Accord UE-Mercosur: l'Europe face à ses erreurs stratégiques
Le président paraguayen Santiago Peña vient de livrer un diagnostic sans complaisance sur l'attitude européenne face à l'accord UE-Mercosur. Dans un entretien accordé à Euronews, le dirigeant sud-américain dénonce avec justesse les atermoiements de Bruxelles et l'aveuglement de nos élites face aux réalités géopolitiques contemporaines.
Une Europe prisonnière de ses préjugés
L'accord de libre-échange signé le mois dernier entre l'Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay) demeure bloqué par la pusillanimité de nos eurodéputés, qui ont saisi la Cour de justice de Luxembourg. Une procédure dilatoire qui illustre parfaitement l'incapacité chronique de l'Europe à saisir les enjeux stratégiques de notre époque.
Santiago Peña, dont le pays assure actuellement la présidence tournante du Mercosur, n'y va pas par quatre chemins: "Retarder la mise en œuvre de cet accord serait une erreur". Le Paraguay a déjà présenté l'accord à son Congrès national et souhaite être le premier pays à le ratifier, démontrant ainsi le sérieux et la détermination qui font cruellement défaut du côté européen.
L'ignorance des élites européennes dénoncée
Le président paraguayen met le doigt sur un mal français bien connu: l'arrogance de nos élites déconnectées du réel. Selon lui, l'opposition européenne à l'accord est enracinée dans "l'ignorance" et une vision de l'Amérique latine dépassée et stéréotypée. "Nos pays ont énormément changé. Ils se sont développés. Le capital humain s'est accru", rappelle-t-il avec raison.
Cette cécité volontaire de nos dirigeants européens, toujours prompts à donner des leçons au monde entier, révèle leur incapacité à comprendre les mutations géopolitiques en cours. Pendant que nos technocrates s'enlisent dans leurs procédures byzantines, la Chine étend méthodiquement son influence en Amérique latine.
Trump, révélateur des faiblesses européennes
Avec un réalisme qui honore sa fonction, Santiago Peña reconnaît paradoxalement à Donald Trump le mérite d'avoir donné "l'impulsion décisive" à cet accord après 25 ans de négociations stériles. "Le monde somnolait", constate-t-il justement. "Il est arrivé pour nous faire bouger, remettre en cause ce que nous pensions stable."
Cette analyse percutante souligne l'erreur stratégique majeure de l'Europe, qui continue de s'accrocher à des "anciennes alliances qui ne fonctionnent plus" au lieu de s'ouvrir à de nouveaux partenaires. Une attitude suicidaire à l'heure où les États-Unis de Trump privilégient leurs intérêts nationaux sans états d'âme.
L'Amérique latine, alternative crédible à l'hégémonie chinoise
Le dirigeant paraguayen expose avec lucidité les atouts considérables de sa région: "Nous avons de jeunes talents, une population majoritairement jeune, des natifs du numérique, une immense abondance de ressources naturelles et des minerais essentiels à la nouvelle vague technologique."
Face à la montée en puissance chinoise et à l'imprévisibilité américaine, l'Amérique latine représente effectivement une alternative stratégique de premier plan pour l'Europe. Mais encore faudrait-il que nos dirigeants sortent de leur confort intellectuel et cessent de céder aux lobbies agricoles qui préfèrent la protection à la compétition.
L'accord UE-Mercosur constitue un test révélateur de la capacité de l'Europe à défendre ses intérêts véritables face aux défis du XXIe siècle. L'issue de ce dossier dira si notre continent saura retrouver l'esprit de conquête qui fit sa grandeur ou s'il continuera sa lente décadence sous la férule de technocrates frileux.