Cancer du sein : la reconstruction immédiate, un espoir pour les femmes
En France, chaque année, 61 000 femmes apprennent qu'elles sont atteintes d'un cancer du sein. Pour celles qui subissent une mastectomie, la reconstruction mammaire immédiate est souvent proposée. Mais pour les cas les plus graves, comme le cancer du sein inflammatoire (CSI), les patientes doivent attendre un à deux ans avant de pouvoir bénéficier de cette opération. Une attente lourde de conséquences psychologiques, comme le raconte Élodie, 45 ans, qui a dû patienter 18 mois avant sa reconstruction.
Une étude clinique pour changer les pratiques
Cet automne, une étude clinique menée dans 18 centres hospitaliers français va explorer la possibilité de réaliser une reconstruction mammaire immédiate (RMI) chez les femmes atteintes d'un cancer du sein inflammatoire. Initiée par la professeure Charlotte Vaysse, onco-chirurgienne au CHU de Toulouse, cette étude suivra 163 patientes pendant trois ans.
L'objectif est clair : « proposer à des patientes une reconstruction mammaire dans le même temps que la mastectomie », explique la chirurgienne. Une avancée qui pourrait transformer le parcours de soin des femmes concernées par ce cancer rare (2 à 4 % des cas).
« On se retrouve amputées d'une part de notre féminité »
Le témoignage d'Élodie est saisissant. Après son ablation en mars 2024, elle raconte : « Je ne voulais pas me voir dans les miroirs, tous les miroirs, à la salle de bain, tout ça, j'évitais. En plus, pas de cheveux, pas de sourcils, vraiment, il y a toute l'image de la femme, en fait, qui n'est plus là. »
Cette détresse, Charlotte Vaysse la connaît bien. Elle a observé chez ses patientes ayant bénéficié d'une RMI un « réel impact bénéfique sur le psychique ». La reconstruction immédiate « améliore la qualité de vie à travers différentes dimensions, sociale, sexuelle, psychologique, elle améliore tout ce qui est estime de soi », souligne la cancérologue.
Pourquoi attendre ? Les raisons historiques
Le cancer du sein inflammatoire se caractérise par une peau rouge, parfois associée à un œdème. « On considère que la peau est malade. Historiquement, on se disait que si la peau est malade, on ne peut pas la conserver », explique Charlotte Vaysse. Mais les traitements ont évolué : « Le pronostic de la maladie dépend plus de la réponse partielle ou totale au traitement systémique premier que finalement du geste d'enlever ou pas la peau. »
Certaines femmes répondent parfaitement au traitement, leur peau retrouve son aspect normal. Elles ne comprennent alors pas pourquoi elles doivent attendre avant de bénéficier d'une reconstruction. Une question légitime que l'étude tente de résoudre.
« Se réveiller avec un hémithorax plat » : le choc de l'absence
Lors d'une opération à l'Oncopole de Toulouse, la chirurgienne détaille la technique : « Ce que l'on conserve, c'est la peau. On conserve également l'aréole et le mamelon » si la localisation de la tumeur le permet. La patiente va « se réveiller avec un volume dans le soutien-gorge ». Sans reconstruction immédiate, « elle se réveillerait avec un hémithorax plat ».
Une autre patiente, 37 ans, témoigne de l'angoisse vécue avant son opération : « L'idée de perdre une partie de moi, c'était très difficile. » Elle a cru, à tort, ne pas pouvoir bénéficier d'une RMI. « J'ai pleuré pendant ces deux jours sans interruption. C'était horrible », confie-t-elle. Car « rester sans un sein aurait été super dur. D'un point de vue psychologique, l'appréhension de la perte d'une partie de soi est une épreuve ».
Un bénéfice sur la guérison ?
« Si on a une image positive de soi, de son image corporelle, on sait que c'est un réel bénéfice sur la maladie, sur le traitement et aussi sur la guérison », insiste Charlotte Vaysse. L'étude clinique devra corroborer ces observations empiriques. En attendant, les patientes comme Élodie poursuivent leur parcours : « À chaque fois, c'est difficile de se réapproprier son corps. »
Cette avancée médicale, si elle se confirme, redonnerait aux femmes une part de leur dignité et de leur féminité. Une question de respect, tout simplement.