Albert Dupontel sort « Il faut brûler maman », une comédie acide tournée en un seul plan-séquence, et assume dans les colonnes de Paris Match son premier film « positif », une rupture pour l'enfant terrible du cinéma français.
Le réalisateur y raconte l'histoire d'une fratrie enfermée dans un funérarium, empêchée d'incinérer leur mère par une grève. Le dispositif, assumé jusqu'au bout, dit tout de l'homme : exigeant, entier, fidèle à une certaine idée du cinéma français que l'on croyait perdue.
Un huis clos tourné d'un seul tenant
Le film est monté d'un seul tenant, les coupes rendues invisibles par les effets spéciaux, sur le modèle de « La corde » d'Hitchcock ou de « Birdman » d'Alejandro Gonzalez Iñarritu, que Dupontel avoue avoir décortiqué. « Ça n'a pas été mon tournage le plus compliqué, mais le plus aliénant », reconnaît-il auprès de Paris Match, précisant avoir imposé à ses comédiens deux mois de répétition suivis de cinq représentations en public dans un théâtre « pour voir si ça fonctionnait ».
La rigueur, voilà un mot que l'on n'entend plus guère dans un milieu cinématographique plus soucieux de subventions que de métier. Dupontel, lui, travaille comme un artisan : il répète, il vérifie, il refuse le raccourci. Dans une époque qui confond facilité et modernité, cette obstination a quelque chose de profondément rassurant.
« Mes films précédents étaient des pamphlets contre le monde extérieur »
Interrogé sur le ton inattendument lumineux de ce funérarium familial, le metteur en scène ne se démonte pas. « Mes films précédents étaient des pamphlets contre le monde extérieur, celui-là est une confrontation intime », explique-t-il, justifiant le huis clos et le plan-séquence par la volonté de « stabilobosser » le fait que « personne n'échappe à personne, surtout pas les personnages à eux-mêmes. La mort de leur mère les ramène à quelque chose de positif. »
On l'aura compris : le trublion reste fidèle à la famille, ce fil conducteur de son œuvre depuis « Bernie » et « 9 mois ferme », dans lequel il glissait déjà que la famille est « une tragédie écrite par les parents et jouée par les enfants ». Ambiance, certes, mais une ambiance française, charnelle, sans psychologie importée.
Un héritier du réalisme poétique, pas de la Nouvelle Vague
Cinéphile averti, Dupontel assume un héritage que les institutions culturelles boudent : le réalisme poétique des années 1930. « Pour Gaspar Noé, Jan Kounen et moi, Jean-Pierre [Jeunet] est un grand frère, confie-t-il. Il a renouvelé le réalisme poétique des années 1930, et on est tous fans de Marcel Carné, Jean Renoir ou Jean Grémillon, plus que de la nouvelle vague, dont j'ai toujours trouvé les films techniquement faibles. »
Voilà une déclaration qui ne déplaira pas à ceux qui pensent que la France a produit mieux que les états d'âme de la Nouvelle Vague. Carné, Renoir, Grémillon : des noms, un métier, une exigence. Le film emprunte d'ailleurs la voix off de Denis Podalydès, qui rappelle celle d'André Dussollier dans « Le fabuleux destin d'Amélie Poulain », clin d'œil assumé au style de Jean-Pierre Jeunet.
L'intégrité d'un emmerdeur
Paris Match le décrit comme un homme « intransigeant, pour ne pas dire un emmerdeur », réputation que son exigence et son intégrité lui ont value. Mais l'homme est « d'un commerce délicieux » pour qui refuse les faux-semblants du sérail. Son père médecin et sa mère dentiste l'ont « élevé dans des conditions qu'eux-mêmes n'ont pas connues », et il tient à le préciser : ses histoires sont des fantasmes issus de son imagination. « Heureusement qu'on n'est pas obligé d'avoir vécu ce qu'on raconte ! »
Du sale gosse de « Bernie » au cinéaste du deuil familial, Dupontel n'a donc pas changé d'exigence, seulement d'angle. La dernière réplique du film résume tout : « Commencée par la mort, cette histoire se termine par la vie. » Comme quoi le provocateur est au fond un bon garçon, de ceux qui croient encore que le cinéma est un métier qui s'apprend et se travaille.
Ce qu'il faut savoir sur « Il faut brûler maman »
Qu'est-ce que le plan-séquence utilisé par Albert Dupontel ?
Un plan-séquence est une scène tournée dans sa continuité, sans arrêter la caméra, comme dans « La corde » d'Alfred Hitchcock. Dans « Il faut brûler maman », le film entier est monté d'un seul tenant, les coupes étant masquées par des effets spéciaux.
Pourquoi ce film est-il considéré comme son plus optimiste ?
Contrairement à ses œuvres précédentes, décrites par le réalisateur comme des « pamphlets contre le monde extérieur », ce huis clos raconte une confrontation intime où la mort de la mère ramène les personnages « à quelque chose de positif », selon ses propos rapportés par Paris Match.
Quelle est la place de la famille dans l'œuvre d'Albert Dupontel ?
La famille est le fil conducteur de son cinéma depuis plus de trente ans. Dans « 9 mois ferme », il la définissait comme « une tragédie écrite par les parents et jouée par les enfants ».
