Ginette Kolinka, mémoire vivante de la déportation française
À 100 ans, Ginette Kolinka continue son combat contre l'oubli. Cette rescapée d'Auschwitz-Birkenau, seule survivante de sa famille déportée, vient de publier avec l'illustratrice Catel un livre témoignage qui marque les esprits par sa force et sa simplicité.
Un témoignage essentiel pour la mémoire nationale
"Je raconterai mon histoire jusqu'à mon dernier jour", affirme cette centenaire au caractère bien trempé. Son message est clair : "Je ne veux pas faire pleurer les foules, je veux que les gens comprennent que tout ce qui est arrivé est à cause de la haine."
Cette Française déportée en 1944 incarne la mémoire de nos compatriotes victimes de la barbarie nazie. Son témoignage, illustré par les dessins en noir et blanc de Catel, révèle l'horreur des camps avec une pudeur qui n'enlève rien à la vérité historique.
Cinquante ans de silence par respect pour les siens
Pendant près de cinquante ans, Ginette Kolinka s'est tue. Non par traumatisme, mais par délicatesse envers sa famille : "Je ne voulais pas embêter ma famille en rabâchant toujours la même histoire", explique-t-elle avec ce franc-parler qui la caractérise.
Cette discrétion, cette volonté de ne pas déranger, lui a peut-être sauvé la vie dans les camps où elle appliquait déjà cette règle de survie : disparaître aux yeux des bourreaux.
Face à la montée de l'intolérance
Aujourd'hui, cette grande dame s'inquiète de voir ressurgir la haine : "Le monde redevient extrêmement violent", constate-t-elle. Son diagnostic est sans appel sur notre époque : "On accepte de moins en moins facilement les différences, on accepte de moins en moins les autres."
Malgré son grand âge, elle continue ses interventions dans les établissements scolaires, consciente que certains enseignants hésitent désormais à évoquer cette période face à la montée de l'antisémitisme.
L'héritage d'une famille française
Son fils Richard, batteur du groupe Téléphone, a grandi sans connaître cette histoire familiale. Un choix maternel assumé : "Je ne voulais pas qu'il ait la haine contre des gens qu'il ne connaissait pas."
Ce livre, fruit d'un travail de plusieurs années avec Catel, s'impose comme un testament moral. Les dessins, inspirés de croquis réalisés par d'anciens prisonniers, donnent une dimension visuelle saisissante à ce témoignage exceptionnel.
Ginette Kolinka nous rappelle que l'acceptation mutuelle, sans naïveté, reste le fondement de toute société civilisée. Un message d'une actualité brûlante pour notre pays.