La Maison Blanche dévoile sa stratégie technologique: priorité à la défense face à la Chine
Washington a présenté sa nouvelle stratégie nationale en matière de science et de technologie, un document de 24 pages qui vise à renforcer la puissance militaire américaine face à Pékin. Sous-marins, espace, drones et intelligence artificielle: l'administration Trump affiche des ambitions claires, mais ses choix suscitent déjà des critiques, notamment sur la place accordée aux géants de la tech.
Une stratégie tournée vers la sécurité nationale
La Maison Blanche a dévoilé les contours de sa « National Security Science & Technology Strategy », un texte destiné à soutenir la mise en œuvre de la Stratégie de sécurité nationale de l'administration Trump. L'objectif est clair: mobiliser l'appareil scientifique et technologique américain pour répondre aux défis posés par la Chine et moderniser l'armée.
Parmi les priorités affichées, Washington veut accélérer le développement des technologies émergentes à des fins militaires et donner davantage de marge de manœuvre aux start-up de la défense pour expérimenter leurs solutions. Une approche pragmatique qui vise à maintenir la supériorité technologique américaine.
L'intelligence artificielle au cœur des débats
La stratégie accorde une place importante à l'intelligence artificielle, mais son approche pourrait favoriser quelques grands acteurs technologiques américains au détriment d'autres solutions plus innovantes. Le document met l'accent sur les « modèles de base », notamment les grands modèles de langage (LLM), les systèmes multimodaux et les systèmes dits « mondiaux ».
Cette orientation privilégie de fait l'approche défendue par une poignée de grands laboratoires américains, comme OpenAI ou Anthropic, qui repose sur l'augmentation massive de la puissance de calcul, des données et des infrastructures nécessaires à l'entraînement des modèles. Un choix qui n'est pas sans rappeler la proximité de l'administration avec des personnages influents comme Elon Musk, notamment dans le domaine des interfaces neuronales homme-machine.
Les modèles à poids ouverts ignorés: une faiblesse face à Pékin?
À l'inverse, la stratégie ne mentionne pas les modèles à « poids ouverts » ni le développement de logiciels libres. Selon ses détracteurs, cette approche pourrait renforcer la concentration du secteur de l'IA entre quelques entreprises disposant des moyens financiers et informatiques nécessaires pour poursuivre cette course à l'échelle.
Michael Schiffer, ancien responsable adjoint du Pentagone chargé de l'Asie de l'Est, pointe cette omission comme une faiblesse majeure. « Les progrès de la Chine en matière d'IA ouverte ont mis en évidence les limites d'une stratégie américaine trop axée sur l'idée de leur refuser l'accès à la technologie et aux marchés américains », estime-t-il.
Certains chercheurs développent pourtant des architectures plus efficaces, capables de fonctionner avec moins de puissance de calcul et d'énergie. Des alternatives qui pourraient à terme profiter à la Chine si les États-Unis persistent dans cette voie.
Drones, essaims autonomes et opérations sous-marines
Le document détaille également les applications concrètes de ces technologies au sein de l'armée américaine. La stratégie veut accélérer l'utilisation de drones, d'essaims de drones, de systèmes autonomes et d'intelligence artificielle sur le champ de bataille, en combinant un grand nombre de systèmes moins coûteux avec un nombre plus limité de plateformes sophistiquées.
L'autonomie, l'espace et les opérations sous-marines figurent parmi les priorités pour renforcer la dissuasion américaine, notamment face à la Chine dans l'Indo-Pacifique. Les « systèmes multi-agents » et « l'intelligence collective » sont considérés comme des technologies critiques, avec des applications allant de la robotique au commandement et au contrôle.
Paradoxalement, alors que la stratégie privilégie certains grands acteurs, elle cherche aussi à donner davantage de place aux petites entreprises technologiques. L'objectif est de créer un environnement permettant aux start-up de développer plus rapidement leurs innovations et de les intégrer aux programmes de défense américains, notamment en facilitant leur accès aux marchés publics.
Des moyens financiers considérables
Pour accélérer leur déploiement, la Maison Blanche veut simplifier les procédures d'acquisition du Pentagone et favoriser des méthodes d'achat plus rapides et plus flexibles, quitte à accepter davantage de risques. Le Pentagone prévoit 75 milliards de dollars pour les drones dans son budget 2027 et a consacré 13,4 milliards de dollars à l'intelligence artificielle pour l'exercice 2026. Des chiffres vertigineux, à mettre en parallèle avec une stratégie qui l'est tout autant.
Reste à savoir si ces choix porteront leurs fruits face à une Chine qui avance rapidement sur ces mêmes terrains. La France, elle, observe avec attention ces évolutions, consciente que la supériorité technologique américaine ne doit pas se faire au détriment de la souveraineté européenne.