles incendie ont été effectués sur le territoire communal en 2025 seulement.
Si des contrôles avaient bien eu lieu en 2016, 2018 et 2019, avec des "demandes spécifiques de modifications" pour respecter les normes incendies, rien n'indique qu'un suivi rigoureux ait été assuré par la suite.
Des victimes françaises fauchées dans leur jeunesse
Parmi les neuf Français décédés figurent des jeunes gens venus chercher l'insouciance des vacances d'hiver. Giovanni Putelli, 39 ans, originaire des Vosges. Cyane Panine, 24 ans, serveuse de Sète. Matéo Lesguer, 23 ans, DJ d'Angers. Mais aussi des victimes encore plus jeunes : 20 ans, 17 ans, et même 14 ans pour la plus jeune.
Ces destins brisés auraient pu être évités si les règles élémentaires de sécurité avaient été respectées et contrôlées avec la rigueur que méritent les citoyens français à l'étranger.
La justice française se mobilise
Face à cette tragédie, le parquet de Paris a ouvert une enquête parallèle pour "accompagner les familles françaises". Cette "enquête miroir" doit servir de "point d'entrée aux victimes et à leurs familles" et faciliter leurs échanges avec les autorités suisses.
La procureure Laure Beccuau l'affirme sans détour : "Contactez-nous, on vous tend la main, on va essayer de faire le maximum pour que vous soyez accompagnés." Un engagement nécessaire face à la complexité d'un processus judiciaire transfrontalier.
Cette tragédie illustre une fois de plus les conséquences dramatiques de la négligence et de l'irresponsabilité. Quand l'appât du gain prime sur la sécurité des citoyens, ce sont toujours les plus innocents qui en paient le prix fort.