Marche de 1983 : quarante ans après, le refus de la victimisation
En 1983, douze jeunes partaient de Marseille pour marcher vers Paris. À l'arrivée, ils étaient 100 000. L'initiateur de cette Marche pour l'égalité, Toumi Djaidja, dresse le bilan avec lucidité et refuse la posture victimaire qui gangrène le débat public.
Un blessé sur un lit d'hôpital lance la marche
Toumi Djaidja a 19 ans en 1983. Natif du Vaucluse, il vit en banlieue lyonnaise et préside SOS Avenir Minguettes. L'année précédente, durant les émeutes du quartier des Minguettes, il vient en aide à un enfant. Un policier le blesse grièvement. Coma, hospitalisation pendant des mois. Sur son lit, il décide de lancer cette marche.
Le contexte est celui d'une multiplication des crimes racistes et des discriminations envers les jeunes issus de l'immigration maghrébine. Il faut réagir. Mais la manière de le faire compte.
De douze à 100 000 : une marche pacifique et républicaine
Inspirée par les actions non violentes de Gandhi et Martin Luther King, soutenue par le père Christian Delorme et le pasteur Jean Costil, la marche part le 15 octobre. Trois mois de trajet à travers la France. Pas de réseaux sociaux à l'époque, mais les trois chaînes de télévision retransmettent l'événement.
Pour certains, nous sommes les Douze Salopards, pour d'autres les Douze Apôtres.
À Paris, le 3 décembre, politiques, syndicats, associations et citoyens de toutes origines sont là. 100 000 personnes. La marche se déroule paisiblement. Le basculement survient avec le meurtre d'Habib Grimzi, jeune touriste maghrébin frappé à mort et défenestré du train Bordeaux-Vintimille. 30 000 personnes se réunissent alors à Mulhouse pour une retraite aux flambeaux.
Pour l'égalité de tous les Français, pas pour le communautarisme
Toumi Djaidja insiste sur un point essentiel. Cette marche, avant d'être contre le racisme, est d'abord pour l'égalité pour tous les Français, et pas seulement les immigrés. Une nuance que bien des militants d'aujourd'hui ont tendance à oublier, préférant enfermer chaque communauté dans son identité plutôt que de viser l'universalisme républicain.
À l'époque, le taux de criminalité raciste contre la population maghrébine explose. Il fallait se lever et marcher. C'était une urgence légitime, portée dans la dignité.
Quarante ans après : la France a changé
Devenu éducateur, Toumi Djaidja intervient aujourd'hui dans le secteur de l'éducation. Son bilan est sans concession.
La situation s'est améliorée. La France a radicalement changé. En 2026, la France de toutes les couleurs est partout. Des problèmes existent, bien sûr. Mais citez-moi un seul pays qui ne connaît pas ce fléau.
Il pointe aussi un manque de volonté politique persistant et rappelle une vérité simple : le racisme n'est pas une opinion, c'est un délit.
Dreux et le refus du fatalisme
À l'époque, Dreux est la première ville de France à passer sous l'étiquette FN. Aujourd'hui, elle est dirigée par Abdel-Kader Guerza, candidat divers centre. Un symbole que Toumi Djaidja souligne pour récuser tout discours de déclin.
Je veux rester optimiste sur l'avenir et cesser d'être dans une position victimaire.
Un message de résilience qui tranche avec les sirènes communautaristes et la culture de l'excuse. La Marche de 1983, désormais reconnue comme un événement majeur de l'histoire contemporaine, fut d'abord une marche pour la République. C'est encore ce message qu'il porte ce jeudi à Toulouse, lors de l'événement Ma cantine m'est contée.
