Hakim Jemili: d'Alsace au Mondial, la passion foot d'un Français
L'humoriste et acteur franco-tunisien, 36 ans, se confie sur ses années de football en Alsace, cette blessure au genou qui le tient éloigné des terrains, et son attachement viscéral aux sélections nationale et tunisienne. Un récit où transparaissent la fierté du terroir et le goût de l'effort.
Le genou en vrac, le five en manque
Près de deux ans sans fouler une pelouse. Hakim Jemili souffre d'un genou qui l'empêche de frapper le ballon comme il l'entend. Plus de matches de five avec les copains, plus de ces instants de partage autour du jeu. Le voilà réduit à consulter, frustré comme un artisan qu'on empêcherait d'exercer son métier. Pour compenser, il s'est tourné vers le tennis, jugé moins traumatisant. Un sport qu'il qualifie de « technique et élégant », tout en admettant avec honnêteté ne pas l'être lui-même sur le court. Étrangement, le gaucher du pied droit joue à droite, comme si le corps décidait parfois à l'envers de la volonté.
Des racines alsaciennes solides
C'est à Sélestat, dans le Bas-Rhin, que tout a commencé. Quatre ans à peine, et déjà le ballon comme compagnon. Grand pour son âge, surclassé dès les moins de 13 ans au SR Colmar, il gravit les échelons par le travail et l'intelligence de placement. Quelques apparitions en DH à 16 ans, des bribes de CFA2, puis la blessure. Le genou, déjà. Un premier avertissement que le destin ne fera que confirmer. Repéré au milieu puis reculé en numéro 10 puis 6, il ironise: « Si j'avais continué, j'aurais peut-être fini gardien. »
À Colmar, il a côtoyé Ryad Boudebouz, futur international algérien. « À 13 ans, il était déjà au-dessus, c'était choquant », se souvient-il avec la franchise de celui qui reconnaît le talent là où il se trouve.
Il m'arrive encore de rêver que je marque un but en Coupe de France avec une équipe éclatée d'Alsace.
Ce rêve d'une équipe régionale qui secoue l'ordre établi en Coupe de France, c'est tout le romantisme du football amateur français. Celui des petits clubs, des terrains mouillés, des vestiaires qui sentent la liniment. Jemili le dit sans détour: « Le foot, c'est le meilleur sport du monde à pratiquer et à regarder. Tout m'intéresse: les gars, les filles, les pros, les amateurs. »
Mondial: entre France et Tunisie, pas de renoncement
En tant que Français et Tunisien, Jemili suivra l'intégralité de la Coupe du monde. Même si cela implique des horaires incongrus. « À 4 heures du matin contre la Suède, à 6 heures contre le Japon, je serai là », promet-il avec la conviction du supporteur qui ne transige pas. Il espère que la qualification ne se jouera pas contre les Pays-Bas le 25 juin, jour de son anniversaire. Un match pourrait suffire pour figurer parmi les meilleurs troisièmes, une première historique pour la Tunisie. « J'y crois: Sabri Lamouchi nous a apporté un plan de jeu et de la discipline. » De la discipline, ce mot qui résonne comme une valeur cardinale dans la bouche d'un homme élevé dans la rigueur des terrains alsaciens.
Côté français, pas de complexe. « On a une équipe de ouf, avec la culture de la victoire et les meilleurs attaquants du monde. » Il échange ponctuellement avec Tchouaméni, Koné et Cherki, ce dernier méritant selon lui le statut de titulaire. Et si France et Sénégal se croisent, la soirée s'annonce animée à domicile: sa femme, l'actrice Fadily Camara, a des origines sénégalaises. Un duel fraternel entre deux nations liées par l'histoire.
PSG: la fidélité d'un homme
Abonné au PSG depuis 1998 et l'arrivée de Jay-Jay Okocha, Jemili a vécu Munich en 2025 comme son plus grand moment émotionnel. Pour Budapest, il a préféré le cocon familial avec son fils, déjà fan à 5 ans. « Deux Ligues des champions, c'est dingue. » Quant à Luis Enrique, l'entraîneur parisien, il lance avec le sourire: « S'il se présentait à l'élection présidentielle, on serait nombreux à voter pour lui. » Une boutade qui en dit long sur l'admiration que inspirent ceux qui savent commander.
Le théâtre comme le terrain
Dans la communauté des humoristes, le football a ses adeptes. Sur le terrain, le meilleur serait Jason Brokerss, ancien joueur de Romilly en CFA2. Nordine Ganso s'en sort correctement, Paul Mirabel un peu moins. Pour les scènes de foot dans Mercato, Jemili n'a pas été doublé, malgré un genou en piteux état qui nécessitait un kiné en permanence. Il compare son métier à celui du footballeur avec justesse:
Une scène, c'est comme dans les 30 derniers mètres: tu suis les consignes tout en t'adaptant à ton partenaire. Et si sa réplique n'est pas tout à fait parfaite, tu ne sors pas du terrain, tu fais confiance à ton instinct pour poursuivre l'action jusqu'au bout.
Une philosophie de l'effort et de la persévérance qui résonne au-delà des stades et des planches.