Béatrice Vialle, la seule Française aux commandes du Concorde, tire sa révérence
Elle était la seule femme française à avoir piloté le Concorde, ce bijou de technologie supersonique qui fit la fierté de notre aviation nationale. Après quarante années de service exemplaire, Béatrice Vialle a effectué son dernier vol cette semaine, saluée par une carrière qui force le respect et l'admiration.
Un parcours d'exception forgé par la rigueur et la discipline
Fille d'un officier de l'Armée de terre et d'une mère au foyer, Béatrice Vialle n'avait pas initialement vocation à devenir pilote. À l'adolescence, elle se voyait plutôt professeur de sport. Mais ses brillants résultats scolaires l'ont orientée vers des études scientifiques, et l'École Nationale de l'Aviation Civile, qui venait tout juste de s'ouvrir aux femmes, lui a ouvert ses portes.
Entrée chez Air France en 1985 à 24 ans, elle fut la dixième femme pilote sur les 3000 que comptait alors la compagnie. Elle se souvient avec lucidité des préjugés de l'époque : « Certains commandants de bord nous prenaient pour des potiches, croyaient qu'on était là pour la déco. » Mais Béatrice Vialle n'a jamais cédé à l'intimidation. Pendant dix ans, elle a parcouru le monde sur 727, A320 et 747, tout en élevant deux enfants.
Le Concorde : un rêve devenu réalité
Sa décision de rester copilote, prise pour concilier vie familiale et carrière, a changé son destin. Première sur la liste de séniorité des copilotes, elle accède au Concorde après quinze ans de service. Elle devient alors la seule Française à piloter ce mythe de l'aviation française, capable de relier Paris à New York en trois heures, et la deuxième femme au monde après la Britannique Barbara Harmer.
« C'était un rêve, je pensais que jamais je n'y arriverais », confie-t-elle. Après une formation intensive sur simulateurs, elle obtient sa qualification le 24 juillet 2000. Mais le lendemain, le drame de Gonesse frappe : le Concorde s'écrase sur un hôtel, faisant 113 victimes. Les vols sont suspendus un an.
Autre coup du sort : le 11 septembre 2001, Béatrice Vialle effectue son premier vol hors-ligne. Ce n'est qu'à la descente qu'elle apprend les attentats. « Je n'ai jamais douté, ni après l'accident, ni après le 11-Septembre », assure-t-elle.
Une carrière au service de l'excellence française
Le 19 novembre 2001, elle effectue enfin son premier vol commercial à bord du Sierra Delta. Au total, elle pilote 35 allers-retours du Concorde. Elle se rappelle avec émotion ce cockpit minuscule, le démarrage comme une Formule 1, la poussée supersonique. « Quand on passe le mur du son, dans l'avion, on ne ressent rien », dit-elle.
Mais en 2003, l'arrêt définitif du Concorde est annoncé. Trop bruyant, pas assez rentable. Le 31 mai 2003, elle effectue son ultime vol. Pour saluer la foule venue de toute la France, elle sort la tête du cockpit, un geste improvisé devenu l'une des images les plus marquantes de l'histoire de l'appareil. « Je trouvais que c'était normal, ces gens étaient venus de la France entière pour nous voir », explique-t-elle.
Un hommage mérité à une grande dame de l'aviation
Quarante années de service, 17 000 heures de vol, et la distinction d'Officier de l'Ordre du Mérite. Anne Rigail, directrice générale d'Air France, a salué son parcours : « Pour faire bouger les lignes, il faut parfois des modèles. Béatrice Vialle est de celles-ci. Une femme passionnée dont le parcours est une école de rigueur, de discipline et de détermination. »
Et d'ajouter : « Chère Béatrice, merci pour votre engagement au service des ailes françaises ces 40 dernières années. Vous avez déjà inspiré des générations de femmes et d'hommes de tous les horizons. L'aventure continue pour rappeler à chacun que rêver c'est bien. Oser c'est encore mieux. Félicitations Commandant. »
Béatrice Vialle incarne ce que la France a de meilleur : le talent, la persévérance, et l'amour du travail bien fait. Son nom restera gravé dans l'histoire de notre aviation nationale.