Simeoni lâche la Corse pour reconquérir Bastia en 2026
L'information circulait depuis septembre dans les milieux nationalistes. C'est désormais acté : Gilles Simeoni abandonne la présidence de l'exécutif corse pour briguer la mairie de Bastia aux municipales de 2026. Un choix qui en dit long sur l'état du mouvement autonomiste et ses ambitions futures.
Dans un entretien accordé mercredi 17 décembre à France 3 Corse ViaStella, le leader nationaliste a tranché. Après dix années à la tête de l'institution territoriale, il opte pour le terrain, le concret, la proximité avec les Bastiais. Un retour aux fondamentaux qui ne doit rien au hasard.
L'éternel recommencement
« Ça procède d'un choix mûrement réfléchi, partagé par celles et ceux avec qui j'ai analysé la situation », justifie Simeoni. Cette fois, assure-t-il, il sera maire à plein temps. Fini le cumul des mandats qui avait caractérisé son premier passage éclair à la tête de la cité.
Car nous avons déjà vécu cette histoire. Le 30 mars 2014, à la tête d'une coalition baroque mêlant droite et gauche, Gilles Simeoni avait arraché Bastia (43,34 %) au clan de son rival historique Jean Zuccarelli (34,89 %). Mais l'aventure bastiaise avait tourné court : un an plus tard, en décembre 2015, la victoire aux territoriales l'appelait vers d'autres horizons. Plus prestigieux, certes. Plus éloignés du quotidien des administrés, aussi.
Pierre Savelli, l'homme de l'ombre sacrifié
Cette annonce consacre l'effacement programmé du maire sortant Pierre Savelli, homme loyal et discret qui avait pris la succession. Simeoni lui a rendu un « hommage » plutôt expéditif, précisant que cette décision avait été prise « en accord avec l'intéressé ». Formule diplomatique qui ne trompe personne sur les réalités du pouvoir nationaliste.
Savelli, figure respectée mais dépourvue de charisme particulier, aura servi de « maire de transition » pendant près d'une décennie. Son effacement était inscrit dans les gènes de sa nomination, chacun sachant que Simeoni reviendrait un jour récupérer son fief. La politique corse dans toute sa vérité : les hommes passent, les réseaux demeurent.
Un pari risqué mais calculé
Ce retour aux sources municipales traduit une stratégie plus large. Face aux défis qui attendent la Corse, entre pression démographique et mutations économiques, Simeoni mise sur l'ancrage local. Bastia, port d'entrée de l'île et deuxième ville corse, constitue un laboratoire idéal pour expérimenter les politiques autonomistes. Loin des salons feutrés de la Collectivité de Corse, près des préoccupations concrètes des citoyens.
Le pari comporte ses risques. Abandonner la présidence de l'exécutif, c'est laisser le champ libre à d'autres ambitions au sein du mouvement nationaliste. Mais c'est aussi revenir à l'essence même de l'engagement politique : servir directement les citoyens, gérer le quotidien, prouver sur le terrain la pertinence de ses idées.
Pour Bastia et ses habitants, ce retour annoncé de Simeoni promet une campagne municipale électrisante. L'ancien président saura-t-il convaincre qu'après dix ans d'exercice du pouvoir territorial, il conserve l'énergie et la vision pour transformer sa ville natale ? Réponse dans dix-huit mois.