Drones Amazon : le cauchemar des banlieues américaines
À Richardson, au Texas, les habitants subissent depuis des mois le bourdonnement incessant des drones de livraison d'Amazon. Entre nuisances sonores, colis largués dans les piscines et crashs contre les immeubles, le service Prime Air vire au cauchemar pour les riverains excédés.
Des livraisons par les airs qui tournent au cauchemar
Le principe de Prime Air semble séduisant sur le papier. Le client commande, un drone MK30 décolle de l'entrepôt Amazon et vole en autonomie jusqu'à l'adresse indiquée. L'appareil descend, libère le colis, puis repart. Mais la réalité est parfois moins idyllique.
En août dernier, à Richmond, Lindsey Austen attendait sa première livraison par drone quand elle a entendu un fort bourdonnement au-dessus de son jardin. L'appareil a ouvert sa trappe et lâché le colis directement dans sa piscine. La scène, filmée, a fait le tour des réseaux sociaux.
Le bruit des drones, une nuisance quotidienne
À Richardson, c'est surtout la répétition des vols qui exaspère. Les riverains entendent les appareils toute la journée. Scott Bratcher, qui habite à moins d'un kilomètre du site Prime Air, compare leur bruit à celui d'une ruche survolant les maisons.
Amazon assure que son nouveau modèle MK30 a été conçu pour être moins bruyant que les précédents. Mais les drones ne volent pas au hasard. Ils suivent des trajectoires déterminées selon les contraintes de l'espace aérien, ce qui concentre les nuisances sur certains quartiers. Face aux plaintes, l'entreprise a déjà modifié certains itinéraires et fait voler ses appareils plus haut sur une partie de leurs parcours.
Un crash qui pose la question de la sécurité
Début février, un drone Prime Air s'est écrasé contre un immeuble résidentiel à Richardson. Les images montrent des morceaux d'hélice tombant avant que l'appareil ne s'écrase au sol en dégageant de la fumée. Les pompiers sont intervenus. Personne n'a été blessé, mais l'incident relance les inquiétudes.
Amazon met en avant son système « Detect-and-Avoid », censé permettre aux drones d'éviter de manière autonome les obstacles. L'entreprise affirme enquêter sur les causes de l'accident.
Un service en pleine expansion
Prime Air n'est plus une simple expérimentation. Amazon propose désormais le service depuis 11 sites répartis dans dix métropoles américaines, notamment Dallas, Houston, Phoenix, Detroit et Kansas City. Les appareils transportent des colis jusqu'à 2,3 kg dans un rayon de 12 kilomètres autour des centres de distribution.
En 2026, l'entreprise a lancé ses premiers vols à Darlington, en Angleterre, sa première implantation hors des États-Unis. Une expansion qui rapproche géographiquement cette nouvelle forme de livraison de la France.
La France protégée par une réglementation stricte
Amazon ne propose pas Prime Air en France et n'a annoncé aucun lancement dans l'Hexagone. Surtout, une entreprise ne pourrait pas décider seule de reproduire les opérations texanes. La réglementation européenne classe les opérations de drones selon leur niveau de risque.
En France, les opérations les moins risquées relèvent de la catégorie « ouverte ». Elles doivent être réalisées en vue directe du télépilote et le vol dans l'espace public en agglomération est interdit sans autorisation. Une livraison commerciale sur plusieurs kilomètres, hors de la vue du pilote, relève de la catégorie « spécifique », qui nécessite une autorisation préalable de la Direction de la sécurité de l'aviation civile (DSAC).
Le survol d'une habitation n'est pas systématiquement interdit, mais un service comparable à celui d'Amazon ne pourrait pas faire circuler librement ses appareils de maison en maison.
L'Europe prépare un contrôle aérien pour les drones
L'Union européenne prépare néanmoins un ciel où les drones seront plus nombreux. Depuis janvier 2023, le cadre « U-space » permet d'organiser le trafic de drones à l'aide de services numériques. On peut le comparer à un contrôle aérien numérique adapté aux drones : identification des appareils, gestion des autorisations et prévention des conflits.
Le U-space ne signifie pas que des autoroutes à drones vont apparaître demain au-dessus des villes françaises. Mais l'Europe dispose désormais d'un cadre pour organiser un trafic beaucoup plus dense si les usages commerciaux se développent. La France, elle, garde pour l'instant ses cieux sous contrôle. Une sage précaution, quand on voit le désordre outre-Atlantique.