Avec cinq joueurs sous contrat, dont trois internationaux fidjiens, Provence Rugby est devenu le club le plus fidjien de la Pro D2, selon les informations publiées par Rugbyrama le 15 octobre 2026. Derrière cette singularité, un homme : Philippe Saint-André, qui assume des choix de recrutement dictés par le talent et l'opportunité, non par la nationalité.
« C'est la mafia fidjienne », lance en riant l'ancien sélectionneur du XV de France, évoquant Tuisue, Waqa, Muntz, Bituniyata et Masiwini. Une formule qui en dit long sur l'esprit qui règne au sein de l'effectif aixois.
« Je ne regarde pas la nationalité » : la méthode Saint-André
Le manager de Provence Rugby balaie d'un revers de main toute lecture communautariste de son effectif. « En vérité, je ne regarde pas la nationalité. J'analyse les qualités et les opportunités de marché », explique-t-il. Une doctrine simple, presque poujadiste : on recrute le joueur, pas le passeport, et l'on veille à ce que chacun s'ouvre aux autres.
« Même s'ils sont souvent ensemble, je veille à ce que chacun s'ouvre aux autres. Ils ont surtout tous une grande approche du haut niveau et c'est notre ADN à Provence Rugby », précise Saint-André. Le groupe fidjien ne forme donc pas un clan fermé mais un noyau de compétiteurs, au service d'un collectif.
Albert Tuisue, le chef du clan
Le troisième ligne est l'homme autour duquel tout s'est construit. C'est Zach Mercer, croisé à Montpellier, qui a soufflé le nom d'Albert Tuisue, bloqué à Gloucester. « Zach m'a dit que j'allais savoir le manager. Il a fait une saison exceptionnelle », se félicite Saint-André.
L'ancien policier de son village natal aux Fidji a importé une culture rugbyste forgée en Angleterre. « C'est un leader, quelqu'un qui a amené une autre mentalité, notamment sur le fait de ne pas faire de distinction entre les matchs à domicile et à l'extérieur », décrit son manager, qui le juge « l'un des meilleurs gratteurs de la division ».
Waqa et Muntz : le diamant et l'opportunité
Arrivé récemment, Waqa reste méconnu du public français. « C'est un diamant à façonner, qui a besoin de comprendre le rugby européen et son organisation plus cadrée », confie Saint-André, séduit par « une explosivité dingue » et une vitesse supérieure à plusieurs trois-quarts du club.
L'histoire de Caleb Muntz relève, elle, du coup de poker. À la recherche d'un ouvreur, Saint-André jugeait les options françaises trop coûteuses pour les moyens du club. Né en Nouvelle-Zélande d'un père fidjien et d'une mère maorie, l'ouvreur était libre grâce à une clause méconnue dans son contrat aux Fijian Drua. « Honnêtement, c'était une folle opportunité, parce que les clubs de Top 14 ne savaient pas qu'il avait une clause aux Fijian Drua », avoue-t-il, malicieux.
Bituniyata, « le plus Français des Fidjiens »
Seta Bituniyata incarne peut-être le mieux l'intégration réussie. Suivi depuis Montpellier par le directeur sportif, passé par le Stade Toulousain où il a remporté des titres malgré un temps de jeu limité, l'ailier a trouvé en Provence un rôle central. « Je lui ai dit : tu arrives à un âge où tu dois être sur le terrain », raconte Saint-André.
Le pari a été payant. « Il a tout explosé, car c'est un athlète incroyable », se réjouit le manager. Et hors du terrain, le joueur fait figure d'exemple : « C'est le plus Français des Fidjiens. Il parle la langue comme vous et moi. C'est quelqu'un qui impulse aussi le goût du travail. »
Masiwini, le futur
Le plus jeune du groupe, arrivé tôt dans l'Hexagone et formé en France, évolue au centre comme à l'aile. Il ne sera JIFF que la saison prochaine, ce qui limite son temps de jeu. « C'est un joueur pour le futur, avec une marge de progression sur le QI rugby », estime Saint-André, qui salue « un alliage intéressant de vitesse et de puissance ».
Qu'est-ce que le projet sportif de Provence Rugby ?
Le club provençal construit un effectif compétitif sur le modèle des clubs qui montent : des leaders expérimentés, des paris sur l'avenir et une gestion rigoureuse des moyens. À l'image de ce que fait
