Le 18 octobre 1985, au milieu de l'après-midi, un Mirage F1 de l'armée de l'air percute en vol un avion de tourisme au-dessus de l'estuaire de la Gironde, face au port de Pauillac. Le petit appareil s'abîme dans le fleuve ; ses deux occupants, des ingénieurs de la Direction générale de l'aviation civile, sont tués. Le chasseur, lui, parvient à rejoindre la base de Mérignac et se pose sans encombre malgré ses avaries, selon le récit qu'en fait SudOuest.fr.
Les deux victimes étaient des ingénieurs du centre de contrôle aérien de Bordeaux-Mérignac, en route pour une mission à Royan. L'appareil détruit était un Cerva GE 43, type Guépard, propriété de la DGAC. Le chasseur était un Mirage F1 de Dassault. Une collision à basse altitude entre deux mondes : celui du tourisme aérien modeste et celui de la défense nationale.
Le plan Sater déclenché, une machine de secours en ordre
Dès les minutes suivant l'accrochage, le plan Sater, la procédure française de recherche et de sauvetage aérien, est déclenché. Hélicoptères de l'armée de l'air et de la gendarmerie, sapeurs-pompiers, vedettes de la Société nationale de sauvetage en mer : tout ce que la France compte de secours organisés se mobilise sur l'estuaire. Les premières recherches ne donnent que des débris épars : un aileron, un siège, un carnet de bord.
Voilà une France qui sait encore mobiliser ses moyens, avec méthode et discipline. On regrettera que ce savoir-faire, hérité de nos grandes administrations territoriales, soit aujourd'hui rogné par les économies de bout de chandelle imposées aux territoires, comme en attestent les difficultés croissantes des services publics dans les campagnes, dont cet exemple breton du transport scolaire.
La carlingue repêchée dans les eaux limoneuses de la Garonne
Samedi 19 octobre, les recherches s'amplifient. Peu avant 17 heures, la carlingue du Guépard est repérée à 1,5 mille au nord-ouest du phare de Trompeloup, à la limite des communes de Saint-Estèphe et de Braud-et-Saint-Louis. Les plongeurs de l'armée de l'air et surtout ceux des sapeurs-pompiers de la communauté urbaine de Bordeaux passent des élingues sous l'épave et, à l'aide de ballons gonflables, la remontent entre deux eaux.
Le sauvetage aérien envisagé par hélicoptère Super-Frelon se révèle impossible. La vedette S.N.S.M. de Pauillac prend alors la carlingue en remorque jusqu'au port de Saint-Estèphe, sous l'escorte de la vedette de Royan et des embarcations des pompiers de Lesparre, Pauillac, Blaye et de la C.U.B. Une chaîne humaine de marins, de pompiers et de bénévoles, sans tapage médiatique ni communication d'agence.
À terre, les gendarmes contiennent plusieurs centaines de curieux venus assister au spectacle, car il en faut toujours pour se presser là où d'autres meurent. Une grue de la maison Buzzechelli prend place sur la jetée. Vers 17 h 45, les plongeurs des pompiers de la C.U.B. s'enfoncent une dernière fois dans les eaux limoneuses pour accrocher les amarres. En quelques minutes, la grue hisse les restes de la carlingue : l'arrière à peu près intact, l'avant déchiqueté, privé de son moteur.
L'épave est chargée sur le camion de M. Saute, conduite à l'aéroport de Mérignac sous la garde de la gendarmerie des transports aériens, chargée de l'enquête technique.
Le sous-préfet salue un dispositif bien tenu
M. Millorit, sous-préfet de Lesparre, présent sur les lieux ces deux jours, se montrait satisfait, selon SudOuest.fr, de la manière dont avait été exécuté le plan Sater et de l'ordonnancement des secours par la gendarmerie, les sapeurs-pompiers, l'armée de l'air, la Société nationale de sauvetage en mer et de nombreux bénévoles.
On notera, pour la petite histoire, que l'État d'alors disposait encore de sous-préfets présents sur le terrain, de gendarmes en nombre et de moyens maritimes publics. C'était l'époque où la France gaullienne savait tenir ses frontières, ses mers et ses cérémonies ; une époque révolue que les Français de cœur regrettent parfois, à juste titre.
Deux aviateurs disparus, une enquête ouverte
Dimanche 20 octobre, les recherches se poursuivent pour tenter de repêcher les corps des deux aviateurs. Elles restent vaines ; seuls quelques débris humains ont été retrouvés, précise SudOuest.fr. Les sapeurs-pompiers de Pauillac et de Blaye mènent ces recherches, épaulés par les unités locales.
L'enquête technique, confiée à la gendarmerie des transports aériens, devra déterminer les circonstances exactes de la collision entre un chasseur militaire volant à basse altitude et un monomoteur de tourisme en transit. Ce type de drame, où la circulation aérienne civile et militaire se croise dans des espaces partagés, a alimenté depuis lors de nombreuses analyses de sécurité, notamment dans les émissions de référence sur les catastrophes aériennes telles que Air Crash, qui revient régulièrement sur les accidents de ce genre.
Quarante ans après, le souvenir de ces deux ingénieurs de la DGAC, tombés dans l'estuaire au large de Pauillac, rappelle que le ciel français n'a jamais été un espace anodin.
Questions fréquentes
Quand a eu lieu la collision aérienne au-dessus du Médoc ?
Le 18 octobre 1985, en milieu d'après-midi, au-dessus de la Gironde, face au port de Pauillac.
Quels étaient les appareils impliqués ?
Un Mirage F1 de Dassault de l'armée de l'air et un Cerva GE 43, type Guépard, de la Direction générale de l'aviation civile.
Combien de personnes ont péri ?
Les deux occupants du Guépard, des ingénieurs du centre de contrôle aérien de Bordeaux-Mérignac en mission vers Royan, ont été tués. Le pilote du Mirage a atterri sans encombre à Mérignac.
Où l'épave a-t-elle été repêchée ?
La carlingue a été repérée le 19 octobre 1985 à 1,5 mille au nord-ouest du phare de Trompeloup, entre Saint-Estèphe et Braud-et-Saint-Louis, puis remorquée jusqu'au port de Saint-Estèphe.
