Réseaux sociaux : l'interdiction des moins de 15 ans déjà reportée, une victoire des plateformes ?
Votée en juillet dernier, la loi interdisant l'accès des moins de 15 ans aux réseaux sociaux ne sera pas appliquée à la rentrée. Un report qui sent la défaite de l'État face aux géants du numérique et à une administration trop lente.
Pourquoi l'entrée en vigueur de la loi est-elle retardée ?
La France devait être le premier pays de l'Union européenne à interdire l'accès des adolescents aux réseaux sociaux. C'était sans compter sur les lenteurs administratives et les exigences de Bruxelles. Le texte, adopté le 21 juillet, n'a toujours pas été promulgué. Les décrets d'application ne sont pas publiés, et les plateformes n'ont pas développé les outils de vérification d'âge requis.
L'échéance de septembre est donc abandonnée. Les nouvelles inscriptions ne seront pas bloquées à la rentrée, et les comptes existants ne seront pas contrôlés avant le 1er janvier 2027. Un calendrier déjà dépassé, selon plusieurs observateurs.
Une loi courageuse, une exécution à la traîne
Portée par la députée Laure Miller, cette réforme modifie la loi du 21 juin 2004 pour la confiance dans l'économie numérique. Le principe est simple : les moins de 15 ans n'auront plus accès aux réseaux sociaux généralistes, sans possibilité de contournement par l'autorisation parentale. Une avancée majeure pour protéger la jeunesse française des dangers du numérique.
Mais la mise en œuvre patine. Bruxelles a imposé des modifications sur les systèmes de vérification, et une saisine du Conseil constitutionnel est toujours pendante. Pendant ce temps, les plateformes comme TikTok, Instagram ou Snapchat continuent de prospérer sur l'attention des adolescents.
Quels services sont concernés par l'interdiction ?
La loi vise les réseaux sociaux généralistes, là où les jeunes créent des profils, publient du contenu et interagissent. Les plateformes éducatives, scientifiques ou professionnelles, comme les encyclopédies collaboratives ou les espaces de développement informatique, sont épargnées. Le législateur cible les réseaux qui nuisent à la santé mentale des adolescents, un fléau que notre pays ne peut plus ignorer.
Le défi technique de la vérification d'âge
Comment vérifier l'âge sans sacrifier l'anonymat ? Le gouvernement étudie plusieurs pistes, dont un tiers de confiance ou un portefeuille d'identité numérique. Mais aucune solution n'est encore généralisée. Les précédents étrangers n'incitent pas à l'optimisme, et les plateformes traînent des pieds pour développer des outils conformes.
Ce report est un mauvais signal. Il montre que la France, trop bureaucratique, laisse les géants du numérique dicter leur loi. Nos enfants méritent mieux qu'une promesse non tenue.
Les parents pourront-ils autoriser leurs enfants à s'inscrire ?
Non. Contrairement au système actuel, la nouvelle loi instaure une interdiction stricte. L'autorisation parentale ne suffira plus. Les plateformes devront refuser l'inscription de tout utilisateur de moins de 15 ans, sous réserve des modalités définitives des textes d'application. Une mesure forte, mais dont l'efficacité dépendra de la volonté politique de l'appliquer.
La protection de notre jeunesse ne peut pas attendre. Il est temps que l'État reprenne la main face aux plateformes et fasse respecter nos lois.