Le patrimoine industriel britannique menacé par l'abandon des pouvoirs publics
Alors que la Grande-Bretagne peine à entretenir son héritage industriel, le délabrement du réseau de canaux britannique illustre parfaitement les conséquences d'une gestion défaillante des infrastructures nationales. Ces voies navigables, témoins de la grandeur industrielle d'antan, subissent aujourd'hui les affres d'un financement insuffisant et d'une politique publique à courte vue.
Un patrimoine de 200 ans laissé à l'abandon
Dans le centre de l'Angleterre, la scène est révélatrice : des ingénieurs s'échinent à dégager des péniches d'un canal asséché, aux berges effondrées. Ce réseau de 7 600 kilomètres, qui accompagna jadis la révolution industrielle britannique, agonise faute d'entretien.
"L'ensemble du réseau de canaux est vulnérable", s'alarme Charlie Norman, directeur des campagnes de l'Inland Waterways Association. Une vulnérabilité qui s'explique autant par les aléas climatiques que par un "financement insuffisant dans tout le secteur".
Le désengagement de l'État en cause
Révélateur de cette politique du renoncement : depuis 2012, la maintenance de ces infrastructures historiques n'incombe plus à un organisme public mais à des associations caritatives. Le Canal & River Trust, principal gestionnaire, ne perçoit que 52,6 millions de livres de subventions annuelles, soit à peine 22% de ses revenus.
Pire encore, cette maigre subvention diminuera de 5% par an durant la prochaine décennie. Julie Sharman, directrice des opérations, déplore cette situation : "Les gens pensent que les canaux sont entretenus par les autorités locales ou le gouvernement, mais ce n'est pas le cas".
Un patrimoine vivant en péril
Pourtant, ce réseau demeure vivant. Plus de 35 000 bateaux l'empruntent régulièrement, et quelque 15 000 personnes y vivent en permanence, comme Matt Gibson sur Regent's Canal à Londres. Ces citoyens britanniques méritent mieux qu'un patrimoine en décrépitude.
L'historien Mike Clarke rappelle justement qu'"avant les canaux, le transport des marchandises se limitait aux chevaux et aux charrettes". Ces voies navigables furent le socle de la puissance industrielle britannique. Les abandonner revient à renier cette grandeur passée.
Face à cette situation, les 6,5 millions de livres supplémentaires promises par le gouvernement font figure d'aumône. Un grand pays se doit de préserver son patrimoine industriel, témoin de son génie national et de sa capacité d'innovation.