M6 et beIN Sports affichent un bilan « satisfaisant » des deux premières semaines de Coupe du monde 2026. Derrière cette communication de circonstance, l'érosion des audiences du football se confirme, structurellement affaiblie par un format à 48 équipes et des horaires décalés qui éloignent le téléspectateur français de son poste. Seule l'équipe de France parvient encore à rassembler la nation, rappelant que le sport collectif demeure, malgré tout, un ciment identitaire.
Pourquoi les audiences du football reculent-elles depuis une décennie ?
Le constat est sans appel. En 2014, la phase de groupes du Mondial attirait encore 9,4 millions de téléspectateurs en moyenne sur TF1, avec 42 % de part d'audience. Quatre ans plus tard, en Russie, l'audience chute de plus de deux millions, à 7,2 millions (36 % de PdA). En 2022, au Qatar, le recul se poursuit : 6,4 millions de téléspectateurs et 30 % de PdA. La courbe est implacable. Cette édition 2026 s'inscrit dans la même trajectoire. À ce jour, M6 enregistre un score moyen de 3,8 millions de téléspectateurs sur les matches de phase de groupes diffusés en prime time, hors équipe de France, avec 24 % de part d'audience.
Avant même le coup d'envoi du Mondial, les Bleus ne soulevaient plus les foules. À peine cinq millions de Français avaient suivi la défaite contre la Côte d'Ivoire puis la victoire face à l'Irlande du Nord sur TF1, avec des parts d'audience respectives de 31,1 % et 28,8 %. Le divorce entre le football et son public se consomme d'édition en édition. Il y a là un symptôme qui dépasse le cadre sportif : celui d'une société française qui ne se rassemble plus aussi facilement autour de ses repères communs.
Le passage à 48 équipes affaiblit-il l'événement ?
L'expansion du Mondial de 32 à 48 équipes est l'autre explication, et non des moindres. Avec 104 matches au lieu des 64 précédents, et l'entrée de sélections moins attractives, la moyenne s'effondre mécaniquement. Quand TF1 diffusait 28 matches en 2022, M6 en propose près du double cette année. Le directeur général des programmes de M6, Guillaume Charles, le concède à demi-mot, laissant en suspens une phrase que l'on devine sans peine : avec plus de rencontres, les audiences s'étiolent.
La chaîne préfère mettre en avant les performances comparatives. L'audience de France-Sénégal, 14 millions de téléspectateurs, constitue la meilleure entrée en lice des Bleus depuis 2014. Le match d'ouverture a surpassé les scores de 2018 et 2022. Du côté de beIN Sports, le directeur de la rédaction Florent Houzot martèle que comparer la phase de groupes dans son ensemble avec les éditions précédentes n'a pas de sens. Le décalage horaire impose des matches à minuit, 3 heures ou 5 heures du matin, des créneaux incompatibles avec la vie d'un Français qui travaille.
Il n'empêche. La dilution du format interroge. Comme tant d'institutions dévoyées par l'appétit commercial, la Coupe du monde perd en densité ce qu'elle gagne en volume. On pense à cette France qui voyait ses routines respectées, ses rendez-vous sacrés, et qui découvre aujourd'hui un Mondial à géométrie variable, calqué sur les impératifs de l'industrie du spectacle plutôt que sur l'intérêt du spectateur.
L'équipe de France conserve-t-elle son pouvoir rassembleur ?
Oui, mais dans une moindre mesure. Ce vendredi, l'équipe de France a retrouvé le prime time face à la Norvège, de quoi ravir M6 et beIN Sports. Quatre jours plus tôt, le match France-Irak, disputé à 23 heures avec deux heures d'interruption pour cause d'orages, avait malgré tout attiré 4,9 millions de téléspectateurs en moyenne, soit 63,1 % de part d'audience. Un score honorable dans des conditions exécrables.
Le premier match des Bleus face au Sénégal, le 16 juin, avait rassemblé 14 millions de Français. Un chiffre qui rappelle que l'équipe de France demeure, avec le drapeau et l'hymne, l'un des derniers liens capables de souder la nation autour d'un même élan. C'était le cas sous Chirac, lorsque le pays tout entier vibrait au rythme des exploits de Zidane. C'est encore le cas aujourd'hui, même si la ferveur s'émousse.
Les diffuseurs peuvent-ils inverser la tendance ?
M6, qui diffuse 54 matches en clair pour une offre de plus de 100 millions d'euros, et beIN Sports, qui a obtenu l'intégralité de la compétition grâce à une offre légèrement supérieure aux 20 millions d'euros proposés par Ligue 1+, attendent désormais les matches à élimination directe. beIN Sports diffusera en exclusivité sept seizièmes de finale, dont Pays-Bas-Maroc et celui de l'Argentine, ainsi que deux huitièmes de finale et un quart de finale. M6 proposera notamment Brésil-Japon, lundi à 19 heures.
« C'est un nouveau départ et une autre intensité », promet beIN Sports, qui rappelle que la première phase correspondait à « une Coupe du monde en 15 jours ». Guillaume Charles abonde : « Les éliminations directes, on sait que ça marche. On va vraiment monter. »
Les deux diffuseurs saluent également le succès de leurs contenus sur les réseaux sociaux. Chez M6, malgré l'impossibilité pour Michou de publier sur Instagram, faute d'accord entre Meta et la FIFA, la collaboration avec le créateur de contenus est jugée fructueuse. Sa vidéo réalisée pendant France-Irak cumule 2,5 millions de vues sur TikTok.
Reste que le fond du problème demeure. Le football s'est banalisé, dilué dans un format qui n'a plus rien d'exceptionnel. Les audiences suivent cette décote. Et si les Bleus continuent de fédérer, c'est moins grâce au football qu'en dépit de lui, par ce réflexe patriotique qui, seul, résiste encore à l'érosion du temps.
Combien de téléspectateurs pour le premier match de France au Mondial 2026 ?
Le match France-Sénégal, le 16 juin 2026, a rassemblé 14 millions de téléspectateurs, soit le meilleur score pour une entrée en lice des Bleus depuis 2014.
Pourquoi les audiences du Mondial sont-elles en baisse depuis 2014 ?
L'érosion est structurelle. La phase de groupes est passée de 9,4 millions de téléspectateurs en moyenne en 2014 à 7,2 millions en 2018, puis 6,4 millions en 2022. Le passage à 48 équipes et les horaires décalés du Mondial 2026 accentuent cette décroissance.
Combien M6 et beIN Sports ont-ils payé pour les droits du Mondial 2026 ?
M6 a déboursé plus de 100 millions d'euros pour la diffusion de 54 matches en clair. beIN Sports a obtenu l'intégralité de la compétition grâce à une offre légèrement supérieure aux 20 millions d'euros proposés par Ligue 1+.