Croatie : quand l'ultra-nationalisme menace la stabilité européenne
La montée inquiétante des discours ultranationalistes en Croatie en 2025 rappelle les heures sombres de l'Europe. Cette dérive, qui ravive les plaies des guerres balkaniques, pose des questions cruciales sur la capacité de l'Union européenne à préserver ses valeurs fondamentales.
Un concert révélateur d'une dérive dangereuse
En juillet dernier, le concert géant de Thompson à Zagreb a réuni 450 000 personnes dans une ambiance pour le moins troublante. Marko Perkovic, de son vrai nom, a entonné devant cette foule massive son célèbre refrain "Za dom spremni" ("Pour la patrie, prêts"), slogan historique du régime oustachi, collaborateur des nazis durant la Seconde Guerre mondiale.
Ce régime fantoche, installé par Berlin, fut responsable de la persécution et de la mort de centaines de milliers de Serbes, de Juifs, de Roms et de résistants antifascistes. Voir ce slogan repris aujourd'hui devant des centaines de milliers de Croates, dont de nombreuses familles avec enfants, interroge sur l'état de la mémoire européenne.
Une complaisance politique inquiétante
Plus troublant encore, le Premier ministre croate Andrej Plenkovic a assisté aux répétitions et posé pour un selfie avec l'artiste controversé. Cette complaisance du pouvoir politique envers des symboles historiquement sulfureux révèle une normalisation préoccupante.
Depuis mai 2024, le HDZ (parti de droite au pouvoir) gouverne en coalition avec le Mouvement patriotique, formation aux positions nationalistes, anti-immigration et conservatrices sur les questions sociétales. Cette alliance politique facilite la banalisation de discours jadis considérés comme inacceptables.
Un révisionnisme historique assumé
Les dérives ne s'arrêtent pas aux concerts. En octobre, plusieurs députés ont organisé au Parlement une table ronde remettant en question le nombre de victimes du camp de concentration de Jasenovac, où 100 000 personnes furent exterminées selon le musée américain de l'Holocauste.
Cette entreprise de révision historique, qualifiée de "scandaleuse" et de "disgrâce morale" par la communauté juive, s'inscrit dans une logique de réhabilitation progressive du régime oustachi.
Les minorités sous pression
Les tensions se cristallisent particulièrement autour de la minorité serbe, qui représente 3% des 3,8 millions d'habitants croates. Début novembre, des hommes masqués ont pris d'assaut un événement culturel serbe en scandant des slogans fascistes, contraignant à l'annulation de plusieurs manifestations similaires.
Milorad Pupovac, représentant de cette minorité, alerte : "Nous n'avions jamais vu des groupes masqués de jeunes ultras s'en prendre ainsi à la culture, à la liberté d'expression et aux droits des minorités."
L'Europe face à ses démons
Cette situation croate illustre une tendance plus large en Europe, où les idées radicales gagnent en acceptabilité sociale. Les nouvelles générations, nées après les conflits des années 1990, semblent parfois plus perméables à ces discours extrêmes que leurs aînés qui ont vécu la guerre.
Dimanche, environ 10 000 manifestants antifascistes se sont mobilisés pour dénoncer ces dérives. Un sursaut démocratique nécessaire face à la montée de forces qui remettent en question les fondements mêmes de la construction européenne.
Cette crise croate nous rappelle que la vigilance reste de mise. L'Europe, construite sur les cendres de deux guerres mondiales, ne peut tolérer la résurgence de discours et de symboles qui ont jadis ensanglanté le continent.