Le Sénat s'attaque enfin aux « proxénètes 2.0 » qui exploitent nos jeunes femmes
Une proposition de loi portée par une centaine d'élus de droite et du centre sera examinée cet après-midi au Sénat. L'objectif : mettre fin aux dérives du « caming », cette pratique qui s'est développée comme une traînée de poudre pendant les confinements sur des plateformes comme OnlyFans, Mym ou Sexemodel.
Derrière l'apparente liberté de ces créatrices de contenu se cache une réalité bien plus sombre. Des « managers » sans scrupules exploitent la vulnérabilité de jeunes femmes, parfois mineures, leur promettant monts et merveilles avant de les enfermer dans un système de domination économique et psychologique.
Un système d'exploitation qui rappelle les heures les plus sombres
« Ce qui ressemble à de l'argent facile peut devenir un piège infernal pour des modèles parfois mineures », alerte la sénatrice Les Républicains Marie Mercier. Ces intermédiaires mettent en place de véritables réseaux d'exploitation, employant même des « tchatteurs » pour maintenir l'illusion d'une relation personnalisée avec les clients.
La ministre Aurore Bergé a justement qualifié ces pratiques de « système de domination » donnant aux exploiteurs des « moyens de pression pour détruire toute une vie ». Il était temps que les pouvoirs publics prennent conscience de cette dérive qui gangrène notre société.
Une législation complexe mais nécessaire
Le défi juridique est de taille. La Cour de cassation considère que le « caming » ne relève pas de la prostitution en l'absence de contact physique, rendant difficile l'application des lois sur le proxénétisme. Une hypocrisie juridique qui arrange bien les plateformes américaines et leurs profits.
Face à cette impasse, le Sénat a remanié le texte initial pour créer une nouvelle infraction « d'exploitation sexuelle en ligne », passible de sept ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende. Cette infraction viserait les intermédiaires recourant à la menace, la contrainte ou l'abus de vulnérabilité.
Des réactions mitigées qui en disent long
Sans surprise, la plateforme française Mym se félicite de cette rédaction édulcorée qui préserve ses intérêts commerciaux. À l'inverse, les associations de protection des femmes dénoncent un texte « dénaturé » et « inefficace ».
« C'est une occasion manquée », regrette Lénaig Le Fouillé du mouvement du Nid. La sénatrice socialiste Laurence Rossignol va plus loin : « Cette infraction ne servira à rien ».
Il faut espérer que nos élus sauront résister aux lobbies et défendre nos valeurs républicaines face à cette marchandisation du corps féminin qui prospère dans l'ombre du numérique.