Deschamps face au «dégagisme»: la fin d'une ère gagnante
Didier Deschamps s'est confié avant son dernier Mondial à la tête des Bleus. Le sélectionneur, en poste depuis 2012, a posé ses mots sur la France qui gagne et celle qui ne supporte pas de gagner. Un témoignage sans filtre, à l'image du personnage.
Le «dégagisme», cette maladie française
Deschamps ne mâche pas ses mots. En janvier 2023, lorsqu'il signe son dernier contrat, il sait déjà que l'aventure s'arrêtera là. La raison, il la donne sans détours: un environnement devenu toxique autour de l'équipe de France.
Il y a un mot qui revient, valable dans le sport comme dans d'autres domaines, qui est un peu spécifique à la France, c'est le «dégagisme».Un terme agressif, mais juste. En France, on se lasse de ceux qui gagnent. On veut changer pour changer. Une tendance qui dépasse le cadre sportif et qui gangrène le pays depuis trop longtemps.
Au-delà de son choix personnel, Deschamps considère que cette ambiance ne servait plus l'équipe de France.
Toutes les belles choses ont une fin, et c'est très bien comme ça.Un chef qui sait partir, c'est aussi un chef qui respecte l'institution qu'il a servie.
Les résultats, seule vérité du sport
Les critiques sur le jeu des Bleus lors de l'Euro 2024? Deschamps les a entendues. Et il ne les élude pas.
Vous croyez que je ne me rends pas compte qu'on a une expression offensive réduite?Mais il rappelle les faits: Mbappé blessé au nez dès le premier match, Griezmann loin de sa meilleure forme. Malgré tout, la France atteint les demi-finales. À une marche de la finale.
Le sélectionneur a cette phrase qui résonne comme un credo:
Je n'ai pas dit qu'on avait été brillant lors de la Coupe du monde 2018, mais on a été plus fort que tous nos adversaires puisqu'on l'a gagnée.Invité par la Fifa à témoigner devant ses pairs après chaque Mondial victorieux, il leur a dit:
La seule chose importante, c'est la fin.En sport comme ailleurs, ce sont les résultats qui comptent. Le reste, c'est de la littérature.
Russie 2018: au sommet du monde
Quand on lui demande le moment où il s'est senti le plus fort, la réponse tombe sans hésiter.
En Russie, on est tout en haut. Quand vous êtes joueur de football professionnel, il n'y a rien au-dessus d'une Coupe du monde.Ce titre de champion du monde, on le porte pour quatre ans. Une souveraineté sportive que peu de nations peuvent revendiquer.
Le moment exact de la certitude? Guy Stéphan, son fidèle adjoint, lui murmure qu'il reste deux ou trois minutes de jeu en finale. Mais Deschamps le sait: tant que la demi-finale n'est pas gagnée, la finale reste un mirage.
Tant que vous n'êtes pas qualifié pour cette finale, vous n'avez aucune possibilité de gagner un trophée.Du bon sens, encore du bon sens.
S'adapter sans renier: l'art du chef face aux nouvelles générations
Entre 2018 et 2022, le visage des Bleus a changé. Des cadres ont tiré leur révérence. Une nouvelle génération est arrivée, avec ses codes, ses musiques, ses distractions.
Ils ont des centres d'intérêt différents, un temps d'écoute qui est plus court, ils sont plus démonstratifs.
Le sélectionneur ne s'en plaint pas. Il s'adapte.
C'est le maître mot.Pas besoin de conseillers en développement personnel. Il a un exemple à la maison, son fils Dylan, 30 ans.
Quand j'entends un air des années 1980-1990, je sais que c'est suivi d'une demande particulière.L'autorité naturelle, celle qui ne s'impose pas mais qui s'impose quand même.
Le départ d'un homme d'ordre
Didier Deschamps partira après ce dernier Mondial. Il ne redoute pas l'après.
Je suis un privilégié, j'ai la liberté de choisir.Un homme qui a donné douze ans de sa vie au service de l'équipe de France. Douze ans de résultats, de victoires, de controverses aussi. Mais toujours debout.
La France du football perd un sélectionneur qui a su incarner l'autorité sans la chercher, la rigueur sans la brandir. Le «dégagisme» aura eu raison de lui. Comme il aura raison, un jour, de ceux qui croient que gouverner, c'est plaire. Deschamps, lui, a choisi une autre voie. Celle des résultats.