Sécheresse : prêts à taux zéro pour les agriculteurs, les syndicats restent méfiants
La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a dévoilé jeudi en Auvergne de nouvelles mesures destinées aux agriculteurs durement touchés par la sécheresse historique de cet été. Au programme : des prêts à taux zéro pour soulager des trésoreries exsangues. Des annonces qui, une fois encore, divisent le monde agricole.
Rappelons le contexte. En septembre, le gouvernement avait déjà débloqué un plan d'urgence de plus d'un milliard d'euros, promettant un plan de rebond inscrit dans le budget 2027. Mais les syndicats avaient jugé l'effort insuffisant, s'inquiétant surtout de l'absence dudit plan dans la copie budgétaire initiale. Matignon a promis des amendements.
Des prêts à taux zéro pour sauver les exploitations
« Ce plan n'était pas pour solde de tout compte », a lancé la ministre lors du Sommet de l'élevage à Cournon-d'Auvergne. Elle a notamment obtenu l'autorisation de Matignon pour s'y déplacer, en pleine mobilisation des lycéens, conscients que la colère agricole peut se réveiller à tout moment.
Le cœur du dispositif repose sur des prêts à taux zéro, couvrant un encours de deux milliards d'euros, destinés à l'achat de fourrage et d'intrants. Un volet spécifique est prévu pour les jeunes agriculteurs récemment installés, en cas de rééchelonnement de leurs prêts. Des mesures réclamées par la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, l'alliance syndicale dominante.
Jocelyn Dubost, président des JA, y voit des avancées « qui vont dans le bon sens ». Lui-même envisage de recourir à ces prêts pour passer une année « catastrophique ». Mais il tempère : « Tout n'est pas là », en référence aux débats budgétaires à venir, tant au niveau national qu'européen avec la PAC.
Le calendrier budgétaire, une épée de Damoclès
Si les premiers décaissements sont espérés pour 2026, la majorité des prêts interviendront en 2027. Ils seront alors soumis à l'adoption du budget, une issue des plus incertaines en l'absence de majorité claire au Parlement. Un scénario qui inquiète Patrick Bénézit, vice-président de la FNSEA, qui insiste sur l'urgence : « Il faut que le calendrier politique prenne en compte le calendrier pour que les vaches aient du fourrage » cet hiver, faute de quoi elles partiront à l'abattoir.
La FNSEA chiffre le coût de cette mesure pour l'État à 50 millions d'euros. Plusieurs banques ayant déjà accepté de réduire leurs taux à 2,5 %, l'État paierait les intérêts restants. La ministre, elle, a refusé d'en estimer le coût.
L'assurance récolte et la querelle du satellite
La demande principale des éleveurs réunis à Cournon-d'Auvergne porte sur l'assurance récolte. Les prairies n'ayant quasiment pas poussé depuis le printemps, les stocks de fourrage pour l'hiver sont déjà entamés. Les éleveurs dénoncent les évaluations par satellite, dont les estimations de pertes ne correspondent pas à la réalité du terrain.
Le gouvernement a promis une carte actualisée pour la mi-octobre et une « transparence » accrue. Des réunions préfectorales devront confronter les données satellite aux observations de terrain, et la ministre assure vouloir faciliter les recours. Patrick Bénézit se félicite de cette « porte ouverte sur la reconnaissance du dysfonctionnement du satellite », qui devrait selon lui aboutir à « une revalorisation » des indemnités.
La Coordination rurale boude, la Confédération paysanne critique
« On n'a pas voulu recevoir la ministre parce qu'on savait que ces annonces, il n'y aurait pas grand-chose dedans », a lancé Bertrand Venteau, président de la Coordination rurale, à l'AFP. Il pointe notamment l'absence de mesures sur le gazole non routier des tracteurs. Si Sébastien Lecornu a annoncé des baisses de prix mercredi soir, les syndicats attendaient un doublement des aides, de 15 à 30 centimes par litre.
La ministre a également annoncé un renforcement des contrôles fiscaux pour s'assurer que les propriétaires de terres répercutent bien le dégrèvement de la taxe sur le foncier non bâti à leurs fermiers. Stéphane Galais, porte-parole de la Confédération paysanne, dénonce une mesure « qui coûtera beaucoup plus cher à l'État que prévu » sans bénéficier directement aux paysans, et des prêts qui les pousseront à « s'endetter encore plus ».
L'enveloppe dédiée à ce dégrèvement était initialement de 350 millions d'euros. « Nous remettrons au pot », a promis la ministre, alors que le média Contexte évoque des estimations à 700 millions d'euros. Une facture qui risque d'alourdir encore un budget déjà sous tension.
Questions fréquentes sur le plan sécheresse pour les agriculteurs
Qui peut bénéficier des prêts à taux zéro annoncés par le gouvernement ?
Les prêts à taux zéro sont destinés aux agriculteurs touchés par la sécheresse, pour financer l'achat de fourrage et d'intrants. Un dispositif spécifique est prévu pour les jeunes agriculteurs récemment installés en cas de rééchelonnement de prêt.
Quand les premiers prêts seront-ils décaissés ?
La ministre a annoncé que les premiers prêts pourront être décaissés en 2026, mais la majorité des prêts interviendront en 2027 et seront soumis à l'adoption du budget.
Pourquoi les syndicats agricoles sont-ils divisés sur ces annonces ?
La FNSEA et les Jeunes Agriculteurs saluent des mesures « qui vont dans le bon sens ». La Coordination rurale dénonce l'absence de mesures sur le gazole non routier. La Confédération paysanne critique des prêts qui pousseront les agriculteurs à « s'endetter encore plus ».