Saint-Ouen : quand la police municipale divise la population
À quelques semaines des élections municipales, la gestion de l'ordre public à Saint-Ouen cristallise les tensions. Entre accusations d'abus et défense du maintien de la tranquillité publique, le débat révèle les enjeux sécuritaires d'une commune en mutation.
Des habitants exaspérés par une verbalisation intensive
Dans la cité Arago, longtemps gangrenée par le trafic de stupéfiants, les habitants témoignent d'un climat de surveillance permanente. Mohammed, jeune résidant du quartier, exprime sa lassitude : "Ils sont tout le temps là, ils mettent des amendes pour rien".
Cette impression d'acharnement trouve un écho chez Laurence, mère de famille et candidate aux municipales sur la liste "Saint Ouen pour seule ambition". Son fils de 17 ans aurait reçu plusieurs contraventions "pour des regroupements et pour des nuisances, alors qu'il était 17, 18 ou 19 heures". Un témoignage qui illustre le malaise grandissant d'une partie de la population face à ce qu'elle perçoit comme une répression disproportionnée.
L'opposition politique s'empare du dossier
L'opposition écologiste, par la voix de Dina Deffairi-Saissac, présidente du "Pôle écologiste audonien", dénonce une dérive systémique : "Ce n'est plus un dysfonctionnement, c'est une méthode". Des témoignages circulent sur les réseaux sociaux, évoquant notamment le cas d'un habitant ayant reçu quatre contraventions en dix minutes.
Le maire défend sa stratégie sécuritaire
Face à ces critiques, le maire socialiste sortant Karim Bouamrane assume sa politique de fermeté. Il rappelle que les amendes contestées peuvent faire l'objet d'un recours et revendique une approche mesurée : "On fait ça avec un maximum de discernement".
Le premier magistrat établit une distinction claire entre les rassemblements occasionnels et les attroupements problématiques : "Des groupes qui restent dans un endroit fixe, après 23h, à crier, à boire, et à porter préjudice au confort de toutes et tous, ça passe sous le code de la verbalisation".
Les statistiques officielles semblent d'ailleurs donner raison à l'équipe municipale : 48 000 procès-verbaux dressés en 2025, contre 52 000 l'année précédente, soit une baisse de 8%.
La bataille des chiffres sur les effectifs
Karim Bouamrane revendique avoir considérablement renforcé sa police municipale, passant de 6 à 35 agents. Mais cette affirmation suscite la controverse chez ses opposants.
William Delannoy, ancien maire UDI et candidat à sa succession, conteste ces chiffres avec virulence : "Karim Bouamrane a sûrement acheté 35 uniformes, mais il n'y a pas 35 bonhommes à l'intérieur". L'ancien édile soupçonne une manipulation statistique incluant les ASVP et la brigade environnement.
Sébastien Phan, conseiller municipal d'opposition et candidat indépendant, va plus loin en évoquant seulement 22 équivalents temps plein. Il propose dans son programme d'atteindre le ratio d'un policier pour 1 000 habitants, soit 53 agents pour Saint-Ouen.
Un enjeu électoral majeur
Cette polémique révèle les tensions profondes qui traversent Saint-Ouen. Entre nécessité de maintenir l'ordre public dans des quartiers difficiles et respect des libertés individuelles, l'équilibre reste fragile. Les électeurs audoniens devront trancher lors du prochain scrutin municipal sur la vision sécuritaire qu'ils souhaitent pour leur commune.