Rénovation énergétique : l'oubli fatal de la ventilation
Face à l'envolée des prix de l'énergie, nos concitoyens se lancent massivement dans la rénovation de leur logement. Une démarche louable, encouragée par les pouvoirs publics, mais qui révèle un défaut majeur : l'oubli systématique de la ventilation. Une négligence aux conséquences dramatiques pour la santé des familles françaises.
Le piège de l'isolation sans ventilation
"Une maison rénovée sans ventilation, ça ne pardonne pas", alerte Karinne Bidaud, gérante de Niort Ventilation. Cette professionnelle observe quotidiennement les dégâts causés par cette approche incomplète de la rénovation énergétique.
Nos anciens logements, avec leurs défauts d'étanchéité, respiraient naturellement. Les vieilles fenêtres qui joignaient mal permettaient paradoxalement une aération permanente. Aujourd'hui, dans la course aux économies d'énergie, on calfeutre, on isole, on étanchéifie, mais on oublie l'essentiel : faire respirer sa maison.
Des conséquences sanitaires alarmantes
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : l'air intérieur est 5 à 10 fois plus pollué que l'air extérieur. Nous passons 80% de notre temps en espace clos, émettant près de 20 litres de CO₂ par heure. Sans ventilation adéquate, le taux d'humidité grimpe, les moisissures prolifèrent, et les problèmes de santé apparaissent : maux de tête, fatigue, difficultés respiratoires.
"Je vois des logements entièrement rénovés avec des peintures neuves qui moisissent à l'intérieur", témoigne la spécialiste. Un gâchis financier et sanitaire qui touche particulièrement les classes moyennes, premières victimes de cette course aux économies d'énergie mal maîtrisée.
La VMC, solution incontournable mais négligée
Depuis 1982, toutes les constructions neuves sont équipées de VMC (Ventilation Mécanique Contrôlée). Mais pour l'existant, c'est le parent pauvre des rénovations. Pourtant, les solutions existent :
- VMC simple flux : l'air entre par les pièces sèches et sort par les pièces humides
- VMC double flux : récupère la chaleur de l'air sortant, très efficace énergétiquement
- Système d'insufflation : adapté aux rénovations complexes
Le taux d'humidité idéal se situe entre 40 et 60%. Au-delà, c'est la porte ouverte aux pathologies du bâtiment et des occupants.
Un diagnostic préalable indispensable
Avant toute rénovation, un diagnostic ventilation s'impose. Il faut prévoir les entrées d'air, les extractions, et surtout l'entretien régulier du système. Car une VMC mal entretenue devient inefficace, voire contre-productive.
N'oublions pas non plus les gestes simples : aérer 10 minutes par jour en coupant le chauffage, détaloner les portes pour permettre la circulation d'air. Des réflexes de bon sens que nos grands-parents appliquaient naturellement.
La rénovation énergétique ne doit pas se faire au détriment de la santé. C'est une question de santé publique qui mérite l'attention de nos dirigeants, au-delà des seuls objectifs de performance énergétique.