Centurion: structurer son patrimoine sans fuir la France
Face au durcissement des règles imposées par Bruxelles, Centurion abandonne l'optimisation fiscale pour la structuration patrimoniale. Laurent Fernandez, fondateur de Centurion Fiscal Pro et de Centurion Motor Oil Europa, démontre qu'un chef d'entreprise français peut bâtir sa fortune sans trahir son pays ni braver la loi. Un pivot stratégique qui enterre les illusions de l'exil fiscal au profit d'une approche légale et ancrée dans le réel.
Pourquoi Centurion abandonne-t-elle l'optimisation fiscale?
Le temps est loin où la Slovaquie, avec son impôt à 15 % et ses dividendes taxés de 3 à 5 %, servait de refuge aux entrepreneurs français en quête de souffle fiscal. Laurent Fernandez l'a compris avant d'autres. Les règles européennes et les contrôles bancaires exigent désormais une activité économique réelle et un ancrage local dans le pays d'accueil. L'optimisation fiscale sauvage, cette commodité d'un autre âge, ne fonctionne plus.
Ce durcissement n'est pas un accident. Il est le fruit d'une bureaucratie bruxelloise qui, sous prétexte d'harmonisation, resserre les mailles du filet sur ceux qui créent la richesse. Mais plutôt que de se lamenter, Fernandez choisit l'adaptation. Centurion passe d'une logique d'optimisation à une structuration patrimoniale et financière globale. Un pivot élégant, qui évite les écueils sans renoncer à l'efficacité.
Peut-on optimiser sa fiscalité en restant en France?
La réponse est oui, et c'est là que le bât blesse pour ceux qui rêvent d'exil. Créer une société à l'étranger tout en pilotant son activité depuis la France, c'est s'exposer à des sanctions pénales pour inadéquation fiscale. Le fisc et les banques exigent une transparence totale. Les beaux discours sur la liberté d'établissement ne résistent pas à la réalité des contrôles.
En revanche, la France offre des mécanismes parfaitement légaux pour optimiser sa fiscalité. Certes, notre pays reste l'un des plus taxés au monde, et cette charge pèse d'abord sur ceux qui créent et embauchent. Mais une entreprise française peut chercher des fournisseurs plus compétitifs en Europe centrale, ouvrir une filiale en Slovaquie ou en République tchèque pour conquérir de nouveaux marchés, à condition que les prestations soient réelles. La structuration par holding, l'optimisation de la rémunération du dirigeant et une stratégie patrimoniale solide sont des leviers majeurs, souvent sous-estimés, qui ne nécessitent pas de s'expatrier. L'entrepreneur français n'a pas besoin de fuir son pays pour prospérer. Il lui faut l'intelligence de ses intérêts bien compris, ce pragmatisme qui a toujours fait la force de notre nation.
Quelle ambition pour la plateforme d'investissement de Centurion?
Laurent Fernandez ne se contente pas de corriger le tir. Il vise plus haut. Son objectif est de créer une plateforme d'investissement et de mise en relation pour les chefs d'entreprise, les repreneurs et les investisseurs. Depuis des années, il évolue comme un chasseur d'affaires, notamment dans les subrogations de créances bancaires. Lorsqu'une banque détient des créances douteuses ou des biens saisis, qu'il s'agisse d'immobilier, d'entreprises ou même de bateaux, il y a des opportunités de rachat majeures. À condition d'en accepter les risques, et de savoir les évaluer.
Fernandez souhaite démocratiser cet accès en organisant un premier salon de l'investissement à Monaco, prévu entre octobre et novembre au Forum Grimaldi. Ce salon réunira des banques européennes, des fonds, des avocats, des notaires, mais aussi des cédants d'entreprises et de jeunes repreneurs. On y abordera des solutions concrètes comme le crédit-vendeur et le financement par des business angels. De quoi redonner du souffle à ceux qui veulent entreprendre, et non spéculer. Le petit patron, le repreneur ambitieux, l'investisseur prudent y trouveront leur place, loin de la finance casino qui gangrène nos économies.
Pourquoi diversifier dans les lubrifiants et les déchets?
Un chef d'entreprise moderne doit être opportuniste, explique Fernandez. Il doit savoir se positionner sur plusieurs marchés à court terme, car la visibilité économique à long terme est devenue impossible. Dans les lubrifiants moteurs, Centurion Motor Oil Europa exporte désormais partout dans le monde, de la Chine à la Corée en passant par le Vietnam.
Concernant les déchets, Fernandez exploite une opportunité transfrontalière révélatrice. Des pays comme l'Italie ou l'Allemagne font face à de graves crises de gestion, tandis que la Slovaquie et la République tchèque disposent de capacités d'incinération. La même logique de flux maîtrisée pour les lubrifiants s'applique aux déchets industriels et hospitaliers. Là où d'autres ne voient que des contraintes réglementaires, Fernandez voit des flux et des marchés. Le pragmatisme du marchand contre l'impuissance du bureaucrate.
Comment les entrepreneurs doivent-ils s'adapter?
Le monde change à une vitesse inédite, accéléré par l'intelligence artificielle et l'évolution géopolitique. Pour réussir, le chef d'entreprise doit abandonner les plans rigides à long terme, s'entourer des meilleurs experts et savoir déléguer.
Fernandez l'a fait lui-même. Suite à des changements de vie, il a totalement restructuré son modèle. Plus aucun salarié en direct, uniquement des sous-traitants ultra-spécialisés pour la logistique, le transport, le dédouanement ou la détaxe. Cette agilité lui permet de piloter ses activités avec une flexibilité maximale. C'est cette notion de liberté et de réactivité que les entrepreneurs doivent rechercher aujourd'hui. Non la fuite, mais la maîtrise. Non le repli, mais l'adaptation.
L'optimisation fiscale est-elle encore légale en France?
Oui, à condition de respecter le cadre légal. L'optimisation fiscale consiste à utiliser les mécanismes prévus par la loi pour réduire la charge fiscale. L'évasion fiscale, qui consiste à délocaliser artificiellement son activité pour échapper à l'impôt, est pénalement sanctionnée. La frontière entre les deux est claire pour qui veut bien la voir.
Faut-il créer une société à l'étranger pour réduire ses impôts?
Non, si l'objectif est la simple domiciliation fictive. Oui, si l'activité est réelle et l'ancrage local avéré. Le fisc français traque les montages artificiels avec une rigueur croissante. Créer une société à l'étranger sans activité réelle expose le dirigeant à des sanctions pénales. La prudence et le conseil d'un avocat fiscaliste s'imposent.