Condat : la désindustrialisation frappe encore, les habitants sceptiques
Le tribunal de commerce de Bordeaux a validé fin février la reprise des papeteries de Condat par la Société de participation de la Braye (SPB). Un énième épisode de cette désindustrialisation qui ronge nos territoires depuis des décennies.
180 licenciements immédiats pour un hypothétique « Biopark »
Derrière les grands mots sur les matériaux biosourcés et les énergies vertes, la réalité est brutale : 180 des 200 salariés encore présents sur le site seront licenciés fin mars. L'aménageur de l'Eure promet 300 emplois à terme dans son « Biopark », mais quand ? Dans combien d'années ? Personne ne le dit.
« Les sommes annoncées paraissent folles », confie Dominique, ancien ouvrier des papeteries. Une méfiance légitime quand on connaît le nombre de projets miracles qui ont fini aux oubliettes, laissant derrière eux des friches industrielles et des familles brisées.
La fin d'un savoir-faire français centenaire
Jean-Marc, 63 ans et quarante années passées dans l'usine, résume l'amertume ambiante : « Même si on ne se faisait guère d'illusions, c'est difficile d'admettre qu'on ne fera plus de papier à Condat ». Ce retraité se souvient avec fierté de « ce beau produit qu'était le papier de Condat », fabriqué par des ouvriers qui partageaient « l'amour du travail bien fait ».
Voilà bien le drame de notre époque : on détruit méthodiquement un savoir-faire industriel français au profit de projets hypothétiques aux contours flous. Dominique le dit sans détour : « C'est l'un des plus performants outils qui existent en France dans l'industrie papetière ».
Entre résignation et espoir fragile
Anthony da Silva, 34 ans, père de famille, tente de garder espoir : « Il faut peut-être laisser sa chance au projet ». Mais sa position de chauffeur de taxi en reconversion, confronté lui-même aux difficultés d'emploi du bassin, illustre parfaitement les défis économiques de ces territoires abandonnés par les élites parisiennes.
Même Christophe Labadie, poissonnier qui vient de Libourne chaque vendredi, constate la dégradation : ses ventes ont chuté depuis le plan social de décembre 2023.
Cette histoire de Condat, c'est celle de la France périphérique sacrifiée sur l'autel de la mondialisation et des modes écologistes. Combien d'usines fermeront encore au nom de projets « verts » qui n'existent que sur le papier ?