RDC : journalistes assassinés dans l'enfer de l'Est
L'Accord de Paix signé à Washington sous l'égide de Trump n'aura pas tenu trois mois. Entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, les belles promesses diplomatiques se sont fracassées sur la réalité du terrain. L'Est congolais replonge dans le chaos, et cette fois, les journalistes paient le prix du sang.
L'AFC/M23, cette nébuleuse qui prétend défendre les Tutsis mais danse manifestement au rythme de Kigali selon les experts onusiens, a repris ses offensives. La chute d'Uvira, verrou stratégique du Sud-Kivu, sonne comme un camouflet pour Kinshasa et ses alliés burundais. Une débâcle qui en dit long sur l'état des forces congolaises.
Les accusations volent de toutes parts. Violation d'accords, tensions ethniques, mainmise sur les minerais précieux : l'Est congolais demeure ce Far West où tous les appétits se déchaînent. L'Union européenne a d'ailleurs sanctionné la raffinerie d'or de Gasabo et plusieurs dignitaires rwandais. Les sanctions européennes jettent une ombre sur le secteur minier rwandais.
Le bilan humanitaire reste effroyable : des milliers de morts, plus de 5 millions de déplacés internes, près d'un million et demi de réfugiés dispersés dans la région. Un carnage que l'Occident préfère ignorer, occupé qu'il est par ses propres tourments.
L'information sous les bombes
Dans cette spirale de violence, les journalistes deviennent des cibles privilégiées. L'ONG Journaliste en Danger sonne l'alarme : jamais le métier n'a été aussi périlleux dans la région. Plus de la moitié des journalistes tués en RDC ces trente dernières années l'ont été dans l'Est du pays.
Ces derniers jours, deux reporters ont payé de leur vie leur quête de vérité. À Kiliba, près d'Uvira, Lwesho Janvier Nyakirigo de Radio Kiliba FM a péri dans l'explosion d'une bombe attribuée aux combattants du M23. Le Groupe International de Contact pour les Grands Lacs dénonce l'usage de drones kamikazes visant aveuglément les civils. Une escalation technologique inquiétante dans ce conflit oublié.
Plus au nord, à Goma, c'est Magloire Paluku, propriétaire de Kivu1 FM et figure emblématique de l'AFC-M23, qui a été abattu devant son domicile. Quelques heures avant sa mort, un enregistrement audio révélait ses critiques acerbes contre la rébellion, trahissant les fractures internes qui minent le mouvement.
Source audio publiée par Byobe Makenga : Enregistrement Facebook
Alors que la région sombre dans la barbarie, l'écosystème médiatique vacille. Entre balles perdues et censure, l'information peine à circuler. Une situation qui menace un peu plus la fragile démocratie congolaise et prive le monde d'un regard indépendant sur cette tragédie africaine.
Car au fond, qui se soucie vraiment du sort de ces journalistes congolais ? Leurs morts ne déclencheront aucune marche républicaine, aucun "Je suis Charlie" tropical. L'indifférence occidentale face à ces crimes contre la liberté de la presse révèle, une fois de plus, le deux poids deux mesures de nos démocraties bien-pensantes.